Fête du Saint Sacrement – 11 juin 2023 – Évangile de Jean 6, 51-58

Évangile de Jean 6, 51-58

Le Sacrement de soi

Vous savez que la fête du Saint-Sacrement – la Fête-Dieu – a été pour la première fois instituée à Liège. L’histoire est d’abord celle de la vision de Julienne de Cornillon, en 1209, d’une lune échancrée, dont il manque un morceau, comme s’il manquait quelque chose au rayonnement eucharistique de l’Église.

Sainte Julienne de Cornillon

C’est la grande préoccupation du XIIIe siècle : la présence réelle de Dieu dans l’hostie consacrée et dans le monde. On est au temps des Cathares, une secte chrétienne prétendant que le monde est fondamentalement mauvais, créé non par Dieu mais par le Diable, que le corps humain est mauvais, corruptible et mortel, que le Christ n’est qu’un être spirituel. Ce que proposent les Cathares c’est tout bonnement un désenchantement du monde : pour eux, Dieu a déserté la Création.

C’est d’ailleurs pour contrer cette idéologie que saint François écrira le Cantique des Créatures ; pour dire que le Soleil, la Lune, les pluies et les vents sont des créations de Dieu, qu’ils sont nos frères et nos sœurs. Et c’est encore pour répondre aux Cathares qu’il invente la crèche. Peut-être ne le savez-vous pas mais, dans la première crèche, saint François n’avait pas mis d’enfant dans la mangeoire. Il y avait mis un pain, expressément pour affirmer la présence réelle de Dieu dans l’Eucharistie et donc dans le monde d’aujourd’hui.

A l’instar des Cathares, notre époque a évacué la présence réelle de Dieu. Si pour beaucoup de nos contemporains Dieu existe encore, il a été repoussé bien loin dans le ciel. Aujourd’hui, pour beaucoup, Dieu est un Dieu qu’on rencontrera éventuellement au moment de la mort, mais il n’a plus vraiment de présence réelle dans la vie de nos contemporains.

Même la Nature nous apparaît malade et polluée. Notre monde est à nouveau gouverné par un mauvais génie et ce diable responsable de tous les maux de la Terre, c’est désormais l’homme. Pour les Cathares, Dieu avait déserté la Création ; pour notre époque, il a déserté l’Humanité. Ils sont de plus en plus nombreux à penser l’homme intrinsèquement nuisible, responsable de toutes les pollutions, de tous les maux.

Il est urgent de reproposer une « Église Saint-Sacrement », une Église qui offre la présence de Dieu aussi simplement, aussi humblement, que s’offre le pain ; une Église qui visiblement se nourrit et vit de la présence actuelle de Dieu ; une Église qui témoigne de cette présence réelle, incarnée, donnée aujourd’hui au monde.

C’est d’abord par notre propre sacrement, notre propre sanctification que nous pourrons participer à ce réenchantement de l’Humanité. Où sont les saints d’aujourd’hui, les hosties vivantes données au monde pour l’amour de Dieu ? Plus que nous effrayer, l’état actuel de l’Église, le mépris croissant des religions devraient nous inciter à endosser la responsabilité de mieux incarner la présence eucharistique aujourd’hui.

Seigneur, fais de nous des hosties vivantes, ta présence nourrissante offerte à notre monde. Amen.

— Fr. Laurent Mathelot OP,
à paraître dans le journal Dimanche.

Fête de l’Eucharistie – Année C – 19 juin 2022 – Évangile de Luc 9, 11b-17

Évangile de Luc 9, 11b-17

Le Corps et le Sang du Christ

A la veille de la grande fête de la Pâque à Jérusalem – sans doute en l’an 30 de notre ère -, trois hommes tenus pour révolutionnaires sont condamnés et crucifiés. Or une vingtaine d’années plus tard, Paul de Tarse, un ancien pharisien converti, écrit à la petite communauté qu’il a fondée à Corinthe, la ville célèbre pour ses mœurs dépravées et c’est dans ce document, bien avant les évangiles, que nous trouvons la première allusion au Repas du Seigneur.

Moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur.

La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, rendit grâce, le rompit et dit : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Après le repas, il fit de même avec la coupe : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance établie par mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ».

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ».

Initiative extraordinaire présentée comme simple, évidente, nécessaire et d’une profondeur insondable. Ainsi le crucifié Jésus, conscient de sa mort toute proche, a ordonné à ses disciples de se réunir pour un simple repas. Il ne s’agira pas d’évoquer le souvenir d’un défunt car, trois jours plus tard, les disciples ont vu le Ressuscité et ils le confessent comme Seigneur enlevé dans la gloire de Dieu son Père. Et il a voulu prolonger sa présence terrestre en eux et par eux. Ainsi il a transfiguré son horrible exécution en don de sa personne pour eux : « Prenez-moi… ». Un don total qu’ils doivent intérioriser comme on assimile de la nourriture. Pour vivre.

Pleurer la mort d’un défunt, s’apitoyer sur les souffrances de la croix, évoquer son souvenir, péleriner sur sa tombe ne suffit pas. Les disciples n’ont pas à se projeter dans les regrets du passé (comme les disciples de Jean-Baptiste) mais à s’ouvrir à une Présence. Le crucifié Jésus est devenu le Ressuscité vivant qui les rejoint au coeur de leur être (« mangez, buvez ») pour être présent et leur donner un avenir. Leur communion à son Corps et son Sang devient du coup communion entre eux.

La Nouvelle Alliance

La fête de la Pâque célébrait l’événement fondateur d’Israël. Jadis les ancêtres hébreux étaient descendus en Égypte pour y trouver de riches pâturages mais le Pharaon les avait soumis à l’esclavage aux travaux forcés (avertissement à ceux qui cherchent la richesse …et qui souvent en deviennent esclaves !)

Mais une certaine année, au premier mois, à la fête du printemps où ils consommaient un jeune agneau et des pains sans levain, Moïse les exhorta à se préparer pour partir dans la nuit. Beaucoup suivirent leur chef, d’autres craignirent de risquer cette aventure mais des membres d’autres tribus se joignirent à eux. Miraculeusement ils purent traverser le mer sans être rejoints par l’armée égyptienne.

