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Résister à la domination de la finance

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«  …Ce sont des réflexions importantes à l’heure où les incertitudes et la précarité qui marquent l’existence de tant de personnes et de communautés sont aggravées par un système économique qui continue de se débarrasser des vies au nom du dieu argent, en inculquant des attitudes rapaces à l’égard des ressources de la Terre et en alimentant tant de formes d’inégalité ».«Dénoncer le mal» ne suffit pas: il faut aussi «promouvoir le bien».

Faire germer un nouveau modèle économique

«Dans le sol pollué par la domination de la finance, nous avons besoin de nombreuses petites graines qui feront germer une économie juste et bénéfique, à l’échelle humaine et digne de l’homme. Cela signifie traduire la doctrine sociale de l’Église en pratique». 

Sortant de son texte, le Pape a évoqué une discussion qu’il avait eu avec une femme économiste, qui avait reconnu son impuissance à relier sa responsabilité dans la finance avec des notions d’humanisme et de foi qu’elle voulait mettre en pratique.

Le Pape a expliqué que les trois mots «solidarité, coopération et responsabilité» sont les pierres d’angle de la doctrine sociale de l’Église «qui considère la personne humaine, naturellement ouverte à la relation, comme le sommet de la création et le centre de l’ordre social, économique et politique». La pensée économique et sociale de l’Église s’oppose donc à la fois à une dérive «individualiste» mais aussi à la logique «collectiviste»«qui réapparaît aujourd’hui dans une nouvelle version, cachée dans les projets de standardisation technocratique».

Un lien direct avec la Parole de Dieu

«La doctrine sociale est ancrée dans la Parole de Dieu, afin d’orienter les processus de promotion humaine à partir de la foi en un Dieu fait homme. C’est pourquoi elle doit être suivie, aimée et développée: reprenons la doctrine sociale, faisons-la connaître: elle est un trésor de la tradition de l’Église ! C’est précisément en l’étudiant que vous vous êtes sentis vous aussi appelés à vous engager contre les inégalités, qui frappent surtout les plus faibles, et à œuvrer pour une fraternité réelle et effective».

Le Pape a aussi relié cette trilogie «solidarité, coopération, responsabilité » avec «le mystère de Dieu lui-même, qui est Trinité. Dieu est une communion de personnes et nous pousse à nous réaliser par une ouverture généreuse aux autres (solidarité), par la collaboration avec les autres (coopération), par l’engagement envers les autres (responsabilité)».

Dans tous les domaines, nous sommes aujourd’hui plus que jamais obligés de témoigner du souci des autres, de sortir de nous-mêmes, de nous engager avec gratuité dans le développement d’une société plus juste et équitable, où l’égoïsme et les intérêts partisans ne prévalent pas. En même temps, nous sommes appelés à être vigilants quant au respect de la personne humaine, de sa liberté et de la protection de sa dignité inviolable».

Une marche avec Jésus à nos côtés

Dans ce chemin, même si cela signifie aller à contre-courant, «nous ne sommes pas seuls. Dieu s’est approché de nous. Pas avec des mots, mais avec sa présence: en Jésus, Dieu s’est incarné. Et avec Jésus, qui s’est fait notre frère, nous reconnaissons en chaque homme un frère, en chaque femme une sœur.»

Les chrétiens sont donc «appelés à un amour sans frontières et sans limites, signe et témoignage que nous pouvons aller au-delà des murs de l’égoïsme et des intérêts personnels et nationaux;

au-delà du pouvoir de l’argent qui décide souvent des causes des peuples;

au-delà des barrières des idéologies, qui divisent et amplifient la haine;

au-delà de toutes les barrières historiques et culturelles

et, surtout, au-delà de l’indifférence: cette culture de l’indifférence qui, malheureusement, est quotidienne ».

«C’est donc une grande tâche que de construire un monde plus solidaire, plus juste et plus équitable. Pour un croyant, ce n’est pas quelque chose de pratique détaché de la doctrine, mais c’est donner corps à la foi, à la louange de Dieu, à l’amour de l’homme, à l’amour de la vie.

Oui, chers frères et sœurs, le bien que vous faites à chaque personne sur la terre réjouit le cœur de Dieu au ciel. Poursuivez votre voyage avec courage», a conclu François, avant de bénir les participants.


COP 26 : François demande des « réponses efficaces »

Les représentants de quelque 200 pays se réunissent à partir de ce dimanche 31 octobre pendant deux semaines, à Glasgow, afin de participer à la COP26. L’objectif : s’accorder sur la façon de réduire davantage leurs émissions de CO2 avec l’esprit de maintenir le réchauffement en-dessous +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

Le pape François a lancé un appel afin de relever le « défi de civilisation » que représente pour l’humanité la crise environnementale. Il a demandé aux participants de donner « des réponses efficaces à la crise écologique […] et, ainsi, un espoir concret pour les générations futures ». La situation critique que l’humanité connaît appelle « à des choix radicaux qui ne sont pas faciles ». Cependant « l’humanité n’a jamais eu autant de moyens pour y parvenir qu’aujourd’hui », et demande à chacun de « jouer un rôle » pour répondre à cette « menace sans précédent ». 

Une délégation vaticane, conduite par le cardinal Pietro Parolin, « numéro 2 » du Saint-Siège, sera bien présente. En septembre, le Pape avait accueilli au Vatican un groupe de jeunes investis dans la sauvegarde de la planète, leur demandant de « faire du bruit » et de se « faire entendre » sur les questions écologiques.

Avec son encyclique « Laudato Si’ «  le pape François a donné un éclairage catholique mais aussi universel à la question de l’écologie. Petit coup de tonnerre pour la société toute entière, son plaidoyer pour une défense de la « maison commune » reste toujours aussi marquant aujourd’hui encore. Pour lui, les solutions à la crise environnementale ne sont pas « purement environnementales » ou uniquement technologiques mais résident aussi dans un « sincère repentir » et une véritable « prise de conscience » du style de vie de chacun »