Fête de la Sainte Famille – Année C – 30 décembre 2018 – Évangile de Luc 2, 41-52

ÉVANGILE DE LUC 2, 41-52

JE DOIS ETRE CHEZ MON PERE

Entre les fêtes de Noël et de l’Epiphanie, le dimanche de la Sainte Famille nous permet de réfléchir à ce long temps où le petit garçon grandissait près de ses parents dans un village obscur de Galilée.

N’imaginons pas des personnages auréolés, à l’air dévot, confits dans la prière, et Jésus s’essayant à faire des petits miracles et à confectionner des croix de bois.

Il fallait vivre la dure réalité d’un pays occupé, d’un peuple méprisé et surchargé de taxes où Joseph devait lutter pour gagner sa vie. Sans doute allait-il parfois travailler à la ville de Sephoris, dont les fouilles aujourd’hui font surgir les vestiges, et que l’on appellera « la beauté de Galilée ». La prestigieuse civilisation, que l’on appellera gréco-romaine, et dont nous sommes les descendants, étendait ses modes païens de vivre. Etranglés par la misère, beaucoup de gens s’exilaient en Egypte ou plus loin encore.

Fils unique (ce qui était rare à l’époque), Jésus avait tout de suite appris ses prières. D’abord au lever et au coucher, en se tournant vers Jérusalem, le « SHEMA », la confession fondamentale de la foi d’Israël : « Ecoute, Israël, YHWH notre Dieu est YHWH UN ».
Par l’indispensable bénédiction aux repas, on rendait grâce à Dieu pour tous les fruits de la terre et la vie qu’ils donnent.

On suivait le grand rythme fondamental de la semaine couronnée par le shabbat. Ce 7ème jour était le grand jour de fête d’Israël. Laissant là tous les outils, on vivait la joie de la liberté : les villageois se rassemblaient pour les offices à la petite synagogue. De tout son cœur, Jésus chantait les psaumes (qu’il connaissait par cœur), il écoutait les lectures et les commentaires du rabbin.

On se retrouvait entre voisins pour partager les nouvelles, visiter un malade. Personne ne devait souffrir de solitude. C’était le Jour du Seigneur : l’essentiel n’était pas la richesse ni la course à la nouveauté ni même l’indépendance nationale mais un peuple pauvre et fier, libéré par son Dieu pour vivre la fraternité et la louange.

Trois fois par an, tous montaient à Jérusalem pour les grandes fêtes : Pessah, Shavouot, Soukkôt.

Précisément, à l’occasion de la Pâque, quand Jésus avait environ 12 ans, un étrange événement survint, seul souvenir du temps de l’adolescence du garçon. Que nous apprend-il encore ?

JESUS FAIT UNE FUGUE

A la fin de la fête, la caravane vers Nazareth se met en branle : Marie et Joseph ne s’inquiètent pas de l’absence de leur fils qui doit être avec des parents ou des cousins. Mais le temps passe et il ne revient pas. Inquiets, les parents retournent à la capitale.

Je ne sais combien il y a d’enfants fugueurs, chaque année, dans mon pays mais je suis sûr qu’on n’en retrouve aucun dans une salle de catéchisme.

Or c’est ce qui est arrivé aux parents de Jésus : au lieu de récupérer leur gamin au rayon des jeux vidéo ou sur le terrain de foot (il n’avait pas besoin de vouloir ressembler à Messie : il l’était déjà), ils le découvrent dans une salle du temple de Jérusalem, mêlé à un cercle de maîtres. Passionné, il écoute leurs échanges sur l’interprétation des Ecritures. Etonné par ce petit auditeur attentif, les sages le questionnent et ils sont ébahis par l’intelligence et la finesse de ses réponses. « Ce garçon ira loin » murmure un vieux.

Au bout de 3 jours, ses parents le trouvent dans le temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions. Ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et ses réponses. Stupeur des parents ! Sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi avons souffert en te cherchant ! Il répond : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne savez-vous pas que je dois être chez mon Père ? ». Ils ne comprirent pas.

Pourtant dès qu’il a eu l’âge de raison, sa maman lui avait expliqué le mystère de sa naissance : Joseph n’était que son père adoptif et Dieu était son vrai Père. Cette révélation avait mobilisé l’entièreté de la vie du garçon et approfondi sa prière et sa méditation des Ecritures.

Puisque Dieu est son père, sa vraie maison est donc le Temple de Jérusalem. Au Temple, il est chez son papa et en scrutant les Ecritures, il connaît son histoire, comment il guide son peuple, comment il lui promet un libérateur. Et ce roi, ce Sauveur, ce Messie, c’est lui, lointain descendant du roi David, et que ses parents ont dénommé IESHOUAH – qui signifie « Dieu sauve ». Donc sa mission est bien d’être chez son Père afin de le faire connaître aux hommes.