Dans la péninsule, au mont Sinaï, YHWH, leur Dieu unique, fit Alliance avec eux : vous serez mon peuple, mon fils élu, mais vous devez observer tous mes commandements. Ce choix n’était pas dû à leurs mérites mais leur imposait de devenir le modèle pour toutes les nations. Israël accepta, chemina longtemps à travers le désert où ils découvrirent une sécrétion comestible d’arbuste. « Man hû ?- Qu’est-ce que c’est ? » et ils l’appelèrent « manne ». Enfin ils parvinrent à la terre que YHWH leur avait promise et Moïse étant mort, ils la conquirent sous la conduite de Josué (Iéshouah, le même nom que Jésus).

Cet événement extraordinaire de l’Exode non seulement ne peut être relégué dans la boîte aux souvenirs mais il doit demeurer présent dans la grande festivité de Pessah où l’on consomme un agneau rôti en buvant des coupes de vin et en racontant la haggadah, le grand récit de ces événements. La tradition juive dit : «  A chaque génération, on est tenu de se considérer comme si c’était soi-même qui sortait d’Égypte ». Le repas pascal n’est pas seulement souvenir mais acte de libération divine.

Hélas, ensuite les prophètes témoignent que, sans cesse, Israël, même ses rois et ses prêtres, trahissait l’Alliance, ne vivait pas comme Dieu l’avait prescrit. Le désastre survint avec la chute de Jérusalem, la destruction du temple et l’exil en Babylonie. Mais la miséricorde de Dieu est inépuisable : des prophètes annoncèrent qu’il ferait une nouvelle Alliance :

« Des jours viennent où je conclurai avec Israël une nouvelle Alliance : j’inscrirai mes directives dans leur être. Ils me connaîtront tous. Je pardonne leur crime » (Jér 31, 31)…. 

« Je vous donnerai un coeur nouveau…je mettrai en vous mon propre Esprit » (Ez 3, 26).

Formidable rebondissement de l’histoire : Jésus est l’agneau de Dieu, il a été immolé pour libérer tous les hommes esclaves du péché et leur donner l’Esprit de Dieu. En invitant ses disciples à partager son corps et son sang, il les rend participants de la Nouvelle Alliance. Nouveau Josué, il nous fait entrer dans le Royaume sans frontières où ils auront mission d’aimer Dieu leur Père de tout leur coeur et de s’aimer les uns les autres comme Jésus les a aimés.

Le premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat, jour où Jésus est ressuscité, les disciples sont donc invités à se réunir pour partager le repas du Seigneur. Leur assemblée s’appelle « l’Église », un mot qui désigne « ceux qui ont été appelés dehors ». Ils sont remplis de joie comme des esclaves dont les chaînes sont tombées et ils se retrouvent à table pour partager l’Eucharistie ( = action de grâce).

Que tous soient un

Devenant de la sorte membres du Corps du Seigneur, ils manifestent sa résurrection et se doivent de s’aimer les uns les autres – chose plus difficile que de chanter des cantiques ! Déjà Paul, dans cette lettre, secouait ses frères :

« Lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, me dit-on…Alors ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Méprisez-vous l’Église de Dieu ?…Celui qui mangera le pain ou boira à la coupe du Seigneur indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun se teste …car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur mange et boit sa propre condamnation » (1 Cor 11, 17-28)

Les Corinthiens croient bien communier à la présence du Seigneur mais ils n’en concluent pas que cette foi les oblige à la charité fraternelle. Peu avant Paul les tançait vertement :

« La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps. Car tous, nous participons à cet unique pain » (1 Cor 10, 16)

Eucharistie et Solidarité

Le récit de la dernière Cène est rapporté dans la 2ème lecture de ce dimanche mais l’évangile, lui, raconte la célèbre scène dite de « la multiplication des pains »selon Luc, et qui se trouve aussi chez les autres évangélistes, et même deux fois chez Matthieu.

Jésus parlait du Règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze lui disent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages des environs pour y loger et trouver de quoi manger ». Il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ils répondent : « Nous n’avons pas plus que 5 pains et 2 poissons … ». Il y avait bien 5000 hommes. Jésus leur dit : « Faites-les asseoir par groupes ». Jésus prit les 5 pains et les 2 poissons et levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit 12 paniers »

Ne nous demandons pas comment cela fut possible mais remarquons les analogies très fortes avec le récit de la dernière cène. Ici il s’agit d’un simple pique-nique à la campagne mais c’est aussi le soir ; il s’agit de pain ordinaire, il n’y a pas de vin mais Luc raconte le geste de Jésus avec les mêmes mots que, plus tard, pour l’Eucharistie : « prend ..rend grâce…rompt…donne… ». Il y a donc un lien très fort entre ce partage du pain à une multitude affamée et le don de son corps et de son sang à la veille de sa mort.

Le don de sa mort par Jésus est l’accomplissement d’une vie donnée aux autres. Les guérisons qu’il a opérées n’ont jamais été des coups d’éclat pour s’attirer des fidèles par le merveilleux. Mais elles étaient provoquées par sa miséricorde, sa tristesse devant le malheur des hommes. Que des foules soient affamées, c’est un scandale inacceptable dans un monde qui regorge de ressources. Nous, comme les douze, nous sommes tentés de renvoyer tous ces gens importuns et de conserver nos petites provisions. Mais Jésus nous appelle à partager et à donner. Paul termine cette lettre aux Corinthiens en écrivant : « Pour la collecte en faveur des saints, le premier jour de chaque semaine, chacun mettra de côté chez lui ce qu’il aura réussi à épargner afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons » (16, 2).

Le temps du synode nous presse à partager nos suggestions : alors que des multitudes ont déserté la messe du dimanche, comment faire pour que nos assemblées soient des « communions » authentiques à l’Amour ?

Fr Raphael Devillers, dominicain.

L’Eucharistie : Souci des autres

Pape François

Comment vivons-nous l’Eucharistie ? Quand nous allons à la Messe le dimanche, comment la vivons-nous ? Est-ce seulement un moment de fête, est-ce une tradition consolidée, est-ce une occasion pour se retrouver ou pour se sentir en règle, ou bien quelque chose de plus?

