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Dimanches Fêtes et solennités

Fête de la Sainte Famille – Année C – 30 décembre 2018 – Évangile de Luc 2, 41-52

Entre les fêtes de Noël et de l’Epiphanie, le dimanche de la Sainte Famille nous permet de réfléchir à ce long temps où le petit garçon grandissait près de ses parents dans un village obscur de Galilée.

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ÉVANGILE DE LUC 2, 41-52

JE DOIS ETRE CHEZ MON PERE

Entre les fêtes de Noël et de l’Epiphanie, le dimanche de la Sainte Famille nous permet de réfléchir à ce long temps où le petit garçon grandissait près de ses parents dans un village obscur de Galilée.

N’imaginons pas des personnages auréolés, à l’air dévot, confits dans la prière, et Jésus s’essayant à faire des petits miracles et à confectionner des croix de bois.

Il fallait vivre la dure réalité d’un pays occupé, d’un peuple méprisé et surchargé de taxes où Joseph devait lutter pour gagner sa vie. Sans doute allait-il parfois travailler à la ville de Sephoris, dont les fouilles aujourd’hui font surgir les vestiges, et que l’on appellera « la beauté de Galilée ». La prestigieuse civilisation, que l’on appellera gréco-romaine, et dont nous sommes les descendants, étendait ses modes païens de vivre. Etranglés par la misère, beaucoup de gens s’exilaient en Egypte ou plus loin encore.

Fils unique (ce qui était rare à l’époque), Jésus avait tout de suite appris ses prières. D’abord au lever et au coucher, en se tournant vers Jérusalem, le « SHEMA », la confession fondamentale de la foi d’Israël : « Ecoute, Israël, YHWH notre Dieu est YHWH UN ».
Par l’indispensable bénédiction aux repas, on rendait grâce à Dieu pour tous les fruits de la terre et la vie qu’ils donnent.

On suivait le grand rythme fondamental de la semaine couronnée par le shabbat. Ce 7ème jour était le grand jour de fête d’Israël. Laissant là tous les outils, on vivait la joie de la liberté : les villageois se rassemblaient pour les offices à la petite synagogue. De tout son cœur, Jésus chantait les psaumes (qu’il connaissait par cœur), il écoutait les lectures et les commentaires du rabbin.

On se retrouvait entre voisins pour partager les nouvelles, visiter un malade. Personne ne devait souffrir de solitude. C’était le Jour du Seigneur : l’essentiel n’était pas la richesse ni la course à la nouveauté ni même l’indépendance nationale mais un peuple pauvre et fier, libéré par son Dieu pour vivre la fraternité et la louange.

Trois fois par an, tous montaient à Jérusalem pour les grandes fêtes : Pessah, Shavouot, Soukkôt.

Précisément, à l’occasion de la Pâque, quand Jésus avait environ 12 ans, un étrange événement survint, seul souvenir du temps de l’adolescence du garçon. Que nous apprend-il encore ?

JESUS FAIT UNE FUGUE

A la fin de la fête, la caravane vers Nazareth se met en branle : Marie et Joseph ne s’inquiètent pas de l’absence de leur fils qui doit être avec des parents ou des cousins. Mais le temps passe et il ne revient pas. Inquiets, les parents retournent à la capitale.

Je ne sais combien il y a d’enfants fugueurs, chaque année, dans mon pays mais je suis sûr qu’on n’en retrouve aucun dans une salle de catéchisme.

Or c’est ce qui est arrivé aux parents de Jésus : au lieu de récupérer leur gamin au rayon des jeux vidéo ou sur le terrain de foot (il n’avait pas besoin de vouloir ressembler à Messie : il l’était déjà), ils le découvrent dans une salle du temple de Jérusalem, mêlé à un cercle de maîtres. Passionné, il écoute leurs échanges sur l’interprétation des Ecritures. Etonné par ce petit auditeur attentif, les sages le questionnent et ils sont ébahis par l’intelligence et la finesse de ses réponses. « Ce garçon ira loin » murmure un vieux.

Au bout de 3 jours, ses parents le trouvent dans le temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions. Ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et ses réponses. Stupeur des parents ! Sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi avons souffert en te cherchant ! Il répond : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne savez-vous pas que je dois être chez mon Père ? ». Ils ne comprirent pas.

Pourtant dès qu’il a eu l’âge de raison, sa maman lui avait expliqué le mystère de sa naissance : Joseph n’était que son père adoptif et Dieu était son vrai Père. Cette révélation avait mobilisé l’entièreté de la vie du garçon et approfondi sa prière et sa méditation des Ecritures.