Mais l’heure n’est pas venue. Obéissant, Jésus retourne avec ses parents à la petite maison de Nazareth – qui n’est pour lui qu’une résidence secondaire

UN EPISODE PROPHETIQUE

Jésus aura plus de 30 ans lorsque Jean-Baptiste sonnera l’heure de sa mission. Alors il montera à Jérusalem et décidera de purifier la Maison de son Père. Il ne rencontrera plus des maîtres étudiant les Ecritures mais des pontifes cossus, imbus de leurs privilèges, horrifiés par ce paysan qui les accusait d’hypocrisie et de culte mensonger.
Ils le chasseront et même l’enverront à la mort. Mais la croix du Golgotha pour lui sera une porte et, le cœur transpercé d’amour, il pourra – enfin – entrer au ciel dans la Demeure éternelle où le Père accueillera son Fils bien-aimé.
Pendant deux jours atroces, fous d’angoisse, Marie et les apôtres chercheront le disparu. Et le 3ème jour, ils le retrouveront vivant.

LA VIE DE FAMILLE

VIE SOBRE. Comme la famille de Nazareth vivait dans un monde où s’imposait la civilisation païenne, nos familles chrétiennes sont aujourd’hui immergées dans la modernité. Emerveillés par les réussites et les progrès, fascinés par les jouissances de l’avoir, des multitudes ont relégué la religion dans le placard, d’où on la ressort éventuellement pour un mariage ou un enterrement.
L’idéal est de gagner mieux sa vie, d’accroître son confort, de ne rater aucun spectacle, de suivre les modes, d’additionner des selfies à New-York, à Rio ou sur « les plages de rêve ».
« La publicité est la plus éclatante démonstration de l’illusion que l’homme a d’être libre » (A. Detoeuf).

La séduction est telle que parfois l’on se demande si les familles dites chrétiennes ont un style vie différent des autres. Le pape ne cesse de répéter ces avertissements aux chrétiens (cf. supra)

La petite famille de Nazareth nous réapprend la joie de la sobriété, le courage de résister à la fièvre acheteuse. Le bonheur ne se réduit pas au bien-être si celui-ci se confond avec le beaucoup-avoir.

LA PRIERE REGULIERE. Pour résister à cette course et garder la fidélité, il est indispensable de laisser plus de présence à Dieu dans l’ordinaire des tâches. Les habitudes de prière de Nazareth, évoquées ci-dessus (matin et soir, aux repas) restent nécessaires.

La sanctification du dimanche – qui est en même temps jour du Seigneur, jour de l’assemblée, jour de l’eucharistie, jour de l’étude de la Parole – est le pivot central de la semaine, là où l’on apprend à résister aux dérives et à demeurer centrés sur l’essentiel. La vie chrétienne est une manière typique de vivre le temps.

JESUS PERDU ET CHERCHE. Comme ses parents, il nous arrive de « perdre Jésus ». La prière nous est fastidieuse, des confessions de foi sont remises en doute, des pratiques rituelles mises au rancart, l’atmosphère indifférente nous gagne. D’autant plus que la foi ne résout pas nos problèmes et que l’Eglise est gangrénée par des scandales. Tout cela vaut-il encore la peine ?

La foi, comme l’amour, traverse des orages, des tempêtes ; il faut perdre les assurances enfantines, découvrir de nouvelles explications, rejeter ce qui était superflu.

La foi doit s’épurer, comme celle de Marie. On lui annonçait la naissance d’un roi et il gisait sur la paille puis dans la tombe. La foi comme l’amour n’est pas possession mais recherche, quête, désir de trouver.

LIRE LES ECRITURES. Quelques vagues souvenirs du catéchisme et un instinct religieux ne suffisent pas à donner la foi. Dès sa jeunesse, Jésus n’a cessé de scruter les Ecritures : il est facile et dangereux d’invente un Dieu à sa mesure, qui ne dérange pas trop. La foi accepte d’être interpellée, remise en question, approfondie même si ces recherches acculent à des décisions difficiles. Mais quelle joie de découvrir des aspects ignorés, des lumières nouvelles, des sens inédits.

Seigneur, nous te prions pour nos familles. Que, dans la lecture, la réflexion, la prière, elles te cherchent pour être, un peu, des « maisons du Père ».


Frère Raphaël Devillers, dominicain

NOEL AU VATICAN : LE PAPE INVITE A DEPASSER NOS EGOÏSMES

Le Pape a proposé de se mettre en route vers Bethléem , «une route ascendante» qui nous contraint à «dépasser le sommet de l’égoïsme» car il faut éviter «de glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme», pour aller comme les pasteurs à la rencontre de l’Enfant Jésus, qui «nous attend ».

Il invite chacun à réaffirmer son amour à Dieu,  une réponse individuelle essentielle pour le troupeau tout entier, souligne François. «Prends-moi sur tes épaules, bon Pasteur: aimé par toi, je pourrais moi aussi aimer et prendre mes frères par la main».