Il existe des signaux très concrets pour comprendre comment nous vivons tout cela, comment nous vivons l’Eucharistie ; des signaux qui nous disent si nous vivons bien l’Eucharistie ou si nous ne la vivons pas si bien que cela. Le premier indice est notre manière de regarder et de considérer les autres. 

Dans l’Eucharistie, le Christ accomplit toujours à nouveau le don de soi qu’il a fait sur la Croix. Toute sa vie est un acte de partage total de soi par amour ; c’est pourquoi Il aimait être avec ses disciples et avec les personnes qu’il avait l’occasion de connaître. Cela signifiait pour Lui partager leurs désirs, leurs problèmes, ce qui tourmentait leur âme et leur vie.

Or, lorsque nous participons à la Messe, nous nous retrouvons avec des hommes et avec des femmes de tout type : des jeunes, des personnes âgées, des enfants ; des pauvres et des nantis ; originaires du lieu ou étrangers ; accompagnés par leurs familles ou seuls…

Mais l’Eucharistie que je célèbre me conduit-elle vraiment à les sentir tous comme des frères et des sœurs ? Fait-elle croître en moi la capacité de me réjouir avec celui qui se réjouit et de pleurer avec celui qui pleure ? Me pousse-t-elle à aller vers les pauvres, les malades, les exclus ? M’aide-t-elle à reconnaître en eux la face de Jésus ?

Nous allons tous à la Messe parce que nous aimons Jésus et nous voulons partager, dans l’Eucharistie, sa passion et sa résurrection. Mais aimons-nous, comme Jésus le veut, nos frères et nos sœurs les plus indigents ? Par exemple, à Rome ces jours derniers nous avons vu de nombreuses situations de difficultés sociales, que ce soit en raison de la pluie, qui a causé tant de dégâts à des quartiers entiers, ou du manque de travail, conséquence de la crise économique dans le monde entier.

Je me demande, et que chacun de nous se demande : Moi qui vais à la Messe, comment est-ce que je vis cela ? Est-ce que je me soucie d’aider, de m’approcher, de prier pour ceux qui ont ce problème ? Ou bien suis-je un peu indifférent ? Ou peut-être est-ce que je ne me soucie que de faire des bavardages : tu as vu comment celle-là est habillée, ou comment celui-là est habillé ? Parfois c’est ce que l’on fait après la Messe, et on ne doit pas le faire ! Nous devons nous soucier de nos frères et de nos sœurs qui en ont besoin à cause d’une maladie, d’un problème.

Pape François
Audience générale – Mercr. 12 02 2014

Fête du Corps et du Sang du Christ – Année B – 6 juin 2021 – Évangile de Marc 14, 12 – 26

Évangile de Marc 14, 12 – 26

Célébration et Adoration

Sur la colline qui s’élève en face de notre couvent de Liège se dresse la Collégiale St Martin où Sœur Julienne, augustinienne du mont Cornillon, inspirée, disait-elle, par une révélation, obtint, en 1246, l’instauration d’une nouvelle fête en l’honneur de l’Eucharistie, bientôt appelée « la Fête-Dieu ». Le pape Urbain IV en étendit la célébration à l’Église universelle en 1264.

Le besoin populaire de « voir » et d’adorer l’Hostie consacrée, qui avait débuté très tôt, avec le rite de l’élévation qui suit la consécration, se développa dès lors de façon très spectaculaire. De même que l’on avait inventé des processions où l’on transportait des reliquaires avec les restes des martyrs, on inventa de même des processions du Saint-Sacrement. D’abord réservées au jour de la Fête-Dieu, elles furent organisées aussi aux grandes solennités et aux fêtes paroissiales.

Une grande Hostie consacrée, sous deux verres transparents, était exhibée à travers la ville, entourée d’un grand concours de prélats, de prêtres, de religieuses, de personnalités politiques et le peuple en liesse chantait des cantiques dont le fameux « Tantum ergo » reste le plus célèbre. Les « ostensoirs » connurent un développement considérable avec des ornements d’argent, d’or, de pierres précieuses et prirent souvent la forme du soleil. Puis on organisa des « Expositions du Saint-Sacrement » dans les églises.

Avec la Réforme de Luther, les « protestants » contestent la conception de la présence réelle : cela provoque les « catholiques » à défendre le réalisme eucharistique en multipliant les professions de foi en la Présence permanente du Christ. Le 17ème siècle sera appelé « le siècle de l’exposition fréquente » tant on y célèbre des « Adorations perpétuelles » et « Adorations réparatrices ». On en viendra même parfois à célébrer la messe devant le Saint Sacrement exposé dans un grand ostensoir au milieu de l’autel – « top-messe » que l’Église finira par interdire.

Création de chefs-d’œuvre musicaux et d’œuvres d’art, d’artisanat et de vêtements liturgiques prestigieux : les effets de la dévotion en l’Eucharistie ne s’arrêtent pas là. Toutes ces pratiques ont en effet soutenu la foi du peuple et encouragé ses manifestations communautaires. Surtout elles ont incité les fidèles à la prière, à l’adoration prolongée, à l’action de grâces. Combien de Saints et de Saintes, jusqu’au père de Foucauld et mère Térésa, ont été fidèles à demeurer en prière, des heures et des heures, devant le tabernacle, et ils ont souligné les immenses bienfaits spirituels qu’ils en retiraient.

Mais que voulait Jésus lors de son ultime repas ?

Jésus monté à Jérusalem voit que, de jour en jour, l’étau se referme sur lui: les autorités sont décidées à le mettre à mort. Vient le jour où l’on immole un agneau que chaque maison consommera le soir au cours d’un long et joyeux repas où l’on fera mémoire de la fin de l’esclavage et de la sortie des Hébreux d’Égypte. Un disciple anonyme a préparé chez lui une pièce à l’étage où tout est prêt pour le repas.

Jésus et les siens suivent le rituel prévu, chantent des psaumes, commentent ensemble les péripéties de la première Pâque en Égypte, rendent grâce à Dieu qui a promis de toujours libérer son peuple et de lui envoyer un messie. Mais, au lieu de la consommation de l’agneau préparé – dont la présence n’est même pas mentionnée -, Marc raconte l’initiative tout à fait déconcertante de Jésus :

Pendant le repas, Jésus prit le pain, prononça l’action de grâce, le partagea et le leur donna en disant : « Prenez, ceci est mon corps ». Puis prenant la coupe de vin et rendant grâce, il la leur donna et ils en burent tous. Il dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’au jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de Dieu ».
Après le chant final d’action de grâce, ils partirent pour le mont des Oliviers. (où Jésus va être capturé).

