4ème dimanche – Année C – 30 janvier 2022 – Évangile de Luc 4, 21-30

Évangile de Luc 4, 21-30

AUJOURD’HUI JE COMMENCE

Imaginez qu’à la messe un dimanche, un monsieur se lève et monte au lutrin. Vous le reconnaissez : « Tiens ! Georges, mon garagiste». Vous n’êtes pas surpris puisqu’un laïc assure toujours une lecture. Georges lit un passage d’Isaïe : « L’Esprit de Dieu est sur moi ; il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, libérer les captifs, annoncer une année de grâce de Dieu ». Vous trouvez qu’il a bien lu ; basta, passons à autre chose. Mais à la fin de sa lecture, au lieu de regagner sa place, Georges regarde l’assemblée et lance d’un ton assuré: « Mes amis, ce « MOI », c’est moi : voilà ma mission, aujourd’hui cette Parole de Dieu va s’accomplir ».

Eh bien, c’est une scène similaire qui s’est déroulée un matin de shabbat, dans la modeste synagogue de Nazareth, un coin perdu de Galilée. Un petit big bang éclate : la re-création de l’humanité commence.

JESUS RENCONTRE LE REFUS

Tout d’abord ce fut la stupeur générale ! Mais comment ose-t-il ? De quel droit ? C’est notre voisin : on a bien connu son père Joseph, le charpentier, et voilà qu’il se prend pour un prophète maintenant ? Il faudrait au moins qu’il fasse un miracle pour nous prouver que Dieu lui a bien conféré cette mission. On raconte qu’il aurait fait une guérison à Capharnaüm: qu’il en fasse donc une devant nous. Nous voulons une preuve tangible.

Mais Jésus refuse d’obtempérer à cette exigence. Il n’opérera jamais des guérisons sur des malades ou handicapés que par compassion, pour soulager leurs souffrances et jamais pour prouver sa puissance ni faire de l’esbroufe. Chaque fois qu’on le sommera de faire un acte merveilleux pour ébahir et amener à le croire, il refusera avec colère. On ne force pas la foi : la liberté doit se décider elle-même.

Alors Jésus surmonte les remous qui agitent l’assemblée et il lance d’une voix forte : « Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans son pays ». Et il appuie son affirmation par deux exemples racontés dans les Ecritures.

LES PROPHETES ET LES ETRANGERS

1er LIVRE DES ROIS 17, 1-16 – Le roi d’Israël, Akhab (875-853), avait épousé Jézabel, la fille du roi de Sidon, il avait adopté le culte de son dieu Baal auquel il avait bâti un temple. Le prophète Elie, furieux devant cette idolâtrie, annonça une longue sécheresse et s’enfuit au-delà du Jourdain, au torrent du Kérit.

Après un temps, celui-ci fut à sec et YHWH envoya Elie au village de Sarepta, dans le pays même de Sidon. Il y trouva une pauvre veuve avec son fils : à bout de ressource, elle consentit néanmoins à lui donner un peu d’eau et du pain « après quoi, dit-elle, il ne nous restera qu’à mourir ». Elie lui promit qu’en récompense de sa générosité, son Dieu YHWH continuerait à lui offrir huile et farine jusqu’au retour de la pluie.

Grande leçon pour Elie : dans le pays de la reine idolâtre, il y avait donc une pauvre femme capable d’accueillir un prophète juif et de partager avec lui son ultime bout de pain. Les citoyens ne sont donc pas à cataloguer selon la religion de leur souverain. Et ce sont les actes d’amour concret qui témoignent du cœur. L’hospitalité à l’égard du pauvre a valeur infinie.

2ème LIVRE DES ROIS 5, 1-15 – Naaman était le général en chef de l’armée syrienne et il venait d’écraser les troupes d’Israël. Or il était lépreux. Sa jeune esclave israélite lui suggéra d’aller consulter Elisée, le prophète d’Israël. Celui-ci promit la guérison au général s’il allait se plonger à 7 reprises dans les eaux du Jourdain. D’abord réticent, il finit par accepter et en effet, il fut purifié de sa lèpre.