L’amour, et non les biens, entretient la vie

Le Pape a dénoncé les banquets de quelques-uns tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre. Il oppose «l’avidité et l’insatiable voracité» de beaucoup d’hommes pour qui «amasser des choses semble le sens de la vie» à «Dieu qui se fait petit pour être notre nourriture», qui ne prend pas mais offre à manger, non pas quelque chose mais Lui-même, chaque jour de sa vie.

«Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie: non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner». Or, en se nourrissant de Jésus, Pain de vie, «nous pouvons rompre la spirale», car une renaissance dans l’amour est possible, assure le Pape. «Devant la mangeoire, nous comprenons que ce ne sont pas les biens qui entretiennent la vie, mais l’amour; non pas la voracité, mais la charité; non pas l’abondance à exhiber, mais la simplicité à préserver».

Jésus change les cœurs

Si l’on accueille Jésus, l’histoire change, car le centre de la vie n’est plus «mon moi affamé et égoïste mais Lui qui naît et vit par amour», affirme le Pape qui appelle ainsi à un examen de conscience alors qu’en cette nuit de Noël, les fidèles sont appelés à se mettre en route vers Bethléem.

Quelle est la nourriture de ma vie dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ? Ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ?

A Noël, est-ce que je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ? Car «Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas les digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais demande qu’on se lève en hâte de table pour servir».

Dieu est toujours à nos côtés

Le Pape parle des pasteurs qui furent d’abord saisis d’une grande crainte dans la nuit de Noël. En effet, «l’homme depuis les origines et à cause du péché, a peur de Dieu». Aux pasteurs l’ange répond : Ne craignez pas, «comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme», dit François.

Bethléem est «le remède à la peur, parce que malgré les ‘‘non’’ de l’homme, là Dieu dit pour toujours ‘‘oui’’». Personne ne sera jamais seul. Dieu nous aime tous, toujours, sans exception. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait «un tendre enfant».

Veiller, risquer, raconter : des gestes d’amour

Le Pape explique ensuite comment les bergers se sont mis en chemin vers Bethléem, pour aller à la rencontre du Seigneur. Il y a d’abord eu ce temps d’attente, à veiller dans l’obscurité.

Cela vaut pour chacun. Un choix est alors possible: «Notre vie peut être une attente, qui également dans les nuits des problèmes s’en remet au Seigneur et le désire; alors elle recevra sa lumière. Ou bien une prétention, où ne comptent que les forces et les moyens propres: mais dans ce cas, le cœur reste fermé à la lumière de Dieu».

Attendre ne signifie pas dormir ou se reposer sur un divan. Il faut se «hâter», et risquer pour Dieu.

Les pasteurs abandonnent ainsi leur troupeau, rappelle le Pape. Et lorsqu’ils ont enfin vu Jésus, ils vont l’annoncer, «raconter la beauté». Autant de gestes d’amour.

En cette nuit de Noël, nous sommes appelés, dit François, à répondre à la question que le bon Pasteur posera à Pierre : «M’aimes-tu ? De cette réponse dépendra l’avenir du troupeau», affirme François, car aimé de Dieu, « je pourrais moi aussi aimer et prendre mes frères par la main ».

“HURLER A L’ISLAMOPHOBIE ET SE TAIRE SUR ASIA BIBI” PAR KAMEL DAOUD

Cette tribune signée par le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud a été publiée par le Quotidien d’Oran, le 11 11 2018.

“Qui est Asia Bibi ? Inconnue en Algérie (…) Rappel donc : c’est une chrétienne du Pakistan, mère de famille, ouvrière agricole dans les champs. Son histoire est terrible. Accusée de blasphème, en 2009, sur la base des récits d’autres femmes qui se sont disputées avec elle pour un verre d’eau, elle est condamnée à mort par pendaison. La loi au Pakistan est claire, mortelle, tueuse et nette. La femme est dénoncée par un mollah, un autre offre une somme d’argent pour qui va la tuer. Même par empoisonnement dans la prison où elle est enfermée depuis des années. Hystérie, folie, barbarie.

D’ailleurs, des politiciens pakistanais qui l’ont défendue, seront assassinés. Simplement. 

Aujourd’hui, après son acquittement par la Cour suprême de ce pays, les islamistes paralysent le Pakistan, déferlent dans les rues, hurlent et se mobilisent. Non contre la misère, la soumission, le manque d’eau ou la pauvreté horrible et l’injustice, mais contre une femme, une ouvrière pour ramasser des fruits dans les champs. Les photos sur le net laissent sans voix sur cette déferlante de la haine. 

Le cas d’Asia Bibi résume cette pathologie envers la femme, l’Autre, l’altérité, le différent. Affaibli par ses concessions et ses compromissions, le Régime pakistanais en est à la phase de négociations avec ses propres barbares. 