La « messe fondatrice » a donc lieu dans une maison d’habitation, un lieu privé. Le propriétaire anonyme représente sans doute tous les fidèles qui, par la suite, inviteront la petite communauté croyante chez eux. Rien n’évoque la solennité du sacré et le hiératisme du temple. Pourtant il ne s’agit pas d’un repas normal où des hommes fraternisent autour d’un table. Ce repas s’inscrit dans une histoire, l’histoire de l’Alliance que Dieu veut nouer avec l’humanité. Jadis les Hébreux étaient sortis d’Égypte, sans combat, la nuit même où ils immolaient et mangeaient un jeune agneau – seule victime de l’aventure. Ensuite au mont Sinaï, Dieu avait fait alliance avec eux sur la base des Tables de la Loi et Moïse avait scellé l’alliance en aspergeant le peuple avec le sang des animaux immolés. Ainsi ils avaient pu se mettre en marche vers. la terre promise

Ici, ce soir, à Jérusalem, on passe du régime carné au régime végétal, de l’extérieur (la Loi écrite) à l’intérieur (manger du pain, boire du vin),. Un seul sera victime : Jésus qui sera exécuté le lendemain par les hommes mais qui, lors du repas, manifeste qu’il est conscient de se substituer à l’agneau. « On ne me prend pas la vie mais je la donne ». Ainsi a lieu la « pâque » véritable, le passage de la libération politique d’un peuple à la libération du péché des croyants de toutes nations et de toutes cultures.

A ses disciples qui parfois se jalousaient, voulaient punir les grands pécheurs, exterminer les païens vicieux, refonder un Israël libre et puissant, Jésus, en leur offrant le partage du pain et du vin, leur propose de commencer par l’essentiel : se laisser pardonner, s’aimer les uns les autres dans le partage, la simplicité, la non-violence, la paix, l’entente universelle. Mais ils ne le pourront que s’ils comprennent que l’ombre de la croix planait sur leur repas et que Jésus est l’unique Agneau qui, par amour pour eux, offre la libération, fait tomber les chaînes de leur orgueil et de leurs rancunes et inscrit dans les cœurs la loi nouvelle des Béatitudes.

Sur la table il n’y avait qu’un pain que Jésus a rompu et il a offert un morceau à chacun. Il n’y avait qu’une coupe de vin qui est passée de l’un à l’autre. Symbole manifeste du but de l’Eucharistie : réunir les convives qui viennent de tous horizons. Paul l’avait tout de suite compris : « Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, nous sommes tous un seul corps, car tous nous participons à cet unique pain » (1 Cor 10, 17). Nous n’allons pas à la messe pour nous recueillir, chacun dans notre coin, et demeurer juxtaposés en un simulacre d’assemblée : nous nous y rendons au contraire pour nous laisser « cueillir » ensemble par l’unique miséricorde du Seigneur.

La présence bien réelle du Christ se manifeste lorsque employé et patron, vieux et jeune, directeur libéral et syndicaliste de gauche, professeur et cancre acceptent de se laisser réunir. Non pour changer de conviction, ni encore moins par hypocrisie, mais pour « réaliser » que l’essentiel de la valeur d’un homme se situe à un niveau beaucoup plus profond que nos tempéraments, notre statut social, nos options diverses et légitimes.

Ah si, au 19ème siècle, lors de la révolution industrielle, les prêtres avaient refusé d’installer les notables en toilette, au premier rang, dans de belles stalles vernies arborant des plaquettes à leur nom, tandis que les pauvres ouvriers restaient dans le fond, debout, tortillant leurs casquettes sans rien comprendre du charabia employé !?…Ah, si en Amérique latine aujourd’hui… ?!…« Présence réelle » n’est pas seulement une notion dogmatique discutée : elle est aussi sociale nécessaire.

La « présence réelle » ne reporte pas dans un passé révolu ni ne procure des sensations pieuses ni ne fige dans un présent instantané: elle annonce un lendemain de souffrances car « mon corps » et « mon sang » seront séparés – signe de mort – et les « communiants » ne le resteront que s’ils acceptent le sacrifice de leur égo. Mais elle promet l’entrée dans le Royaume de Dieu où l’on s’enivre du Vin nouveau de l’Alliance éternelle. A travers les ténèbres du Golgotha, la présence réelle fait entrevoir la Lumière de la Résurrection.

Dans son récit du repas pascal, Marc ne mentionne que les dons du pain et du vin mais, comme il a été dit ci-dessus, la soirée était longue, avec des enseignements, des dialogues, des prières. Rappelons-nous également le récit d’Emmaüs où la fraction du pain ne vient qu’après de longues heures de marche, de discussions, de réflexions sur l’interprétation des Écritures. Nous payons encore la longue désaffection vis-à-vis des Écritures qui a sévi pendant des siècles dans l’Église catholique : les lectures et la prédication étaient « l’avant-messe » facultative. Quel sacrilège ! Dire que l’on croit au Christ en refusant d’écouter sa Parole, n’est-ce pas transformer l’église en un fastfood ? Recevoir l’Eucharistie, c’est d’abord manger la Parole puis s’engager à vivre ce que Jésus que l’on aime vient de nous apprendre.

Conclusion

Très vite les premiers disciples ont compris la nécessité de répéter ce repas du Seigneur. Non à l’anniversaire du printemps mais chaque semaine, au jour de la Résurrection, lendemain du sabbat, 1er jour de la semaine. Car l’Église ne pouvait subsister qu’en étant fidèle à 4 pratiques fondamentales (Ac Ap 2,42) :

« Les disciples étaient assidus à l’enseignement des apôtres (lecture et discussion sur l’Évangile) et la communion fraternelle (amour, service, réconciliation, soutien aux plus démunis), à la fraction du pain (le repas pascal qui ressoude la communauté autour de son Seigneur) et aux prières (action de grâce au Père par le Fils dans l’Esprit ».

