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Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire

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Quand François nous parle de la mission

Dans un ouvrage paru aux éditions Bayard, le pape François échange avec le journaliste italien Gianni Valente sur une thématique qui lui tient à cœur depuis le début de son pontificat: être missionnaire aujourd’hui dans le monde. Et selon François, « sans Jésus, nous ne pouvons rien faire ».

Extraits choisis

Éprouver le vertige

Que devient une Église si elle n’annonce pas et ne sort pas? demande le journaliste. Ce à quoi François répond: « Elle devient une association spirituelle. Une multinationale destinée à lancer des initiatives et des messages au contenu éthique et religieux. Il n’y a là rien de mal, mais ce n’est pas l’Église. Il s’agit d’un risque lié à toute organisation statique dans l’Église. On finit par domestiquer le Christ. Vous ne portez plus témoignage de ce que fait le Christ, mais vous parlez au nom d’une certaine idée du Christ. »

François insiste sur cette idée, plus loin dans le livre: « La mission n’est pas un projet d’entreprise bien réglé. » C’est avant tout l’Esprit Saint qui doit inspirer le missionnaire. Cela peut provoquer un certain ‘vertige’, en présence des paroles du Christ, mais c’est ce vertige qui confère toute sa fécondité à la mission: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », dit Jésus à ses disciples (Jean 15, 5)

L’attraction du Christ

Comment définir et comprendre la mission et l’annonce de l’Évangile?
Pour François, la seule phrase « Attire-moi » éclaire tout. « […] Si c’est le Christ qui vous attire et que vous agissez parce que vous êtes attiré par le Christ, les autres n’ont aucune peine à s’en rendre compte » . Il n’est pas nécessaire de le démontrer et encore moins d’en faire parade, ajoute le saint Père. Il souligne aussi que c’est toujours le Seigneur qui prend l’initiative, « c’est toujours lui qui commence ».

« Il y a du prosélytisme partout où se trouve l’idée de faire croître l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit […]. » Il condamne à nouveau cette manière d’agir: « Il [le prosélytisme] ne supporte pas la liberté et la gratuité avec lesquels la foi peut se transmettre, par la grâce, de personne à personne. »

État permanent

Que veut dire annoncer l’Évangile?

« Annoncer l’Évangile signifie transmettre à l’aide de mots sobres et précis le témoignage du Christ comme le firent les apôtres ». Mais « la répétition littérale de l’annonce n’a pas d’efficacité en elle-même et peut tomber dans le vide si les personnes à qui elle s’adresse n’ont pas l’occasion de rencontrer et de goûter d’une manière ou d’une autre la tendresse de Dieu pour eux […] ».

Dans « Evangelii Gaudium » (La joie de l’Évangile), François écrivait que même les activités ordinaires pouvaient être vécues de manière missionnaire. « La condition ordinaire est pour tous le lieu où l’on peut vivre la vocation missionnaire de chaque baptisé. […] Cela signifie être en ‘état permanent’ de mission. […] Il suffit de vivre la vie comme elle vient, de vivre de manière missionnaire les gestes les plus habituels, les occupations les plus ordinaires, au milieu des personnes que le Seigneur nous fait rencontrer. »

Évangile et cultures

François s’exprime également sur la notion d’inculturation et sur la mondialisation. En adoptant les valeurs des différentes cultures, l’Église ne peut que s’embellir en devenant « l’épouse qui se pare de ses bijoux, comme l’évoque le prophète Isaïe ». Et nous devons garder à l’esprit que le message révélé ne s’identifie à aucune culture. Et les chrétiens n’ont pas à imposer une forme culturelle déterminée en même temps que la proposition évangélique. Dès lors, un missionnaire doit s’alléger de sa propre culture pour rencontrer celle de l’autre.

Sur la mondialisation, François explique: « En soi, elle n’est pas une mauvaise chose. Elle peut devenir une menace si on la met en avant avec l’intention de tout aplatir, de tout uniformiser, comme s’il s’agissait d’une sphère où sont effacées les richesses et les particularités de chacun des peuples. »

A cette image, le pape préfère celle d’un polyèdre où toutes les facettes sont unies mais où chacune conserve sa spécificité. Et face aux mouvements de population induits par la mondialisation, « les chrétiens ne devraient pas avoir peur de ces phénomènes qui ouvrent de nouveaux chemins et de nouvelles possibilités à l’annonce de l’Évangile » .

Enfin, aujourd’hui, il semble urgent de préserver le cœur de la mission en évitant de la présenter comme une forme de colonisation idéologique, même masquée. « Il ne s’agit en fait que de proposer le Christ. Dire qu’aujourd’hui, nous avons la possibilité de le suivre. »

 

Sophie DELHALLE – Cathobel –   4 mai 2020

 

« Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire. Être missionnaire aujourd’hui dans le monde » – Pape François avec Gianni Valente, éd. Bayard, 2020, 13 euros.