Pourquoi en parler chez nous ? Pour deux ou trois raisons. 
La première est que l’Algérie se «pakistanaise» sous nos yeux. (…)

Suite …  “La seconde raison est plus scandaleuse. Un journal en Occident l’a déjà évoqué : pourquoi dans le monde dit «musulman» il n’y a eu aucune manifestation pour soutenir cette femme comme on le fait quand un évangéliste brûle quelques pages du Coran ? Parce que Bibi est une femme, elle est chrétienne et donc pas humaine. La solidarité s’arrête à la confession. Cela nous évite de partager le poids du monde et nous encourage à crier au complot international. Ensuite on pourra hurler au refus du monde fait aux musulmans tout en refusant d’en partager l’universelle condition.

Soutenir cette femme aurait pu distinguer le musulman de l’islamiste, affirmer notre universalité, notre humanité et le souci de l’humain qui passe avant l’idéologie. Et ce n’est pas possible : nos croyances passent avant notre humanité et surtout celle des autres.

Il est même plus facile d’accuser l’Occident de faire des caricatures du prophète que de manifester contre cette hideuse caricature de l’islam au Pakistan ou contre Daech qui, avec les mêmes versets, tue et massacre et porte «atteinte à l’image de l’Islam» avec le sang et les bombes. C’est plus rentable de jouer les victimes que d’en défendre une. Plus facile. (…)

Suite : “Il s’en trouvera qui vont crier au scandale et jurer qu’un texte comme cette chronique va être récupéré par l’extrême-droite en Occident et nourrir l’islamophobie. J’en ai rencontré récemment, dans des villes européennes. Maghrébins blessés, exilés ou théoriciens de l’islamisme sous-marin. Leur conseil est qu’il faut se taire sur Asia Bibi, n’en rien dire, sur elle et sur les autres, la laisser pourrir en prison, être pendue pour un verre d’eau, juste pour ne pas être inquiété dans ses croyances «culturelles» en Occident. Le souci de lutter, soi-disant, contre l’islamophobie passera avant une vie humaine, une femme, une injustice. Ce qui est important «c’est ce que pensera l’Occident de nous à cause d’une chronique, pas la vie d’une femme, un crime». Le confort passe avant l’humain et l’humain ne concerne que le musulman, celui-là précisément, soucieux de son image narcissique plus que de la vie et des morts. 

C’est une logique. On peut ne pas écrire, se taire et laisser cette femme mourir. Comme tant d‘autres. Cela fera plaisir à l’égo culturel. A la censure communautaire. On peut se taire sur tout, d’ailleurs. Au nom de l’obligation de ne pas altérer l’image que nous voulons donner de nous-mêmes et qui est fausse et délirante. La faute n’étant pas ce que nous avons fait de nous-mêmes et de notre monde, mais la faute est celle de ceux qui pensent mal de nous. Le miroir du monde devient coupable de notre nudité misérable. Alors on le casse ou on crie à l’islamophobie. Ou bien il faut écrire. Parler, dire et dénoncer nos propres misères et complicités. 

Que l’extrême-droite «récupère ou pas». L’essentiel est de sauver une vie, de témoigner d’une solidarité, de faire du bruit pour que le meurtre et le meurtrier ne passent pas inaperçus. C’est la plus faible des fois. Asia Bibi est un être vivant qui risque de mourir. Le reste c’est le blabla misérable d’idiots (ou pas) inutiles et de monstres qui se multiplient.”   

Kamel Daoud

QUI EST KAMEL DAOUD ?

Né en 1970 à Mesra en Algérie. Ecrivain et journaliste d’expression française. Pendant 8 ans, rédacteur en chef du journal « Quotidien d’Oran ». Son roman « Meursault, contre-enquête » a reçu le Prix du Premier roman 2015. En 2017 publie « Zabor ou les Psaumes ». En 2018 « Le peintre dévorant la femme ».

Le 13 décembre 2014, dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l’islam : « Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, cela lui vaut d’être frappé d’une fatwa par Abdelfattah Hamadache Zeraoui, un imam salafiste officiant à l’époque sur Echourouk News, qui a appelé le 16 décembre sur Facebook à son exécution écrivant que « si la charia islamique était appliquée en Algérie, la sanction serait la mort pour apostasie et hérésie. » Il précise : « Il a mis le Coran en doute ainsi que l’islam sacré ; il a blessé les musulmans dans leur dignité et a fait des louanges à l’Occident et aux sionistes. Il s’est attaqué à la langue arabe […]. Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son livre, les musulmans et leurs pays»

Cf le site sur le net.

Fête de Noël – 25 décembre 2018

PAS LE VIEUX PÈRE MAIS LE NOUVEAU FILS

Quels nœuds de paradoxes ! Dans quelle crise nous débattons-nous ?

Les extraordinaires progrès des sciences et des techniques allaient nous expliquer tous les mystères, nous permettre la conquête du monde, d’infinis voyages à travers la planète et bientôt sur la lune.
Les stupéfiantes merveilles des moyens de communication nous mettraient en communication les uns avec les autres, nous serions éternellement branchés dans un réseau de partage mondial pour nous enrichir de nos différences.
La devise magique – Liberté, Egalité, Fraternité – serait le programme de la nouvelle société juste et sécularisée, enfin débarrassée des légendes religieuses et du carcan de l’Eglise.
Structurée de nouveaux programmes, l’école serait une belle machine formant des élèves équipés, des citoyens modèles.