Les restes du pain fractionné étaient conservés avec soin afin d’être offerts aux grands malades et aux mourants comme viatique pour l’ultime voyage vers le ciel.

En ce moment où les mesures sanitaires vont sans doute être allégées, allons-nous réfléchir ensemble : comment mieux célébrer le repas du Seigneur ? Des menaces pires que le virus menacent, le Christ nous envoie pour sauver les hommes. Montrons-leur ensemble sa « présence réelle ».

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.

Fête de l’Eucharistie – Année A – 14 juin 2020 – Évangile de Jean 6, 51-58

Évangile de Jean 6, 51-58

Le Repas du Seigneur

 

Cette longue période de dimanches sans messe ne va-t-elle pas inciter beaucoup à abandonner la pratique dominicale ainsi que l’ont fait déjà, en ces dernières années, des multitudes qui déclarent: « Je suis croyant mais non pratiquant » (Croyant à qui ? Qu’est-ce que la pratique chrétienne ?). Ou bien au contraire allons-nous cesser de nous résigner à cette hémorragie de nos assemblées pour réinventer des célébrations authentiques en lien avec la vie ? Aujourd’hui, au terme des grandes festivités du mystère pascal, la fête du «  Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ » nous invite à y réfléchir.

L’ordre ultime de Jésus

Conscient de sa mort toute proche, Jésus ne laisse pas un livre ni un portrait, il ne demande pas de lui ériger un monument, d’organiser des pèlerinages sur sa tombe. Sa mémoire ne sera pas un souvenir historique mais un acte efficace, un repas : « Prenez, buvez : ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Ses ennemis vont tuer son corps : trop tard, il l’a donné et il vivra pour toujours dans le corps de ses disciples. Ce qu’on appellera son échec sera en fait sa victoire. Ce repas est donc comme la synthèse de son œuvre et les disciples reçoivent deux ordres : « Faites cela en mémoire de moi » et « Aimez-vous les uns les autres ».

L’Eucharistie n’est donc pas une chose, aussi sainte soit-elle, mais un acte mobilisateur. A faire et à refaire pour assimiler cette victoire de l’amour et l’étendre jusqu’à la fin de l’espace et du temps. Ce n’est pas une cérémonie solennelle, un moment de recueillement, une réunion de prières. Mais un repas. Repas unique dans son genre. D’abord parce que c’est lui, le Seigneur – et non un prêtre ni même le pape – qui y invite. Il ne force pas : il appelle les libertés.

Un temps de paroles

Comme tout repas communautaire, l’Eucharistie commence par l’accueil et les échanges de paroles. Le Seigneur nous parle et nous lui répondons. Par les différentes lectures, Il nous explique son projet, nous situe dans la longue histoire et, avec l’aide de l’homélie, nous apprend comment y être des acteurs. Nous écoutons donc ce qui est le message le plus essentiel pour notre existence et nous parlons à Dieu par nos prières et nos chants. Cet aspect fondamental du Repas du Seigneur est sans doute celui qui devrait être revu pour ne plus qu’il soit une entrée facultative, un moment d’ennui dont on ne comprend pas la portée. L’arrivée tardive encore coutumière est plus qu’une impolitesse anodine.

Une assemblée fraternelle sans distinctions

Ce Repas n’est pas réservé à une élite pieuse et distinguée, l’Eucharistie n’est pas une récompense pour services rendus, pour qualités acquises, pour une moralité impeccable. Par sa miséricorde, le Seigneur nous guérit de nos scrupules, nous sort de nos ornières, apaise nos découragements, fait tomber les chaînes de nos péchés.

Beaucoup n’ont pas conscience de la singularité de ce repas spécial. D’habitude nous nous retrouvons selon les liens familiaux ou les niveaux sociaux, par attrait de sympathie ou de voisinage, comme collègues de travail, membres d’un mouvement, supporters d’un même club, partageant les mêmes goûts musicaux. Ces réceptions « mondaines » peuvent être très réussies, elles offrent l’occasion de partages plus intimes, de confidences. Mais immanquablement elles séparent telle famille, tel niveau culturel ou social, tel goût artistique…..de tous les autres, différents.

Au contraire à la messe, personne ne choisit ses convives. L’Eucharistie bouscule toutes les barrières derrière lesquelles nous nous protégeons. Le Seigneur invite le tout-venant. Il n’y a pas de tri à l’entrée, pas de cotisation exigée, pas de tenue recommandée, pas de diplôme requis. On ne se targue pas de ses progrès, on ne promet pas de ne plus pécher. Tous les présents sont des enfants de Dieu, des prodigues qui, hélas, trop souvent gaspillent les grâces reçues mais viennent se jeter dans les bras de leur Père qui sait mieux qu’eux que leurs péchés n’étaient pas tant des plaisirs défendus que des blessures parfois mortelles.

C’est pourquoi la reconstitution des barrières mondaines à la messe est inadmissible. Inviter les personnes titrées et puissantes à trôner à l’avant de l’assemblée dans des bancs de chêne marqués à leurs noms et confiner les pauvres dans le fond de l’église a eu des conséquences désastreuses. Un jour les minables ne sont plus venus.

Atelier de la paix du monde

La messe dominicale n’est pas une habitude inculquée dès l’enfance, une routine subie avec ennui, une parenthèse dans la vie ordinaire. Et les cantiques ne sont pas une berceuse pour nous endormir. Si Jésus a donné sa vie sur la croix, s’il a ordonné à ses disciples de ne jamais cesser de faire son repas, c’est bien pour qu’ils soient unis et ainsi manifestent en acte que Jésus Seigneur a bien commencé à accomplir le salut du monde. Dans toutes ses lettres, Paul revient sur ce point essentiel :

« Frères, la coupe que nous buvons n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps car nous avons part à un seul pain » ( 1 Cor 11 – 2ème lecture du jour)

Nos premiers frères n’auraient pas inventé les hosties individuelles (pratiques, dit-on, mais qui dissolvent la force du symbole et l’argument de Paul. Originairement le repas du Seigneur s’appelait « la fraction du pain ». Le problème n’était pas de veiller au respect des miettes sur l’autel mais d’expérimenter que les convives, venus comme émiettés dans leur individualité, devenaient un par le partage d’un pain fractionné.

