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Pâques : Dimanche des Résurrection – Année C – 17 avril 2022

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Pâques : Fête de la libération

Ce soir du samedi 16 avril, dans le monde entier, des millions de familles juives se réunissent dans la joie pour fêter le repas du seder et commémorer le premier des 8 jours de la fête de la Pâque. Dans un ordre bien précis, les vins et les aliments vont se succéder, chacun portant un sens symbolique et l’essentiel indispensable sera de raconter l’histoire de la Pâque. Les enfants poseront des questions et les adultes pourront ainsi opérer la transmission selon l’ordre biblique : « En ce jour-là, tu expliqueras à ton fils en disant : c’est à cause de ce que m’a fait l’Éternel quand je sortais d’Égypte » (Ex 13, 8).

En effet la libération de l’esclavage ne demeure pas un événement figé dans un passé révolu : chaque fils d’Israël doit se considérer comme sorti de l’esclavage. L’Exode est un événement éternellement présent. L’homme né esclave est libéré par l’amour de son Seigneur. La puissance de cet amour a permis à Israël de survivre à toutes les tentatives de destruction dont la pire est signifiée par Auschwitz.

La Pâque est libération de l’homme

Les pasteurs descendus en Égypte pour y trouver des pâtures avaient été réduits par Pharaon aux travaux forcés. Sans issue. Or un jour un certain Moïse répandit chez ses frères la surprenante nouvelle : les dieux d’Égypte n’étaient rien mais le Dieu unique avait promis de les faire sortir sans combat la première nuit de printemps. Chaque famille immolerait et consommerait un jeune agneau et on ne mangerait que des pains azymes, en hâte et en tenue de route. Une tradition rapporte que beaucoup refusèrent l’aventure. Seuls 25 % des gens crurent en cette opération risquée mais des membres d’autres peuplades acceptèrent de se joindre à eux. Au signal, on se mit en route et en effet, grâce à la protection de Dieu, on sortit de la terre d’esclavage. Le seul qui avait versé son sang, c’était le jeune agneau innocent

Dans le désert, Dieu leur donna rendez-vous au mont Sinaï et fit alliance avec ce peuple : par l’entremise de Moïse Il leur transmit les 10 Paroles, charte fondamentale. Les Hébreux devenaient le peuple élu non au sens de groupe privilégié et mis à part comme meilleur mais comme choisi pour vivre et transmettre à toutes les nations la façon de vivre telle que Dieu l’avait précisée. La grâce devenait mission.

Pendant 40 ans, dit-on, le peuple erra dans le désert. Ils y découvrirent une nourriture mystérieuse qui les surprit : « Man hû ? Qu’est-ce que c’est ?) et ils l’appelèrent la manne. Enfin ils parvinrent à l’orée de la terre que Dieu avait promise de leur donner : la mort empêcha Moïse d’y entrer et ils la conquirent sous la conduite de Josué (en hébreu Iéhoshuah …qui est le même nom que Ieshouah = Jésus !!).

L’Alliance proclamée mais non vécue

L’histoire d’Israël commençait. Elle allait être chaotique. Coincé entre les grand empires d’Égypte et de Mésopotamie, objet de leurs ambitions conquérantes, dirigé trop souvent par de mauvais rois plus soucieux de leur prestige que de vouloir guider un peuple soumis à la Loi de Dieu, Israël fut battu et occupé par les Babyloniens puis les Perses puis les Grecs puis les Romains. La prestigieuse civilisation païenne gréco-romaine s’imposait alors dans le monde entier comme l’idéal de la société.

Séduits par tous les attraits « modernes », emportés par les flux commerciaux et financiers, bien des fils d’Israël avaient réduit la religion de leurs ancêtres à la pratique de quelques rites. Mais le petit peuple pauvre subsistait, fidèle à observer le sabbat, à fréquenter la synagogue, à célébrer la Pâque et les autres fêtes.