Or patatras, rien ne va plus. Les sciences s’acharnent à fabriquer des armements de mort; les téléphones enferment dans le selfie narcissique ; les gilets jaunes dénoncent les inégalités scandaleuses et la violence cachée des riches ; les Bourses tremblent au bord d’une crise fatale ; les élèves défilent dans les rues et clament leur colère; les émigrés coulent dans la Méditerranée ou sont renvoyés d’une frontière à l’autre. Et au sommet, pire que tout, notre comportement imbécile saccage la nature, réchauffe le climat et nous fait entrevoir une fin plus rapide que prévue.

La cause ? On croyait au Père Noël, ce vieux menteur qui, la mine hilare, idolâtre la jouissance, presse à la consommation, promet la joie dans l’alcool. « Restez des enfants, je vous comblerai de cadeaux ». Le Père Noël n’est que la caricature de Dieu : il promeut l’avidité intarissable, le tout est possible tout de suite, la jalousie, l’idolâtrie de l’Argent.

Or à Noël, c’est le fils qui vient, c’est l’enfant, que Dieu envoie. Pas un vieux qui fait des cadeaux mais un bébé qui donne un vrai « présent », donc un avenir, donc un sens à la vie. Par sa vulnérabilité absolue, le nouveau-né rend les parents adultes : il exige que l’on prenne ses responsabilités, qu’on le fasse vivre, qu’on l’aide à grandir, qu’on le protège des dangers qui le menacent.

NOEL N’EST PAS UNE VIEILLE HISTOIRE

Bref l’évangile de Noël n’est pas un conte de fée, un retour à l’enfance, un jeu avec des santons. Il est la Bonne Nouvelle, jamais périmée, qui nous donne la Vie si nous le mettons en pratique.

« Parut un Edit de César qui ordonnait le recensement de la population ». Jouissance des Puissants : « Combien ai-je de sujets ? ». Jouissance des nantis : « Comment ont marché mes opérations boursières ? De combien ai-je détourné de l’impôt ? » . Orgueil de l’avoir.

« Joseph et Marie partirent pour Bethléem ». Les pauvres sont bien obligés d’obéir aux lois : au sommet de l’Etat qui s’occupe d’eux ? Mais c’est ainsi que Jésus naîtra dans le village de son ancêtre, et qu’il sera le messie royal de David. Dieu réalise son dessein.

« Il n’y avait pas de place pour eux dans le caravansérail ». Le propriétaire n’allait quand même pas offrir une chambre à ces jeunes désargentés : il avait de gros travaux d’entretien à réaliser dans sa bâtisse. Qu’ils aillent dans l’étable : la présence des bêtes leur donnera un peu de chaleur. Toutes les pauvres femmes de l’époque en étaient là d’ailleurs. Mais c’est ainsi que le berceau du petit sera une mangeoire. Signe très parlant.

« La nuit, de petits bergers gardaient les troupeaux. Ils furent les premiers à entendre la Bonne Nouvelle : allez voir à Bethléem, il vous est né le Messie, Seigneur ». Dans les ténèbres du monde, qu’aucun spot jamais n’éclairera, des jeunes restent éveillés, ne trouvent pas la nouvelle farfelue, osent se mettre en route, s’amusent de découvrir ce bébé sur la paille. Evidemment les gens sérieux ne gobent pas de pareilles fadaises, ils ne se déplacent que pour une réception fastueuse, un grand spectacle.

MARIE PENSE, MEMORISE, GARDE.

Mais la grande phrase à retenir du texte est celle qui note l’attitude Marie :

« Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».

Elle avait reçu l’annonce inattendue : « Tu enfanteras un fils ». Bouleversée, interrogative, elle s’était donnée : « Je suis là pour servir le Seigneur : que tout se déroule comme il l’a dit ». Puis la visite chez Elisabeth : « Heureuse parce que tu as cru que la Parole de Dieu s’accomplira ». Puis le Magnificat qui avait jailli de ses lèvres comme un trop plein de bonheur : « Dieu est magnifique : il m’a choisie…Son amour s’étend partout… ».

Le retour à la maison, la vie avec Joseph puis tout à coup cet édit impérial, ce voyage, cette appréhension, l’accouchement sur la paille, la venue des gosses rieurs….

Marie ne perd aucun détail. Tout a un sens, il ne faut perdre aucun détail. La cohérence, « la logique »de ces événements sont comme la signature de Dieu. Lui obéir, se laisser conduire par lui ouvre l’intelligence du cœur.

Il faut tout « garder », ne rien laisser perdre. Elle racontera tout cela plus tard aux disciples. Et ensemble ils verront la lumière que ne voient pas les grands esprits enfermés dans leur ego. Et ils nous transmettront la Bonne Nouvelle qui nous fait vivre.