Il faut bannir l’expression idiote « faire sa communion » et accepter d’entrer dans la communion que Jésus a voulue en allant sur la croix. Projet en effet « crucifiant » car il exige de tuer nos jalousies, nos rivalités, notre racisme larvé. Projet extrêmement ardu et toujours à reprendre : ce n’est pas pour rien que toutes les lettres de Paul et de Jean reviennent sans cesse sur la lutte permanente contre tous les obstacles qui nous séparent.

Ce repas réalise donc cette paix que l’on nous promet partout et qui est sans cesse torpillée. Il a pour mission de constituer ses convives en artisans de la paix. « Allez dans la Paix du Christ » signifie que nous retournons dans la société pour y faire pénétrer cette paix reçue.

Le salut de la planète

Une bouchée de pain sec et une goutte de vin : le repas de Jésus est tout sauf gastronomique. Sa simplicité radicale signifie qu’il n’a pas pour but de satisfaire nos besoins corporels mais de combler le désir le plus profond de notre âme : le désir de Dieu. Mais en répondant à ce désir secret par le recours à la banalité de notre digestion, l’Eucharistie montre bien que la foi n’est pas une connaissance d’idées religieuses mais réellement une entrée du Seigneur en nous.

Je suis le Pain vivant, descendu du ciel…Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie…Ma chair est la vraie nourriture et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi, je demeure en lui « ( Jean 6 – Évangile de ce jour)

C’est pourquoi il y a un lien nécessaire entre nos repas et le repas eucharistique. Celui-ci nous met en garde contre « la malbouffe », le gaspillage éhonté, les débordements et les abus. La crise actuelle fait entendre beaucoup de voix qui dénoncent les mensonges d’une publicité excitant la cupidité et qui appellent à « une sobriété heureuse ». L’Eucharistie éclaire notre relecture urgente de l’encyclique du pape sur l’écologie, le climat et la multitude des pauvres.

Le premier jour de la semaine

Les premiers disciples n’ont pas décidé de faire le repas de Jésus chaque année mais chaque semaine. Ni jeudi ni vendredi (jour de sa mort) mais le lendemain du sabbat, le premier jour de la semaine suivante où il est revenu à eux, ressuscité. Et ils l’ont dénommé « domenica dies », en français dimanche, Jour du Seigneur.

Ainsi la puissance pascale traverse le temps. En son jour, le Vivant revient vers ses frères assemblés ; il leur montre ses plaies, source de leur pardon ; par le partage de son repas, il habite en eux et les comble de son Esprit ; il les envoie dans le monde entier.

Résurrection, assemblée, Eucharistie, Miséricorde, amour fraternel, communion, mission pour apporter au monde paix, justice, partage, respect de la création. Comment détailler les richesses inouïes du Dimanche ?

Conclusion

« Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » : ce portrait de la 1ère communauté chrétienne par Luc (Ac 2, 42) est à savoir par cœur. Certes il y avait sans doute des difficultés mais tel était l’idéal à vivre que Jésus avait voulu pour eux et qu’enfin ils comprenaient. Tel était le but de la création, de la venue du Fils et de l’Esprit. Tel était l’idéal à transmettre dans le monde entier. L’Eucharistie est d’emblée un pilier fondamental de la nouvelle humanité.

Frère Raphaël Devillers, dominicain

Fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Année B – Dimanche 3 juin 2018 – Évangile de Marc 14, 12-26

[one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]


FAUT-IL ENCORE ALLER A LA MESSE ?

 

La fête du Saint Sacrement ne peut être réduite à l’adoration de l’hostie porteuse de la présence réelle du Christ – même si ce culte est recommandable. L’Eucharistie n’est pas une consécration de choses mais une action, un ensemble d’activités, de rites : « Faites cela en mémoire de moi » a dit Jésus.

« Cela » désigne l’initiative ultime et totalement inattendue de Jésus à l’heure de ses derniers moments de liberté. Avant que ses ennemis viennent le « prendre » pour le mettre à mort, il « donne » son corps à ses disciples, sous forme de pain afin qu’ils vivent. En faisant « cela », il leur dit que sa passion imminente n’est pas un échec subi mais une action. Il va disparaître mais il réapparaîtra en eux qui l’ont accueilli. Ses souffrances horribles vont manifester son amour infini pour eux.

« Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » enseigne Paul (1 Cor 11, 26). Sommes-nous conscients de cette merveille extraordinaire ? Célébrer l’Eucharistie, c’est planter la croix d’hier dans nos existences d’aujourd’hui afin de faire un pas vers la rencontre future du Seigneur vivant.

« Faites cela » : qu’est-ce encore à dire ? Comment devons-nous bien « faire » pour correspondre à l’ordre du Seigneur ?

L’INVITATION : LE JOUR DU SEIGNEUR

Tout de suite, les apôtres n’ont pas décidé de faire ce repas le jour de sa mort mais « le 3ème jour » après, donc au lendemain du shabbat qui clôturait la semaine juive, donc à ce qu’on appelait le premier jour, jour où Jésus était ressuscité.
L’Eucharistie, mémoire de la croix, est Jour de Vie, Jour où les péchés de la semaine sont effacés et où les disciples reprennent vie en Christ. Dimanche démarre la semaine, il est jour de re-création, de réfection d’une humanité blessée, bancale, déchirée.

On ne va pas à la messe parce que c’est dimanche. Au contraire c’est parce que c’est le jour de la résurrection de Jésus, dimanche, que nous fêtons l’Eucharistie.
L’invention de l’Eucharistie a changé l’ordre du calendrier et a créé le « domenica dies » qui a donné le mot DIMANCHE. La messe n’est pas une pause finale mais un nouveau départ, la source qui va permettre de mieux vivre la semaine qui commence avec elle.

Il est scandaleux qu’au début de l’industrialisation l’Eglise ait accepté que l’on vole le dimanche aux ouvriers pour les laisser esclaves du rythme des machines. Ecœurés, ils ont quitté l’Eglise pour se rassembler et trouver réconfort dans « les Maisons du peuple ». Et aujourd’hui nous voyons à nouveau les efforts des grandes entreprises commerciales pour supprimer le jour de repos. Le combat de Mammon-Argent contre le Christ se poursuit.

