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Lettre pastorale du Cardinal Saliège

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23 août 1942

La France vient de commémorer le 80ème anniversaire de la « Rafle du Vel’ d’Hiv ». Ce 16 juillet 1942, sans même avoir reçu l’ordre des Allemands, la police française fit la traque des Juifs et les parqua, dans des conditions inhumaines, dans le stade du Vel d’Hiv. Ils étaient près de 15 000. Peu après, des convois les amenaient à Auschwitz pour être exterminés.

Dans le silence général, une voix se fit entendre, celle de Mgr Saliège. « Il a sauvé l’honneur de l’Église en 1942 parce qu’il a compris qu’elle ne devait pas renoncer à cette dimension prophétique…à ce rôle d’« Église sentinelle » (Pasteur Visser ‘t Hooft).

Albert Camus écrira : «  La grande foule des hommes attendait pendant toutes ces années qu’une voix s’élevât pour dire nettement où se trouvait le mal »

Monseigneur Jules-Géraud Saliège (1870-1956), archevêque de Toulouse est de longue date un ardent défenseur des Juifs. Durant l’été 1942, il obtient des informations aux sujets des rafles et des premières déportations.

Le dimanche 23 août 1942, il fait lire une lettre pastorale de protestation, qu’il a lui-même rédigée, dans toutes les églises de l’archidiocèse de Toulouse.

En l’espace d’une nuit, le document devient un manifeste. Des centaines de milliers d’exemplaires sont copiés et distribués. Certains historiens qualifieront cette déclaration de « 18 juin spirituel ».

Pour l’anniversaire de cet événement, ce texte a été proclamé et reproduit dans toute la France.


« Mes très chers Frères,
Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu.
On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe‐t‐il plus ?
Pourquoi sommes‐nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous.
Notre‐Dame, priez pour la France.

Dans notre diocèse des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou.

Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes, les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut
l’oublier.

France, patrie bien aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.
Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement. »
Jules‐Géraud Saliège Archevêque de Toulouse 13 août 1942
A lire dimanche prochain, dans toutes les églises, sans commentaire.

Journal La Croix – plusieurs articles – n° juillet-août 2022


Emmanuel Macron :
« L’odieux antisémitisme est là »

Ce dimanche 17 juillet 2022, E. Macron a commémoré les 80 ans de la Rafle.

« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ». A dessein, E. Macron a repris ces mots de J. Chirac, premier Président à reconnaître la responsabilité de la France dans la Shoah. « La France le fit, l’État français le fit. L’État français parqua ces familles avant de les déporter dans des camps d’extermination ».

E. Macron a prononcé ce discours à Pithiviers, dans le Loiret, d’ù sont partis 6000 Juifs vers les camps de la mort. Il a inauguré la gare comme un nouveau lieu de mémoire de la déportation.

« Nous n’en avons pas fini avec l’antisémitisme…Il peut prendre d’autres visages, se draper dans d’autres mots, d‘autres caricatures, mais l’odieux antisémitisme est là, il rôde, toujours vivace…Il se déchaine dans la barbarie terroriste…il s’installe dans la succession des assassinats antisémites. Il s’affiche sur les murs de nos villes. Il s’infiltre par les réseaux sociaux…Il joue de la complaisance de certains partis politiques…

Ni Pétain ni Laval ni aucun de ceux-là n’a voulu sauver des Juifs, c’est une falsification de l’histoire que de le dire … Les forces républicaines doivent redoubler de vigilance…La mécanique de 1940 venait de loin, nourrie de haine et d’un antisémitisme devenu ordinaire… » a conclu le Président.

Selon des rapports, les Juifs français éprouvent un très fort sentiment d’insécurité : 85 % d’antre eux pensent que l’antisémitisme est répandu dans le pays, près des ¾ le pensent en hausse ..1/3 d’entre eux disent s’être sentis en insécurité en 2022.

Journal La Croix 18 8 22