Donc un païen peut accepter de croire un prophète juif, de lui demander la purification plutôt qu’à ses propres dieux. Et ce prophète peut accéder à l’appel d’un païen, même si ce militaire vient d’infliger à son peuple une cuisante défaite.

« Il y avait beaucoup de veuves en Israël : cependant Elie a été envoyé par Dieu à une veuve étrangère du pays de Jézabel la détestée…………Il y avait beaucoup de lépreux en Israël mais seul Naaman, le Syrien, a été purifié ».

Au fait ces deux épisodes ne montrent pas les prophètes persécutés chez eux mais ils font l’expérience qu’en dehors d’Israël, la grâce de Dieu travaille des païens : la veuve libanaise fait montre d’une générosité héroïque et l’officier syrien d’une confiance totale. Ces deux païens ont convaincu Jésus qu’il ne doit pas rester confiné dans le territoire d’Israël mais passer les frontières et accomplir une mission universelle. On sent qu’il se réjouit devant cette ouverture aux autres.

Mais il n’en va pas de même de l’assemblée qui l’écoute dans la synagogue et qui a bien compris l’allusion : le charpentier du village ne peut pas être un prophète rempli de l’Esprit-Saint, ce n’est pas à lui de nous annoncer la Bonne Nouvelle.

Ce Jésus transformé ne suscite pas seulement sourires et sarcasmes : sa prédication, son actualisation des Ecritures, sa façon d’insinuer qu’il faut nous ouvrir aux païens, c’est insupportable. C’est un blasphème. Il faut le supprimer. Et la violence éclate.

Dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

LA SCENE DE NAZARETH ANNONCE LA SUITE

Dans cette scène introductrice de tout son évangile, Luc trace les traits de ce qui va se produire.

En effet Jésus ne va pas être admis par son peuple ; le petit artisan pauvre ne peut pas être le messie sinon sa gloire éclaterait. Le salut adviendra plus tard, de manière glorieuse et dans un avenir indéterminé ; il ne peut pas déranger notre présent.

Jésus, lui, va rencontrer, sinon un général, du moins un officier de cette armée romaine qui écrase son peuple et il bénira sa foi, telle qu’il n’en a jamais vue parmi son peuple d’Israël (Luc 7, 1)

Il sera plein d’admiration pour la pauvre veuve qui, en offrant ses derniers sous, donnait bien plus que les hypocrites enrichis et imbus d’eux-mêmes : « Elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre » (Luc 21, 1)

Par contre il excitera l’hostilité implacable des responsables de son peuple, ils se saisiront de lui, le condamneront, le mèneront au Golgotha, « hors de la ville », pour le mettre en croix. Mais il se lèvera du fossé de la mort et, par ses témoins, il s’élancera dans tous les pays païens où il rencontrera accueil, foi, confiance. « Passant son chemin, il ira au milieu d’eux »

Comme Naaman, des officiers, des philosophes, des prêtres croiront en lui et obtiendront la purification qu’ils ne trouvaient pas dans leurs rites et dans leurs temples. Comme la veuve de Sarepta, des misérables auront assez de cœur et de charité pour partager tout ce qu’ils ont avec un étranger.

L’EPISODE PASSÉ EST AVERTISSEMENT POUR AUJOURD’HUI

Cette scène « programmatique » est riche d’enseignements.

Jésus commence sa mission parmi les siens, dans son environnement. Rien de merveilleux, de mystique, pas de miracles, d’auréole. Dans l’ordinaire d’un office religieux banal. N’attendons pas les manifestations grandioses, les multitudes en liesse.

Lassés par l’habitude, gênés par nos échecs, peureux devant l’engagement, nous souhaitons un avenir meilleur. Mais tout à coup la bonne Nouvelle retentit : « Aujourd’hui s’accomplit la Parole ». Il ne faut plus remettre à plus tard.

La situation sociale est loin d’être parfaite, les injustices sont flagrantes, les misérables trop nombreux. Mais que faire ? On a tout tenté, on manque de moyens, on se résigne. Le Seigneur bouscule notre apathie : Aujourd’hui je lance la bonne Nouvelle aux pauvres, la libération aux enfermés, la lumière aux aveugles. L’année de grâce inaugurée à Nazareth reste ouverte jusqu’au dernier jour.