L’EUCHARISTIE EST CONVERSATION

Dans tous les pays, quand les hommes se retrouvent, ils commencent par s’accueillir et se parler. On ne vient pas à la messe pour « se recueillir » pieusement dans le silence mais pour « se laisser recueillir » en une assemblée. Donc il importe de dialoguer.
Alors que partout nous nous retrouvons par liens familiaux ou par classes sociales ou portés par les mêmes intérêts culturels, politiques ou sportifs, l’Eucharistie renverse les murs, dépasse toutes les frontières. L’ouvrier et le patron, l’Européen et l’Africain, la digne baronne et le jeune rappeur se retrouvent sans autre raison que laisser le Christ réaliser leur unité profonde dans le cœur de Dieu. Peu importe que l’on ne sache même pas le nom de l’autre et que l’on soit séparé par des intérêts opposés. Quand on vient partager la même table, on ne s’éparpille pas.

Et Dieu nous fait l’honneur de partager une conversation avec lui.

Nous le saluons d’abord et nous reconnaissons que nous ne méritons pas cet honneur. Mais si nous sommes venus, c’est précisément parce que nous avons compris que là se jouait notre vie, que le Père était tout heureux d’accueillir tous ses enfants pour leur pardonner.

Il s’adresse à nous : dans les lectures, il nous raconte ses aventures avec les hommes, il nous apprend à vivre mieux, à faire de meilleurs choix de vie, il nous réconforte si nous sommes abattus.

Et nous, en retour, nous chantons sa Gloire et notre joie d’être présents. Prenons-nous part à ce « dialogue » ?…

Toute cette première partie de la réunion n’est pas « une avant-messe » facultative et il nous faut convertir nos comportements. Les supporters de foot, les amateurs d’opéras, les jeunes fans de rock, les invités du Palais royal, tous et toutes, sauf exception, se pressent pour arriver à l’heure de leurs réunions. Pourquoi mettons-nous moins d’empressement pour répondre à l’invitation DE DIEU ?….

Par nos chants, nos prières, nos « AMEN » clamés avec assurance, nous nous unissons, nous participons, nous entrons dans le grand élan de l’Eglise heureuse d’échanger avec son Seigneur.
L’homélie montre l’actualité permanente du message du Christ et indique comment l’incarner dans nos vies aujourd’hui.

LE PIVOT INTERMEDIAIRE

Alors cette première partie (Liturgie de la Parole) peut se terminer par 3 actes qui manifestent que nous avons compris et que nous sommes dans les dispositions nécessaires pour poursuivre :

  • ACTE DE FOI : nous proclamons notre credo, nous disons à Dieu que nous avons confiance en Lui.
  • ACTE D’ESPERANCE : nous pensons au monde et nous prions aux intentions des absents, des malheureux, en l’espérance de la santé, de la paix et de la justice.
  • ACTE DE CHARITE : par la collecte nous donnons librement un peu de nos biens pour les besoins de l’Eglise et pour les œuvres humanitaires.

L’EUCHARISTIE EST UN REPAS.

Eclairés par la Parole de Dieu, réchauffés par la prière, nous sommes prêts à participer d’un même cœur à la 2ème partie.
De façon solennelle, en englobant tous les appels de l’Eglise et du monde, le prêtre fait mémoire, actualise le geste du don ultime du Christ : « Prenez, mangez…Buvez… ».

Centrés sur le Christ crucifié et vivant, nous pouvons dire le NOTRE PÈRE puis nous obéissons à l’appel et nous partageons le Pain eucharistié. Nous ne faisons pas notre communion (expression insensée) mais nous entrons dans la communion de l’amour du Seigneur qui nous recrée en communauté fraternelle.

Et il est sans doute bien dommage que nous ne célébrions plus avec un pain unique comme Jésus puis les premiers chrétiens faisaient : « Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps car tous nous participons à cet unique Pain » (1 Cor 10, 12) Paul ne pourrait plus nous lancer cet appel pathétique, lui qui constatait les oppositions qui demeuraient hélas entre communiants !
Car il faut le répéter haut et fort : l’Eucharistie n’est pas un acte pieux individuel mais elle a pour but de réaliser l’œuvre du Christ, ce pour quoi il a donné sa vie et est ressuscité : l’union des êtres humains toujours tentés par le repli sur soi, l’indifférence aux autres, la rancune, l’orgueil.

ET LA SUITE ?

Quand nous sortons de l’Eglise, apparemment rien n’a changé. Nos caractères sont toujours les mêmes, nos problèmes ne sont pas résolus et le monde poursuit sa course, indifférent à cette pincée de gens qui semblent croire encore aux vieilles histoires religieuses.
Pourtant la Parole de Dieu vient encore de s’incarner, comme jadis à Bethléem ; le sacrifice de l’amour crucifié a été re-présenté, rendu-présent, comme au Calvaire ; la Victoire de la vie sur la mort a rempli nos cœurs : « Allez dans la Paix du Christ ».

Notre assemblée qui se disperse paraît aussi dérisoire que le groupe primitif des premiers apôtres et des quelques femmes qui méditaient l’ordre reçu : « Dans toutes les nations faites des disciples ; je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». Remplis de joie, porteurs de la Nouvelle qui allait changer l’histoire, ils décidèrent de se retrouver chaque dimanche pour manger le Corps du Seigneur et devenir son Corps.
Et la merveille s’est réalisée. Un jour, un jeune homme d’Assise a laissé là sa fortune et le poverello a fait chanter la joie de la création ; un petit abbé français a sauvé des milliers de vies que son Roi, engoncé dans le luxe, laissait mourir ; une religieuse albanaise a quitté son couvent nanti pour s’enfoncer dans l’enfer des lépreux de Calcutta. Qui ose prétendre que l’Eucharistie ne sert à rien ?

Parce qu’il porte la présence divine, le morceau de Pain continue à allumer le feu de l’amour dans les cœurs les plus froids. A condition, certes, qu’ils acceptent de se laisser brûler. Et que la main qui s’est ouverte pour recevoir le Pain de Vie se tende pour donner du pain à l’affamé.
Oui « il est grand le Mystère de la Foi ».[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

[/fusion_text][/one_full]

PAPE FRANCOIS: « Appuyons-nous sur l’Eucharistie » (21.3.2018)

[one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]Chers frères et sœurs, bonjour !

