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Dimanches Fêtes et solennités

Fête de l’Assomption de Marie – Année B – 15 août 2021 – Évangile de Luc 1, 39 – 56

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Évangile de Luc 1, 39 – 56

Fête de l’Assomption de Marie

Nulle femme n’a été glorifiée comme elle. Nulle n’a inspiré autant de chefs-d’œuvre. En peinture (icônes orthodoxes, Fra Angelico, Raphaël…) ; en sculpture (Pietà de Michel-Ange…) ; en architecture (les cathédrales « Notre-Dame ») ; en musique (Monteverdi, Bach, Verdi…). L’art populaire l’a rendue présente et vénérée dans toutes les églises et chapelles du monde. Les foules viennent la chanter et la supplier dans tous les sanctuaires. Y a-t-il quelque part un lieu où ne s’élève sans arrêt le murmure des « Ave Maria », le chant du Magnificat ? Et cependant, comme disait Bernanos : « Personne n’a vécu, n’a souffert, n’est mort aussi simplement … ». A côté d’elle, combien paraissent ridicules et dérisoires ces vedettes qui, pour un instantané de gloire, s’abaissent à devenir des objets.

Le Commencement

L’évangile ne dit rien sur ses origines, sa condition, son apparence. Une fille de la campagne, promise à un artisan d’un village sans histoire. Elle ne devait pas avoir 15 ans lorsque tout à coup la Parole de Dieu lui fut adressée : Dieu la respectait comme une personne, lui parlait dans la solitude, à l’écart des siens, sollicitait sa réponse. Bouleversée, elle posait des questions, interrogeait sur le « comment ? ». Sans être manipulée, elle acceptait dans la liberté la vocation qui lui était offerte : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit » ».

La grandeur de l’homme selon la Bible est d’obéir à Dieu et de le servir. Si le culte aux idoles déforme, enferme dans la prison de l’aliénation, l’obéissance au Dieu amour dilate le cœur, libère la conscience et se traduit dans le service du prochain. Marie ne se crispe pas dans l’inquiétude, elle se met en route. Car elle a appris que sa cousine, son aînée, avait, elle aussi, reçu une vocation. L’Ange était venue chez elle : à son tour, en hâte, elle entre chez Élisabeth et éveille en elle la présence de l’Esprit. Et elle « demeura trois mois » : elle vient soutenir son aînée dans ses derniers mois de sa grossesse. Et les deux femmes s’étreignent, comblées de l’allégresse de l’Esprit tandis que Marie exulte dans la louange de son Magnificat.

La Fin

L’évangile de Luc ne dit rien non plus sur la fin de vie terrestre de Marie. Si bien que l’ultime image que l’on a d’elle est sa présence priante au sein du groupe des apôtres et des femmes qui ont vu le Ressuscité et qui attendent la réalisation proche de sa promesse : « L’Esprit-Saint viendra sur vous ». Son cœur poignardé par l’horreur de la croix s’ouvre d’allégresse de voir ces hommes et ces femmes transfigurés par la puissance de l’Esprit et qui, à présent, comme elle jadis, deviennent les serviteurs du Seigneur Vivant et sortent dehors à la rencontre des hommes. La grande aventure du salut du monde initiée par son Fils va rayonner dans le monde entier.

La tradition catholique confessera plus tard « l’Assomption de Marie » : Marie a été « assumée » dans tout son être afin d’être éternellement près de son Fils Seigneur. Loin d’être éloignée de nous, elle nous est la plus proche. Mère du Christ, elle est notre Mère ainsi que Jean l’a dit.

Du haut de la croix, « voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton Fils ». Il dit ensuite au disciple : « Voici ta mère ». Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui ». (Jn 19, 26).

Marie devient la mère de tous ceux qui croient en son Fils, mère de l’Église. Nous pouvons donc toujours la prier, elle veille sur chacun de nous avec une tendresse maternelle mais elle ne cesse de nous rappeler ce qu’elle disait à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Le concile Vatican II déclarait :

« Après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse » (« L’Église » – § 65)

« Tout comme dans la ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même, sur cette terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage » (§ 68)

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.