Chaque semaine, nous allons participer à la liturgie hebdomadaire, nous chantons, nous prions, nous écoutons des lectures qui datent du vieux temps, qui évoquent un avenir incertain. Et nous rentrons à la maison, devoir accompli.

« Aujourd’hui la Parole s’accomplit » dit Jésus. Projetons-nous dans le projet de Dieu.

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.

« Mes Paroles sont Esprit et Vie » (Jésus)

Commencée en 2004, quand quelques paroissiens me demandaient des copies de mes homélies paroissiales à Saint-Barthélemy, Liège, l’aventure s’est vite étendue à l’arrivée de l’ordinateur. Sans aucune publicité, mais simplement par communication de l’un à l’autre, la liste des abonnés s’est ouverte à plusieurs centaines et a atteint mêmes plusieurs continents : Canada, France, Egypte, Congo, Tanzanie, Polynésie française.

Aujourd’hui les méfaits de l’âge ne me permettent plus de poursuivre : ceci est donc le dernier numéro.

Je tiens à remercier de tout mon cœur ceux et celles qui m’ont fait l’honneur et la joie de s’intéresser à mes petits commentaires et à ceux qui ont travaillé à les transmettre à d’autres.

Surtout je rends grâce à Dieu de m’avoir donné la grâce dominicaine de l’amour de la Parole de Dieu et du désir de la transmettre le plus loin possible.

Je souhaite que beaucoup comprennent que dans une société de bruits qui deviennent parfois des bruits de guerre, où l’on s’engouffre à vitesse folle sans savoir où l’on va, où la mésentente déchire tous les essais de dialogue, il est essentiel que les chrétiens soient de plus en plus nombreux à scruter, à répandre, à proclamer la seule Bonne Nouvelle.

Aujourd’hui précisément la liturgie nous présente Jésus prêchant et repoussé par les gens de son village. Mais il s’échappe et va poursuivre sa prédication ailleurs. Elle atteindra le bout du monde.

Je remercie enfin de tout cœur mon frère Laurent Mathelot, à présent vicaire à l’église de Notre-Dame de la Sarte à Huy, qui avait bien voulu se charger de l’arrangement des textes, de leur illustration et de la gestion des envois et du fichier.

Frère Raphaël Devillers, dominicain

Prière de saint Hilaire de Poitiers

J’en ai conscience, Père : c’est à toi que je dois consacrer l’occupation principale de ma vie. Que toutes mes paroles et mes pensées s’entretiennent de toi.

Car ce don de la Parole que tu m’as accordé ne peut pas me rapporter un plus grand bienfait : te servir par la prédication et montrer qui tu es. Tu es le Père du Fils unique de Dieu.

Ma volonté n’a pas d’autre raison d’être.

Je dois implorer la grâce de ton assistance et de ta miséricorde, pour que tu gonfles du souffle de ton Esprit les voiles déployées par notre foi.

Pauvres, nous demanderons ce dont nous sommes dépourvus : nous fournirons un effort acharné pour scruter les paroles de tes prophètes et de tes apôtres. Nous frapperons à tous les accès d’une compréhension qui nous est fermée.

Mais c’est à toi d’exaucer la demande, d’accorder ce qu’on cherche, d’ouvrir la porte fermée.

Car nous vivons dans une sorte de torpeur, à cause de notre engourdissement naturel…Mais l’obéissance de la foi nous soulève au-dessus de notre capacité de connaître

Saint Hilaire

Evêque de Poitiers
Favorisa l’instauration de la vie monastique à Ligugé par le futur St Martin
Mort en 367

3ème dimanche – Année C – 23 janvier 2022 – Évangile de Luc 1,1-4 ; 4, 14-21

Évangile de Luc 1,1-4 ; 4, 14-21

Aujourd’hui La Parole s’accomplit

La plainte est universelle : les assemblées dominicales sont très loin de retrouver leurs effectifs d’avant la crise. Les raisons sont multiples : crainte du covid, découverte des scandales sexuels dans l’Église, contamination d’une société où la consommation frénétique et la passion des divertissements deviennent des absolus qui torpillent l’idéal de la foi, prise de conscience de l’inutilité de la pratique religieuse. Mais d’autre part on entend parler de chrétiens qui, ici et là, se réunissent à la maison, par petits groupes, en quête de célébrations plus vivantes, plus fraternelles, plus bibliques, libérées du cléricalisme.

