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Dimanches Fêtes et solennités

Fête de Noël – 25 décembre 2018

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PAS LE VIEUX PÈRE MAIS LE NOUVEAU FILS

Quels nœuds de paradoxes ! Dans quelle crise nous débattons-nous ?

Les extraordinaires progrès des sciences et des techniques allaient nous expliquer tous les mystères, nous permettre la conquête du monde, d’infinis voyages à travers la planète et bientôt sur la lune.
Les stupéfiantes merveilles des moyens de communication nous mettraient en communication les uns avec les autres, nous serions éternellement branchés dans un réseau de partage mondial pour nous enrichir de nos différences.
La devise magique – Liberté, Egalité, Fraternité – serait le programme de la nouvelle société juste et sécularisée, enfin débarrassée des légendes religieuses et du carcan de l’Eglise.
Structurée de nouveaux programmes, l’école serait une belle machine formant des élèves équipés, des citoyens modèles.

Or patatras, rien ne va plus. Les sciences s’acharnent à fabriquer des armements de mort; les téléphones enferment dans le selfie narcissique ; les gilets jaunes dénoncent les inégalités scandaleuses et la violence cachée des riches ; les Bourses tremblent au bord d’une crise fatale ; les élèves défilent dans les rues et clament leur colère; les émigrés coulent dans la Méditerranée ou sont renvoyés d’une frontière à l’autre. Et au sommet, pire que tout, notre comportement imbécile saccage la nature, réchauffe le climat et nous fait entrevoir une fin plus rapide que prévue.

La cause ? On croyait au Père Noël, ce vieux menteur qui, la mine hilare, idolâtre la jouissance, presse à la consommation, promet la joie dans l’alcool. « Restez des enfants, je vous comblerai de cadeaux ». Le Père Noël n’est que la caricature de Dieu : il promeut l’avidité intarissable, le tout est possible tout de suite, la jalousie, l’idolâtrie de l’Argent.

Or à Noël, c’est le fils qui vient, c’est l’enfant, que Dieu envoie. Pas un vieux qui fait des cadeaux mais un bébé qui donne un vrai « présent », donc un avenir, donc un sens à la vie. Par sa vulnérabilité absolue, le nouveau-né rend les parents adultes : il exige que l’on prenne ses responsabilités, qu’on le fasse vivre, qu’on l’aide à grandir, qu’on le protège des dangers qui le menacent.

NOEL N’EST PAS UNE VIEILLE HISTOIRE

Bref l’évangile de Noël n’est pas un conte de fée, un retour à l’enfance, un jeu avec des santons. Il est la Bonne Nouvelle, jamais périmée, qui nous donne la Vie si nous le mettons en pratique.

« Parut un Edit de César qui ordonnait le recensement de la population ». Jouissance des Puissants : « Combien ai-je de sujets ? ». Jouissance des nantis : « Comment ont marché mes opérations boursières ? De combien ai-je détourné de l’impôt ? » . Orgueil de l’avoir.

« Joseph et Marie partirent pour Bethléem ». Les pauvres sont bien obligés d’obéir aux lois : au sommet de l’Etat qui s’occupe d’eux ? Mais c’est ainsi que Jésus naîtra dans le village de son ancêtre, et qu’il sera le messie royal de David. Dieu réalise son dessein.

« Il n’y avait pas de place pour eux dans le caravansérail ». Le propriétaire n’allait quand même pas offrir une chambre à ces jeunes désargentés : il avait de gros travaux d’entretien à réaliser dans sa bâtisse. Qu’ils aillent dans l’étable : la présence des bêtes leur donnera un peu de chaleur. Toutes les pauvres femmes de l’époque en étaient là d’ailleurs. Mais c’est ainsi que le berceau du petit sera une mangeoire. Signe très parlant.

« La nuit, de petits bergers gardaient les troupeaux. Ils furent les premiers à entendre la Bonne Nouvelle : allez voir à Bethléem, il vous est né le Messie, Seigneur ». Dans les ténèbres du monde, qu’aucun spot jamais n’éclairera, des jeunes restent éveillés, ne trouvent pas la nouvelle farfelue, osent se mettre en route, s’amusent de découvrir ce bébé sur la paille. Evidemment les gens sérieux ne gobent pas de pareilles fadaises, ils ne se déplacent que pour une réception fastueuse, un grand spectacle.

MARIE PENSE, MEMORISE, GARDE.

Mais la grande phrase à retenir du texte est celle qui note l’attitude Marie :

« Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».

Elle avait reçu l’annonce inattendue : « Tu enfanteras un fils ». Bouleversée, interrogative, elle s’était donnée : « Je suis là pour servir le Seigneur : que tout se déroule comme il l’a dit ». Puis la visite chez Elisabeth : « Heureuse parce que tu as cru que la Parole de Dieu s’accomplira ». Puis le Magnificat qui avait jailli de ses lèvres comme un trop plein de bonheur : « Dieu est magnifique : il m’a choisie…Son amour s’étend partout… ».

Le retour à la maison, la vie avec Joseph puis tout à coup cet édit impérial, ce voyage, cette appréhension, l’accouchement sur la paille, la venue des gosses rieurs….

Marie ne perd aucun détail. Tout a un sens, il ne faut perdre aucun détail. La cohérence, « la logique »de ces événements sont comme la signature de Dieu. Lui obéir, se laisser conduire par lui ouvre l’intelligence du cœur.

Il faut tout « garder », ne rien laisser perdre. Elle racontera tout cela plus tard aux disciples. Et ensemble ils verront la lumière que ne voient pas les grands esprits enfermés dans leur ego. Et ils nous transmettront la Bonne Nouvelle qui nous fait vivre.

« Aujourd’hui » c.à.d. le dimanche qui est le Jour consacré au Seigneur, il n’est pas besoin d’aller à Bethléem : dans la nuit d’un monde qui ignore Dieu, comme des pauvres un peu ridicules, rendons-nous à l’église de la communauté, écoutons l’annonce de la Bonne Nouvelle, nourrissons-nous de la parole qui dit la Vérité et avançons-nous, la main ouverte comme une crèche, pour qu’y soit déposé celui qui se dit le Pain de Vie du Monde.

Et avec Marie et Joseph, avec les bergers rieurs, éclatons de joie devant un Dieu qui désire habiter dans l’homme et chantons le Magnificat. Que notre allégresse soit communicative.

N’oublions pas : cette grande joie est « pour le peuple ». C’est dans l’actualité de nos vies que nous devons écrire l’Evangile de Noël.

Frère Raphaël Devillers, dominicain, Liège.