« Aujourd’hui » c.à.d. le dimanche qui est le Jour consacré au Seigneur, il n’est pas besoin d’aller à Bethléem : dans la nuit d’un monde qui ignore Dieu, comme des pauvres un peu ridicules, rendons-nous à l’église de la communauté, écoutons l’annonce de la Bonne Nouvelle, nourrissons-nous de la parole qui dit la Vérité et avançons-nous, la main ouverte comme une crèche, pour qu’y soit déposé celui qui se dit le Pain de Vie du Monde.

Et avec Marie et Joseph, avec les bergers rieurs, éclatons de joie devant un Dieu qui désire habiter dans l’homme et chantons le Magnificat. Que notre allégresse soit communicative.

N’oublions pas : cette grande joie est « pour le peuple ». C’est dans l’actualité de nos vies que nous devons écrire l’Evangile de Noël.

Frère Raphaël Devillers, dominicain, Liège.

CETTE BOUGIE VOUS PARLE

Vous m’avez allumée et vous me regardez. Vous êtes peut-être heureux de m’avoir. Moi, en tout cas, je me réjouis d’être allumée. Si je ne brûle pas, je serai comme les autres, dans une boîte, où je n’ai pas de signification.

Ma raison d’être, je l’ai seulement, lorsque je suis allumée, car alors j’existe.

Bien sûr, depuis que je suis allumée, j’ai rapetissé et bientôt je ne serai plus qu’une pâle lueur. Mais il en est ainsi : ou bien je reste entière, rangée dans une boîte et dans ce cas, je ne sais pas vraiment ce que je fais sur terre… ou bien je répands la lumière et alors je sais pourquoi je suis là, pourquoi j’existe. Pour cela, je dois donner quelque chose de moi, me donner moi-même. C’est mieux que d’être dans une boîte en carton.

Il en est de même pour vous. Ou bien vous vivez pour vous, vous ne perdez rien, ou bien vous donnez lumière et chaleur, alors les gens se réjouissent de votre présence. Vous n’êtes pas pour rien sur terre mais vous devez aussi donner quelque chose de vous. N’ayez pas peur si vous devenez plus petit, c’est seulement de l’extérieur…

Je suis une bougie unique. Lorsque je suis allumée, la lumière et la chaleur qui se dégagent de moi ne sont pas fortes, mais avec d’autres bougies, toutes ensemble, grande est notre clarté et forte est notre chaleur.

Il en est de même pour vous. La lumière que vous donnez n’est pas grand-chose, mais avec celle des autres, c’est énorme.

Il y a parfois des pannes de courant à la maison, il fait noir d’un seul coup. Alors tout le monde pense : « Vite, une bougie ! » et l’obscurité est ainsi vaincue grâce à une seule flamme.

Il en est de même pour vous. Tout n’est pas idéal dans ce monde. Beaucoup se plaignent, certains n’arrêtent pas de se lamenter. N’oubliez pas qu’une seule flamme est encore plus que l’obscurité.
Prenez courage et n’attendez pas les autres. Soyez allumés et brûlez.
Et si vous avez des doutes, alors prenez une bougie et allumez-la.
Regardez cette flamme et comprenez.

ICI AUSSI AUJOURD’HUI DES DERACINES CHERCHENT UN BETHLEEM

Ce week-end commencera au parc Maximilien où je me rends avec R. – où plus exactement R. me conduit – et je retrouve les alignements majestueux près de la gare du Nord. Le vieux Bruxellois que je suis n’avait jamais visité le parc Maximilien.

A notre arrivée (20 heures) au coin d’une rue, près d’un arrêt de bus, dans la nuit, dans le froid, une petite soixantaine de migrants transis, attend l’arrivée de « drivers » (pourquoi pas de chauffeurs?) venus de quelques coins de Bruxelles et de la Wallonie.

On perçoit des regards angoissés: « Moi? ». On se confie par quelques gestes: « La nuit passée, un dos à dos pour lutter contre le froid ».

Quelle différence entre eux et nous? Pourquoi eux et pourquoi nous?

Il y a aussi des femmes au beau visage ouvert, presque rieur. On perçoit que le rire des femmes qui émergent d’un tas de vêtements est une invitation au courage.

Il y a des « blouses blanches » qui se chargent de la répartition. C’est presque un marché: « Je veux un groupe de quatre, un groupe de deux ! … Je les prends et je pars! ». Le mot d’ordre est: il ne doit pas rester un « migrant » sur place car demain et après-demain, diverses manifestations sont prévues.

Et cela se passe ainsi: petit à petit, mais sûrement, le grand groupe se rétrécit et il ne restera personne dans le froid de cette grande nuit.

En revenant au village, on constate que d’autres « drivers » nous y ont précédés car ce village s’est « ouvert » nonobstant sa réputation droitiste.