Les 3 lectures de ce dimanche nous montrent l’importance centrale de la proclamation et de l’écoute de la Parole de Dieu.

1ère Lecture : EZRA le génie

La plupart des catholiques ignorent la valeur essentielle de la scène racontée dans la 1ère lecture. Les Hébreux libérés de l’esclavage d’Égypte et dotés de l’Alliance divine, avaient réussi à occuper la terre donnée par Dieu. Après des luttes, ils devinrent un royaume avec une capitale Jérusalem, un grand roi David puis un temple magnifique construit par son fils Salomon. Tout allait au mieux. Hélas, très vite éclata le schisme Judée/Samarie ; des mauvais rois se succédèrent. En – 587 survint la catastrophe : Nabuchodonosor dévasta ville et temple et déporta la population sur l’Euphrate. Puis l’Empire perse se leva : Cyrus renvoya les exilés. On refit un temple, bien plus petit que l’ancien mais on demeura sous l’occupation perse.

Alors survinrent deux grands personnages : accrédité par le pouvoir, Néhémie dirigea la reconstruction des murailles de la ville et surtout le prêtre et scribe Ezra (en français Esdras) eut le génie de « constituer la Torah ». Des scribes récoltèrent dans tout le pays les traditions antiques sur les Patriarches, Moïse, etc…et Ezra reconstitua l’histoire et en proclama la lecture publique.

Il avait compris que l’Alliance divine ne donnait pas une protection automatique, que la magnificence du temple, la splendeur des liturgies, la générosité des sacrifices, une grande capitale, un roi, des nobles, un territoire, une armée, rien ne pouvait assurer le peuple de Dieu. Il fallait que tous écoutent avec la plus grande attention et se comprennent comme un peuple qui avait une mission dans l’histoire et qui devait appliquer les commandements de son Dieu qui l’avait élu pour cela. Lisez attentivement ce texte :

« Tout de peuple se rassembla comme un seul homme sur la place… ; Ezra apporta le livre de la Loi…il fit la lecture du lever du jour jusqu’à midi. Tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. Ezra se tenait sur une tribune ; tout le peuple le voyait. Il bénit le Seigneur ; tout le peuple répondit : « Amen, amen ! ». Ils se prosternèrent devant le Seigneur. Ezra lisait un passage ; les lévites traduisaient, donnaient le sens. Néhémie dit : « Ne pleurez pas, ce jour est consacré au Seigneur…Allez manger de bons repas ; envoyez une part à celui qui n’a rien…La joie du Seigneur est votre rempart ».

Remarquez : on n’est pas dans le temple, on n’immole aucun sacrifice, on est en milieu profane. On lit, on explique, on pleure ses fautes, mais on est certain de la grâce de Dieu et on clôture par de bons repas remplis d’allégresse, sans oublier les pauvres. Israël n’est plus centré sur le temple et les rites solennels mais sur la Parole de Dieu. Elle sera désormais lue et priée dans les « synagogues », lieux où l’on conserve les rouleaux de la Loi, où on multiplie sans arrêt les lectures, où l’on cherche leur signification pour éclairer l’actualité, et où l’on chante les psaumes.

S’il n’y avait pas Moïse, Ezra serait le plus grand, disent certains maîtres. Relisons tous les détails du texte de ce jour : la minutie mise pour que la proclamation soit claire, parvienne à tous, même aux petits, soit expliquée….Le moment est une nouveauté, un tournant de l’histoire d’Israël.

2ème Lecture : Le Corps de l’Eglise

Afin de calmer les disputes et encourager l’unité, Paul reprend la vieille image du corps : « Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres : tous ne forment qu’un seul corps. ». De même vous, chrétiens, vous devez vous comprendre comme un corps : tous différents mais tous liés en un. « Vous êtes le corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps ».

Cependant dans ce Corps de l’Eglise, il y a une primauté dans les missions.

« Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui sont chargés d’enseigner, puis ceux qui font des miracles, ceux qui ont le don de guérir, ceux qui ont la charge d’assister leurs frères ou de les guider, ceux qui disent des paroles mystérieuses. Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, à guérir… »

Chaque membre du Corps du Christ a un don et il ne faut pas se déchirer et rivaliser. Certains dons sont spectaculaires, comme faire des miracles ou parler en langues : toutefois pour Dieu il y a une hiérarchie : les dons les plus importants sont ceux de la Parole. C’est pourquoi la mission essentielle du pape, des évêques, des prêtres est celui de proclamer la Parole, de la commenter, de l’actualiser.

Parader en grande pompe dans des édifices somptueux, impressionner par les gestes hiératiques, soigner la mise en scène, opérer des guérisons stupéfiantes, impressionner par le sens du sacré, l’usage de langues antiques, le charme de la musique : tous ces moyens sont aimés du public mais ne peuvent jamais supplanter la proclamation de la Parole nue. Les vieux maîtres ne voulaient pas des synagogues avec vitraux et orgue. Il est trop tentant de refuser le coup d’épée de la Parole qui tranche dans nos décisions, dénonce notre faux christianisme, exige la vérité maintenant tout de suite. Le culte n’a pas à impressionner mais à convertir, à construire un corps.

La foi d’innombrables catholiques est en déficit sévère, en méconnaissance des exigences de l’évangile, en ignorance totale de l’histoire biblique. Il faut cesser de cantonner le catéchisme à l’enfance. Un jeune séminariste à la veille d’être ordonné prêtre me confiait : « Je n’ai jamais eu un seul cours sur la prédication et ça va être mon travail premier ».

Evangile du jour : Jésus prêche

Le texte lu ce jour est en deux parties. La 2ème raconte les débuts de Jésus qui, plein d’Esprit après son baptême, vient en Galilée. « Il enseignait dans les synagogues des Juifs » : ce qui montre que des autorités l’accueillaient volontiers.

« Il vint à Nazareth, comme d’habitude il entra dans la synagogue le jour su sabbat, il se leva pour faire la lecture. On lui présenta la livre d’Isaïe, il ouvrit le livre et trouva le passage : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne nouvelle aux pauvres : annoncer aux prisonniers qu’ils ont libres, aux aveugles qu’ils verront la lumière ; apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ».
Jésus referma le rouleau, le rendit au servant, s’assit. Tous, dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Alors il leur dit : « Cette Parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

Sabbat : non jour d’ennui et de course aux divertissements. Jour tout consacré à Dieu et aux relations humaines. Au cœur, l’office de la synagogue : le village est là, dans l’attente, pour écouter ce que Dieu lui dit aujourd’hui et pour chanter ses louanges. Personne n’est en retard, personne ne file en hâte : on va vivre ensemble le moment clef de la semaine. On appelle le fils du charpentier qui intrigue. Il reçoit le rouleau, lit solennellement le texte, s’assied comme un maître. Le silence est absolu. Prêcher, c’est lancer un vieux texte et assurer qu’il se réalise aujourd’hui. La Parole actualise le texte, bouscule les indifférences, ouvre l’avenir. Dieu maintenant est en train de parler à son peuple qu’il aime. Rien d’autre n’importe. La fameuse scène inauguratrice d’Ezra (voir ci-dessus) se répète, s’accomplit. Pèlerinages, cantiques, problèmes paroissiaux, programmes de tv, projets de banquets, voyages… : plus rien ne compte. Écouter, comprendre, appliquer la Parole de lumière qui seule nous conduit dans la vérité et la paix.

La première partie du texte, elle, est le début de l’évangile de Luc et évoque ce qui s’est passé quelques dizaines d’années après les événements de Jésus. Un à un les premiers apôtres sont morts, Israël rejette l’évangile mais il se répand chez les païens ! Quelques-uns – dont le dénommé Luc- se mettent à l’ouvrage et mettent par écrit après enquête très sérieuse. La Parole devient un écrit.

Conclusion

L’épidémie poursuit ses ravages, on nous apprend que les risques de plusieurs guerres se précisent, des pays périssent de famine. Beaucoup d’Occidentaux se ruent sur les soldes, prennent l’avion pour des vacances lointaines, la pornographie ravage le cœur des tout-petits, etc, etc.