Jésus l’Agneau de la dernière Pâque

Parmi eux, dans le petit village galiléen de Nazareth, un couple Joseph et Marie et leur aîné Jésus. La seule anecdote que Luc raconte de son adolescence, c’est la scène typique avec les docteurs du temple. Jésus les écoute avec passion même sans tout comprendre. Parfois un maître interroge ce jeune à l’air si curieux et est stupéfait de ses réponses. L’Écriture, pour Jésus, c’est son monde, c’est ainsi qu’il est « chez son Père ». Il est le Fils : l’histoire de son peuple n’est pas seulement à connaître mais à faire : elle n’est pas étude, érudition mais projet moteur de Dieu. Il faut en être acteur, guide, messie.

Un jour l’appel de Dieu l’atteint par la bouche de Jean-Baptiste : « L’heure a sonné ». Il commença à annoncer la venue du Royaume et à opérer quelques guérisons mais sans guère de résultat. Il s’en prit aux autorités du temple qui décidèrent sa perte. Conscient, refusant la fuite ou le silence, il fut livré à la mort. Mais en fait il se livrait à l’amour de son Père et à la miséricorde pour tous les hommes. Son Père lui fit « passer » la mort et le ressuscita : c’était Pâque.

La Pâque ultime. La mort, obstacle ultime, pouvait être traversée. Du cœur ouvert jaillit l’Esprit qui libéra l’humanité de l’esclavage du péché. Un peuple nouveau se leva, chantant sa libération et invitant tous les autres à le rejoindre : « Alléluia ! Alléluia ! Alléluia ».

Difficultés de la foi

La Résurrection n’écarte pas toutes les questions. Quand le Ressuscité rejoint les disciples sur la montagne de Galilée, ils se prosternèrent mais quelques-uns eurent des doutes » (Matt 28,17).

Les affirmations les plus fortes des témoins peuvent se heurter au scepticisme absolu : « Les disciples dirent à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur » mais l’homme se braque : « Si je ne vois pas….je ne croirai pas » (Jean 20, 25).

La Résurrection de Jésus n’est pas une foi privée : elle provoque la communion concrète des croyants. « Pierre proclame : « Que tout Israël le sache avec certitude : Dieu a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié ». Bouleversés, les gens demandent : « Que devons-nous faire ? ». Pierre répondit : « Convertissez-vous : que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Actes 2, 35)

La résurrection de Jésus proclamée et mise en pratique éveille soupçons, moqueries, insultes, hostilité.

La résurrection de Jésus interdit tout racisme, toute brisure en classes : « Baptisés en Christ, il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, Car tous vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (Gal 3, 27)

Pâques n’est pas la fête du printemps

Dans l’ambiance païenne qui imprègne maintenant toute notre société, il est essentiel que les chrétiens voient bien le fossé entre les fêtes. Le monde rythme le temps par le retour cyclique des faits de nature : ainsi Pâques célèbre le retour du printemps, la douceur du temps par l’onctuosité du chocolat, la renaissance de la vie avec poussins, œufs et petits lapins. Mais cette vie est passagère, éphémère, ses couleurs pastels se déliteront en noir de chagrin.

Tandis que la foi nous fait vivre des fêtes liées à l’histoire, à l’histoire des relations de Dieu avec son peuple, et avec chaque croyant. Pâques alors n’est plus sucrerie enfantine mais histoire de la libération de l’homme, découverte d’un Dieu qui ne nous abandonne jamais dans les geôles de la servitude, des addictions, du désespoir et qui nous offre un but au-delà du temps.

Pâques est la grande fête de la Liberté, la grande fête de l’Espérance, la grande fête de la possibilité d’une humanité fraternelle qui, par la miséricorde infinie de son Dieu, peut oser croire en la paix. Certes nos différences demeurent et comme jadis les Hébreux dans le désert, nous sommes en butte à des tentations. Mais la miséricorde du Père rend toujours possible la réconciliation entre ses enfants.

Pour persévérer, une mystérieuse nourriture nous est présentée : « Qu’est-ce que c’est ? » : l’Eucharistie nous permet de poursuivre notre passage et d’accomplir notre mission : faire passer tous les hommes en Dieu.

Église et Israël

La coïncidence des dates cette année nous permet de réfléchir aux relations entre Israël et l’Église d’autant que l’antisémitisme continue ses brimades et ses crimes. Nous pouvons méditer la réflexion de Paul dans les chapitres 9-11 de sa Lettre aux Romains. « Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certes non ! …Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables … »

Fr Raphael Devillers, dominicain.