C’est aujourd’hui le premier jour du printemps. Les plantes, les arbres fleurissent. Alors j’ai une question à vous poser : un arbre, une plante peut-elle fleurir quand elle est malade ?

Non ! Un arbre ou une plante qui n’est pas bien arrosé peut-il fleurir comme il faut ? Non…. Peut-on se développer sans racine ? Non !

Voilà un message : la vie chrétienne est une vie qui doit fleurir à travers les œuvres de charité, en faisant le bien. Mais si l’on n’a pas de racines, on ne pourra pas fleurir. Et les racines, qui est-ce ? C’est Jésus !

Si nous ne sommes pas avec Jésus, là, enracinés en lui, nous ne donnerons pas de fruits. Si nous n’arrosons pas notre vie par la prière et les sacrements, porterons-nous des fruits chrétiens ? Non ! Car la prière et les sacrements alimentent en eau les racines. Alors notre vie portera du fruit.

La célébration de la messe, dont nous parcourons en ce moment les différentes étapes, est centrée sur la communion, c’est-à-dire le fait de s’unir à Jésus.

… Nous célébrons l’Eucharistie pour nous nourrir de Jésus, qui se donne dans la parole et dans le sacrement de l’autel, afin de nous rendre semblables à lui. Le Seigneur le dit lui-même : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6,56).

Durant la messe, après avoir rompu le pain consacré, c’est-à- dire le corps de Jésus, le prêtre le montre aux fidèles: « Heureux les invités au repas du Seigneur, voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde….Cette invitation nous appelle à vivre l’union intime avec le Christ, source de joie et de sainteté.

C’est une invitation qui remplit de joie et pousse en même temps à un examen de conscience éclairé par la foi…..N’oubliez pas cela : Jésus pardonne toujours. Jésus ne se lasse pas de pardonner. C’est nous qui nous lassons de demander pardon. En pensant justement à la vertu salvifique de ce sang, saint Ambroise s’exclame : « moi qui pèche tout le temps, je dois en permanence disposer du remède »

Même si nous nous avançons vers l’autel pour communier, c’est en réalité le Christ qui vient à notre rencontre pour que nous fassions un avec lui. C’est une rencontre avec Jésus ! Se nourrir de l’Eucharistie, cela signifie se laisser transformer par ce que nous recevons.
Saint Augustin nous aide à comprendre cela, quand il parle de la lumière reçue quand il a entendu le Christ lui dire : « Je suis la nourriture des forts ; crois, et tu me mangeras. Et je ne passerai pas dans ta substance, comme les aliments de ta chair ; c’est toi qui passeras dans la mienne ».

À chaque fois que nous communions, nous ressemblons un peu plus à Jésus, nous nous transformons un peu plus en Jésus. De même que le pain et le vin sont transformés en corps et sang du Christ, de même ceux qui les reçoivent avec foi sont transformés en Eucharistie vivante.

… Voilà qui est beau, très beau. En nous unissant au Christ, la communion nous arrache à nos égoïsmes, elle nous ouvre et nous unit à tous ceux qui ne font qu’un avec lui. Voilà le prodige de la communion : nous devenons ce que nous recevons !

… Après la communion, le silence, la prière silencieuse, nous aide à garder dans notre cœur le don que nous venons de recevoir. Prolonger un peu ce temps de silence, où l’on parle à Jésus dans notre cœur, est d’une grande aide, tout comme chanter un psaume ou un hymne de louange; cela nous aide à être avec le Seigneur.

La liturgie eucharistique se conclut par une prière après la communion. Dans celle-ci, le prêtre se tourne vers Dieu au nom de tous pour le remercier d’avoir fait de nous ses invités et pour demander que ce que nous avons reçu transforme notre vie.

L’Eucharistie nous rend forts pour porter du fruit par nos bonnes œuvres en tant que chrétiens.

Appuyons-nous sur l’Eucharistie : c’est recevoir Jésus qui nous transforme en lui, qui nous rend plus forts. Le Seigneur est si bon et si grand !

PAPE FRANCOIS

[/fusion_text][/one_full]

Eucharistie et justice sociale

[one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]Le Christ a donné sa vie pour les hommes et femmes de toutes conditions afin qu’ils soient un et deviennent ensemble des artisans de paix et de justice. Le partage du Pain de Vie doit aider à guérir la fragmentation injuste de la société.

Ce 7 juin, le R.J.F. (réseau pour la justice fiscale) organise, en Belgique,

le 8ème « TAX JUSTICE DAY »

Voici l’intro du journal qui sera distribué le 7 juin:

Sans impôts ni cotisations sociales, la vie en société ressemblerait à la loi de la jungle. Il est donc normal que chacun contribue proportionnellement à son revenu.

Tout le monde contribue-t-il de façon équitable ? Non.

Les gouvernements se succèdent et rien n’est fait pour empêcher les moyens et les bas revenus de porter le plus lourd fardeau. Il n’est pas normal que les riches jouissent de services de qualité tout en disposant de nombreuses possibilités permettant d’échapper à l’impôt.

D’après l’économiste français Gabriel Zucman, si vous faites partie du 0,01% le plus riche de la planète, il y a 70 % de chances que vous ayez un compte dans un paradis fiscal.
400 familles belges se trouvent dans cette tranche supérieure. Si nous appliquons les calculs de Zucman à la Belgique, cela signifie que ces 400 familles occasionnent des pertes de 2,1 milliards d’euros par an à l’État.

Ensemble, les 100 familles les plus riches du pays ont placé 48 milliards d’euros dans des sociétés boîtes aux lettres du Grand-Duché de Luxembourg. Ces sociétés n’existent que sur papier. Cela permet à ces familles d’échapper à leur contribution au bon fonctionnement de la société.

CONTACTS DU R.J.F. POUR LIEGE :

Daniel PUISSANT – Tél. : 0257/56066 ou 04/ 252 85 94 – puissantd@gmail.com

[/fusion_text][fusion_text]

« Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent trompeur,
qui vous confiera le Bien véritable ?
Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent »

(Luc 16, 11)

[/fusion_text][/one_full]