Or Dieu nous parle, nous éclaire pour éviter les abîmes, nous rassembler dans l’amour. Que faisons-nous ?
Saint Ezra, l’illustre inconnu, rendez-nous la passion de l’écoute. Comment secouer l’inertie liturgique ?

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.

2ème dimanche – Année C – 16 janvier 2022 – Évangile de Jean 2, 1-11

Évangile de Jean 2, 1-11

La Semaine Chrétienne

Jean commence la scène célèbre des noces de Cana, lue en ce jour, par une notation que la liturgie a omise : « Le 3ème jour, il y eut une noce… » c.à.d. « le surlendemain ». Ce récit a donc un lien avec ce qui précède et la note est importante puisque nous répétons encore la formule entrée dans le credo : « Il est ressuscité le 3ème jour ». Cana a rapport à Pâques.

En remontant dans le texte de Jean, nous constatons que – fait unique dans les évangiles – presque chaque petite scène s’enchaîne à la précédente (« le lendemain »). Si bien que nous avons cette suite :

1) Jn 1, 1 : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu. Tout fut par lui…Le Verbe a demeuré parmi nous, nous avons vu sa Gloire…A ceux qui croient en lui, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu »…. ».

2) 1, 19 : Et voici le témoignage de Jean(Baptiste) : « Je ne suis pas le Christ ».

3) 1, 29 : Le lendemain Jean voit Jésus : «  Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde…J’ai vu l’Esprit descendre sur lui…Il est le Fils de Dieu… »

4) 1, 35 : Le lendemain, Jean répète : « Voici l’Agneau de Dieu ». Deux disciples suivent Jésus et demeurent avec lui. André va appeler son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie ». Jésus appelle Simon Pierre. (le 2ème disciple anonyme est sans doute Jean l’évangéliste)

5) 1, 43 : Le lendemain Jésus trouve Philippe : « Suis-moi ». Philippe va trouver Nathanaël : « Nous avons trouvé le Messie, c’est Jésus de Nazareth ». A ses cinq nouveaux disciples Jésus déclare : « Vous verrez le ciel ouvert sur le Fils de l’homme ».

6) …. : jour creux.

7) 2, 1 : « Or le 3ème jour (surlendemain), il y eut une noce à Cana… ».

Création et Recréation de l’homme

Jean commence donc son évangile en calquant les débuts de l’apparition de Jésus sur la semaine inaugurale de la création du monde (Genèse 1, 1…): « Au commencement Dieu créa…Dieu dit : « Que la lumière soit » : et la lumière fut…. ». Dieu crée tous les éléments par sa Parole et il confie l’ensemble à l’humanité, homme et femme. Évidemment l’auteur de la Genèse n’a pas la conception scientifique (big bang) mais théologique, en tant que vision de Dieu. Hélas, l’humanité pèche, elle se laisse entraîner par ses besoins et ses désirs et le monde va à la catastrophe : violence, guerres, jalousies, cupidité.

Pour nous sauver, Dieu, par l’intermédiaire d’Israël, donne la Loi : « Voilà comment retrouver l’équilibre et la paix ». Hélas, même Israël est incapable d’observer la Loi. Les prophètes hurlent à la conversion mais les ruines s’accumulent.

Une révélation surgit peu à peu dans l’histoire : puisque l’homme est incapable de se sauver par lui-même, un jour Dieu oindra un roi, qui sera donc appelé « Messie »(Oint) et lui, il pourra redresser l’humanité et la conduire à Dieu.

Voilà la Bonne Nouvelle qui commence et que Jean raconte dès sa première page. Jean-Baptiste est le dernier prophète, il avoue son impuissance et désigne le Messie tout simple : Jésus. Celui-ci va rétablir le lien de l’homme à Dieu, lien d’amour qui s’appelle « Alliance » et qui est donc semblable à une noce. Cana symbolise cette merveille. « Ils n’ont plus de vin » : la remarque de Marie signifie que nous sommes incapables de demeurer dans la joie de l’Alliance. Nous échouons toujours.