Mais, ce midi, 3 fumeurs sans cigarettes …et je n’ai pas de voiture ! Nous avons mangé du riz au poulet, aux tomates et… aux sardines ce qui donnait au poulet un goût et une odeur maritimes marquées des embruns de l’océan

Pendant que je lace mes chaussures, X … est en train de téléphoner à son épouse et à sa fille de 7 ans. Des voix féminines qui ne se distinguent pas de celles d’ici. Sans doute on se rassure, on rassure, on raconte, on invente un peu…

Ils me demandent de la viande de bœuf, en ont assez de la viande de poulet, ne veulent pas de porc. La réalité « salade » ne les inspire pas. Il est sans doute un peu rapide de penser qu’ils n’ont pas de goût et que la triade : poulet, tomates, oignons peut suffire.

La neige ? De grands yeux qui interrogent. Comme sans doute les enfants de nos régions.

De la viande de bœuf ? Oui, elle vient mais on la mélange, une fois encore, avec une boîte de poisson.

On pourrait penser que les 3 hommes sont comme un kyste imperméable à nous, à notre « way of life » qui se loge pour quelques jours dans notre famille. Ici, je suis seul avec eux et « ils prennent le pouvoir » (culinaire), mangent dans une même assiette, toujours ces spaghetti froids ! Le lait que l’on fait bouillir dans ma bouilloire d’eau !

Ils me « dérangent » au figuré et au pratique – constatation qui n’est pas un jugement négatif. Parfois mon mauvais anglais leur permet de faire passer un bout d’histoire : « My wife and my girl are in Norway ». « J’ai été arrêté au Danemark, mis 3 jours en prison, expulsé vers l’Allemagne… » …

Un autre me montre une photo de sa femme. Comment peut-on laisser, abandonner une épouse si belle, si parée de toutes les vertus ?

« Ils ont fui un pays rendu inhabitable par une double prédation, endogène et exogène » (A. Mbembe).

Journal 15-12-18

4ème dimanche de l’Avent – Année C – 23 décembre 2018 – Évangile de Luc 1, 39-45

ÉVANGILE DE LUC 1, 39-45

MARIE VIVAIT DE FOI COMME NOUS

Immaculée Conception, Mère virginale, Assomption, Reine de l’univers… : en voulant témoigner de la grandeur incomparable de Marie, ces titres glorieux ne tendent-ils pas à l’éloigner de nous ?

Déjà Thérèse de Lisieux, dont l’amour pour Marie était immense, se plaignait des prédications de son temps : « Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle … et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple.
On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable… dire qu’elle vivait de foi comme nous … On sait bien que la Ste Vierge est la Reine du ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine … C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela ! » (Derniers entretiens 21.8.1897).

C’est avec Marie la croyante que nous célébrons la 4ème et dernière étape de l’Avent. Jean-Baptiste nous secouait en nous envoyant au travail : « Préparez la route…Aplanissez…Partagez, n’usez pas de violence ».
Aujourd’hui Marie vient à nous, elle nous salue et nous demande de lui ouvrir notre porte pour chanter son bonheur et partager avec elle la joie de recevoir le Sauveur.

L’ANCIEN TEXTE DEVIENT PAROLE

Pourquoi vient-elle ? Parce qu’elle a été visitée : elle vient d’être bouleversée par un événement tout à fait inattendu. Certes elle vivait, comme son peuple, dans l’espérance en la venue, un jour, du Messie ; elle connaissait la promesse conservée par le prophète Michée : « Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter … Il se dressera, sera le Berger par la puissance de Dieu…Lui-même sera la Paix » (1ère lecture).

Mais jamais elle n’aurait imaginé que c’est elle qui serait cette mère. Qui était-elle ? Une petite paysanne pauvre d’un village perdu de Galilée. Pas une fille de grande famille, pas une riche. Luc ne dit rien de sa famille, de sa maison, de son statut social, de ses toilettes, de sa beauté, de ses qualités, de la perfection de sa prière.

Subitement, alors qu’elle est seule, on lui dit que Dieu l’a choisie pour être la mère du Messie. Qui « on » ? « Un ange » que Luc ne décrit pas : pas un être diaphane, à la robe blanche, aux ailes déployées mais une voix qui interprète la vieille prophétie. « Une femme enfantera » devient : Tu enfanteras. « Elle » devient TU ; « un jour » devient maintenant.

Il y a « annonciation » quand le texte des Ecritures n’est plus un pré-texte à des commentaires mais se mue en interpellation personnelle. Quand celui qui écoute ne dit plus : « Que c’est beau, que c’est intéressant …Oui je connais », mais qu’il est atteint par le dard de la Parole. Le lecteur pressent qu’il s’agit de lui et qu’il doit répondre, devenir acteur. Le texte n’est plus objet d’étude mais partition de sa vie.

Hélas trop souvent nous réagissons en pensant qu’il s’agit d’un autre, nous nous défilons, saisis de peur devant le risque d’obéir, devant un avenir tout à fait imprévu.