Puisque Dieu est son père, sa vraie maison est donc le Temple de Jérusalem. Au Temple, il est chez son papa et en scrutant les Ecritures, il connaît son histoire, comment il guide son peuple, comment il lui promet un libérateur. Et ce roi, ce Sauveur, ce Messie, c’est lui, lointain descendant du roi David, et que ses parents ont dénommé IESHOUAH – qui signifie « Dieu sauve ». Donc sa mission est bien d’être chez son Père afin de le faire connaître aux hommes.

Mais l’heure n’est pas venue. Obéissant, Jésus retourne avec ses parents à la petite maison de Nazareth – qui n’est pour lui qu’une résidence secondaire

UN EPISODE PROPHETIQUE

Jésus aura plus de 30 ans lorsque Jean-Baptiste sonnera l’heure de sa mission. Alors il montera à Jérusalem et décidera de purifier la Maison de son Père. Il ne rencontrera plus des maîtres étudiant les Ecritures mais des pontifes cossus, imbus de leurs privilèges, horrifiés par ce paysan qui les accusait d’hypocrisie et de culte mensonger.
Ils le chasseront et même l’enverront à la mort. Mais la croix du Golgotha pour lui sera une porte et, le cœur transpercé d’amour, il pourra – enfin – entrer au ciel dans la Demeure éternelle où le Père accueillera son Fils bien-aimé.
Pendant deux jours atroces, fous d’angoisse, Marie et les apôtres chercheront le disparu. Et le 3ème jour, ils le retrouveront vivant.

LA VIE DE FAMILLE

VIE SOBRE. Comme la famille de Nazareth vivait dans un monde où s’imposait la civilisation païenne, nos familles chrétiennes sont aujourd’hui immergées dans la modernité. Emerveillés par les réussites et les progrès, fascinés par les jouissances de l’avoir, des multitudes ont relégué la religion dans le placard, d’où on la ressort éventuellement pour un mariage ou un enterrement.
L’idéal est de gagner mieux sa vie, d’accroître son confort, de ne rater aucun spectacle, de suivre les modes, d’additionner des selfies à New-York, à Rio ou sur « les plages de rêve ».
« La publicité est la plus éclatante démonstration de l’illusion que l’homme a d’être libre » (A. Detoeuf).

La séduction est telle que parfois l’on se demande si les familles dites chrétiennes ont un style vie différent des autres. Le pape ne cesse de répéter ces avertissements aux chrétiens (cf. supra)

La petite famille de Nazareth nous réapprend la joie de la sobriété, le courage de résister à la fièvre acheteuse. Le bonheur ne se réduit pas au bien-être si celui-ci se confond avec le beaucoup-avoir.

LA PRIERE REGULIERE. Pour résister à cette course et garder la fidélité, il est indispensable de laisser plus de présence à Dieu dans l’ordinaire des tâches. Les habitudes de prière de Nazareth, évoquées ci-dessus (matin et soir, aux repas) restent nécessaires.

La sanctification du dimanche – qui est en même temps jour du Seigneur, jour de l’assemblée, jour de l’eucharistie, jour de l’étude de la Parole – est le pivot central de la semaine, là où l’on apprend à résister aux dérives et à demeurer centrés sur l’essentiel. La vie chrétienne est une manière typique de vivre le temps.

JESUS PERDU ET CHERCHE. Comme ses parents, il nous arrive de « perdre Jésus ». La prière nous est fastidieuse, des confessions de foi sont remises en doute, des pratiques rituelles mises au rancart, l’atmosphère indifférente nous gagne. D’autant plus que la foi ne résout pas nos problèmes et que l’Eglise est gangrénée par des scandales. Tout cela vaut-il encore la peine ?

La foi, comme l’amour, traverse des orages, des tempêtes ; il faut perdre les assurances enfantines, découvrir de nouvelles explications, rejeter ce qui était superflu.

La foi doit s’épurer, comme celle de Marie. On lui annonçait la naissance d’un roi et il gisait sur la paille puis dans la tombe. La foi comme l’amour n’est pas possession mais recherche, quête, désir de trouver.

LIRE LES ECRITURES. Quelques vagues souvenirs du catéchisme et un instinct religieux ne suffisent pas à donner la foi. Dès sa jeunesse, Jésus n’a cessé de scruter les Ecritures : il est facile et dangereux d’invente un Dieu à sa mesure, qui ne dérange pas trop. La foi accepte d’être interpellée, remise en question, approfondie même si ces recherches acculent à des décisions difficiles. Mais quelle joie de découvrir des aspects ignorés, des lumières nouvelles, des sens inédits.

Seigneur, nous te prions pour nos familles. Que, dans la lecture, la réflexion, la prière, elles te cherchent pour être, un peu, des « maisons du Père ».


Frère Raphaël Devillers, dominicain