Jésus commande alors de puiser de l’eau : comme Jean-Baptiste, il faut multiplier les efforts, puiser, s’épuiser, travailler, s’acharner à remplir nos devoirs « jusqu’au bord » comme on remplit des jarres. Elles sont 6 comme les jours de la semaine.

Ensuite, « le 3ème jour », Jésus rassemble ses disciples. Ils lui apportent l’eau, la somme de leurs efforts et Il la transfigure en vin. L’allégresse de la nouvelle Alliance éclate. Joyeux les disciples croient, font confiance en Jésus, lui donnent leur vie et se mettent à le suivre. Ils ne sont plus disciples de Jean-Baptiste, de la Loi, de la moralité : ils sont disciples de Jésus ressuscité « le 3ème jour » parce qu’il a donné sa vie pour leur offrir le pardon et la Vie nouvelle.

« Au commencement était la Parole…la Parole s’est faite chair…Nous avons vu sa Gloire de Fils…Et il nous a donné d’être des enfants de Dieu…Personne n’a jamais vu Dieu : Jésus nous l’a révélé ».

La foi chrétienne en Jésus Messie ressuscité ouvre un temps nouveau de l’histoire.

Marie

« Ils n’ont plus de vin …Faites tout ce qu’il vous dira » : les deux seules phrases de Marie, toujours appelée « la mère de Jésus » nous rappellent que nous sommes appelés à un autre bonheur, que nos recherches et nos plaisirs seront toujours incapables de le construire, et qu’il nous faut nous appliquer à appliquer tous les enseignements de Jésus, c.à.d. à vivre selon l’Évangile avec tout notre engagement.

Alors le « 3ème jour », jour de la résurrection, dimanche, nous nous rassemblons près de Marie, mère de tous les disciples, et nous buvons le vin de la Nouvelle Alliance. L’Agneau a donné sa vie pour nous pardonner, le Fils de l’Homme nous ouvre le Royaume.

Comme André a appelé Simon, comme Philippe a appelé Nathanaël, comme Jean a écrit son évangile, nous devenons les témoins, nous appelons, nous cherchons les autres en quête d’un bonheur qu’ils ne trouvent jamais. Tandis que « la Mère » nous apprend sans cesse à être « des « fils ».

Ne cherchez pas sur une carte où se trouve le village de Cana : vous y êtes quand vous allez participez « aux Noces de l’Agneau », l’Eucharistie nouvelle.

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.

Le Baptême du Seigneur – Année C – Dimanche 9 janvier 2022

Le Baptême dans l’Esprit

Luc ne dit rien des plus de trente années où Joseph et Marie, à Nazareth, élèvent l’enfant que Dieu leur a donné. Sauf l’épisode étonnant de la fugue du garçon de 12 ans qui étonne les maîtres par sa connaissance des Écritures et qui se justifie devant ses parents en alléguant qu’il « doit être chez son Père ». Ensuite la vie reprend son cours normal : Joseph transmet à Jésus son métier d’artisan avant de disparaître un jour – ce que Luc ne mentionne pas.

Dans ces longues années de vie ordinaire, deux choses à retenir : à la synagogue, aux fêtes liturgiques, dans le silence, Jésus entretient et approfondit sa liaison d’amour filial pour Dieu son Père. Dans le village, il apprend la valeur du travail manuel, il entretient et approfondit ses relations avec les hommes, non seulement les fils d’Israël mais aussi les païens. Car il a sans doute travaillé sur le chantier proche de la magnifique ville de Séphoris, « la perle », qui était en cours d’édification, modèle de la culture grecque en train d’envahir tout le pays.

Le temps passe mais le Fils ne décide rien par lui-même : il attend un signal de Dieu. Et un jour en effet il survient. La rumeur parvient au village : enfin un prophète s’est levé. Il s’appelle Jean, exhorte à la conversion, baptise dans le Jourdain. Jésus range son atelier, embrasse sa maman et s’en va. Sa vie bascule.

Jean s’efface

Le peuple venu auprès de Jean-Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie. Jean répondit à tous : « Moi je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi et je ne suis pas digne de délier la lanière de sa sandale. Lui il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu …Hérode, que Jean blâmait parce qu’il avait épousé Hérodiade, la femme de son frère, et à cause de tous ses forfaits, fit enfermer Jean en prison.

Nous avions entendu ce texte pendant l’Avent : Jean avait conscience que ses exhortations et sa prédication morale ne suffisaient pas à sauver le peuple et il pressentait la venue d’un Messie, d’une force infiniment supérieure à la sienne, qui plongerait les hommes dans le feu de l’Esprit seul capable de les changer.

Ici Luc emploie un procédé curieux : alors que Jean va continuer à plonger les gens (et Jésus) dans l’eau, Luc anticipe son emprisonnement qui aura effectivement lieu peu après car ses attaques gênaient le roi. Luc comme les autres évangélistes sont en effet gênés car, en leur temps, des communautés assuraient que Jean était le messie puisque Jésus avait accepté son baptême. C’est pourquoi Luc, obligé de reconnaître le fait, essaie de faire comprendre que Jean n’est qu’une charnière, que son ministère marque la fin d’une époque.

Le baptême est un passage

Le mot baptême nous fait tout de suite penser à une ablution ou une immersion dans l’eau, à un rite statique. Or ici il n’en est rien. Dans le but de gros bénéfices touristiques, les autorités d’Israël et de Trans-Jordanie se sont longtemps affrontées pour prouver que Jean-Baptiste était installé de leur côté : les archéologues ont tranché il n’y a guère, d’après les vestiges retrouvés, c’est bien sur la rive orientale, c.à.d. du côté de la Jordanie, que Jean s’était posté. L’enjeu n’est pas financier mais théologique. Jean obligeait donc ses compatriotes à le rejoindre sur l’autre rive, à y écouter ses enseignements en compagnie éventuellement de païens, puis à accepter de retraverser le Jourdain.

L’endroit est maintenant reconnu : peu avant que le Jourdain se jette dans la Mer morte, les terres boueuses constituent l’endroit le plus bas de la planète, plus de 300 mètres en-dessous du niveau de la mer.

Quelle richesse de signification ! Jean-Baptiste se trouve à peu près à l’endroit ou Moïse, lors de l’Exode plusieurs siècles auparavant, était parvenu en conduisant les esclaves hébreux libérés d’Égypte. Et c’est là qu’il était mort (comme Jean, en prison, va l’être) en chargeant son lieutenant Josué de guider le peuple pour traverser l’eau et occuper la Terre donnée par Dieu. Or, en hébreu, Josué s’écrit comme Jésus : « Iéshouah » = Sauveur.

Plus qu’un bain, le baptême est un passage, une traversée, une « pâque », un exode (= chemin hors de)

Le baptême de Jésus ouvre une ère nouvelle

Comme tout le peuple était baptisé et que Jésus priait, après avoir été baptisé, lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit-Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « Tu es mon Fils : Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ».

Tous les gens ont passé le fleuve. Ils ont bien écouté et approuvé les exhortations de Jean, ils sont disposés à faire leur possible pour les mettre en pratique et changer de vie (partager la nourriture et les vêtements, ne faire ni tort ni violence à personne …). Ils rentrent à la maison, reprennent leur travail … mais ils n’ont pas la force d’agir à cette hauteur. Et ils attendent un autre prophète.

Au contraire, Jésus, lui, après avoir plongé dans l’eau, plonge ensuite dans la prière : ici est son véritable baptême dans lequel son Père lui donne son Esprit et où il peut écouter sa Parole qui reprend le verset du psaume 2 pour lui donner maintenant, « aujourd’hui », son investiture messianique. Le Fils reçoit sa mission messianique. Ce que Jean était impuissant à réaliser, aujourd’hui, Jésus est chargé de l’accomplir.

La comparaison de la colombe n’est pas que poétique. Dans les Écritures, notamment le Cantique des Cantiques, Israël est nommée la colombe, la fiancée aimée de Dieu. Jésus, le roi messie bien-aimé, assume le peuple bien-aimé pour le conduire dans le cœur du Père. Par son baptême, Jésus prend en charge le peuple pour lui apprendre à servir Dieu et à chanter son allégresse de peuple sauvé.

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.