Marie, elle, accepte. Mais elle n’est pas un pantin que l’on manipule.
Alors qu’elle ne doit pas avoir 15 ans, car on a célébré son mariage avec Joseph et, selon la coutume, elle vit ses derniers mois chez ses parents, elle est une femme libre. Luc note qu’elle a été bouleversée, qu’elle pose des questions pour mieux comprendre le sens de la Parole qui lui est adressée et pour savoir comment cela se réalisera.
La foi n’est pas doute mais dialogue, recherche d’intelligence. Il est inexact de dire : je crois parce que c’est absurde. L’amour peut être fou mais non absurde.

Enfin Marie acquiesce.
Elle ne répond pas simplement OUI à un credo. L’ange ne lui a pas proposé une croyance à accepter mais une mission à remplir : c’est pourquoi elle répond : « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe comme tu l’as dit ». Sa réponse est une entrée en service, le don total de sa personne qui lui ouvre un avenir vertigineux sur lequel d’ailleurs elle ne demande aucune assurance. La foi est embauche, don et confiance, remise de soi.

OUVRIR NOTRE PORTE A LA CROYANTE

Que faire alors ? Claironner sa fierté ? S’enfermer pour se protéger ? Savourer l’honneur d’avoir été choisie ? Non car recevoir sa propre vocation est toujours ouverture sur la vocation des autres.

Marie vient d’apprendre qua sa cousine Elisabeth, épouse sans enfant du prêtre Zacharie, est enfin enceinte. Elle n’invite pas son aînée à venir reconnaître son privilège : c’est elle qui se déplace. De même son fils, plus tard, n’attendra pas les pèlerins dans un lieu saint mais il circulera partout à la rencontre des hommes là où ils vivent.

Et Marie ne lambine pas : Irai-je, oui ou non ? « En hâte » dit Luc, elle part pour un long voyage à l’autre bout du pays. La foi mobilise, elle fait sortir, elle est aventure ; sa mission est d’être au service de la vocation de l’autre. Et l’amour presse, dira Paul. L’Eglise n’est pas la crème de l’humanité : elle est la servante des hommes pour les aider à échapper à l’horreur et à aller au bout de leur destinée de vie.

Marie entre dans la maison (pas de smartphone pour prévenir) et dit le nom : « Elisabeth ! ». Aussitôt l’émotion de celle-ci est telle que son enfant bouge en elle, elle est comblée de l’Esprit de Dieu et commence une tirade en l’honneur de Marie (en 5 points) :

Elle s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes – et le fruit de tes entrailles est béni. – D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? – Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. – Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Elisabeth est l’aînée, épouse de prêtre, enceinte la première, sa cadette se dérange pour venir chez elle : mais elle s’incline devant la grandeur de Marie « mère de mon Seigneur ». Elle interprète l’agitation en elle comme un saut d’allégresse, cette joie profonde que le Messie allait apporter parce que lui seul sauve.

Et elle termine par la louange de la foi de sa visiteuse. La foi est un bonheur de Dieu, elle consiste à faire confiance, à être sûr que les paroles prophétiques, si longue soit leur échéance, si invisibles soient leurs preuves, si pauvre soit leur interlocuteur (-trice), s’accompliront à traves tous les aléas de l’histoire.

Ainsi plus tard son fils Jésus pourra bien arriver à la certitude épouvantable : « Les hommes vont me tuer, je vais mourir », mais il tiendra bon dans la foi. Au cœur de l’’enfer des souffrances, il saura que son Père lui ouvrira le paradis de la Vie.

CHANTER LA GRANDEUR DE DIEU

Et là-dessus Marie proclame son célèbre cantique à la gloire de Dieu : « MON AME EXALTE LE SEIGNEUR, EXULTE MON ESPRIT EN DIEU MON SAUVEUR ………… »

Quelle situation paradoxale, révélatrice de la manière de Dieu ! L’Empereur et les puissants du monde s’enorgueillissent de diriger le monde, écrasent toux ceux qui leur résistent ; les théâtres et les stades retentissent des cris des foules adorant leurs idoles ; dans les grandes écoles, des auditoires se pâment à l’écoute des plus grands penseurs.

Et quelque part, dans un canton méprisé de l’Empire, loin de ces fastes et de ce barnum, deux pauvres femmes enceintes s’embrassent et chantent leur bonheur : Dieu, par elles, est en train d’accomplir sa Parole. Oui, son amour s’étend d’âge en âge ; oui, il renversera les orgueilleux ; oui, il relèvera les humiliés.
Rome sera un champ de ruines où divaguent les touristes ; les idoles seront depuis longtemps basculées dans les poubelles de l’histoire : les philosophies seront de vieux grimoires étudiés dans les amphithéâtres.
Mais le monde entier connaîtra Elisabeth et surtout Marie. Des architectes et des artisans de génie bâtiront Notre-Dame de Paris ; Jean-Sébastien Bach composera son « Magnificat » ; les évangiles, traduits dans toutes les langues, continueront à inspirer la prière et la vie de multitudes.

Et chaque dimanche, nous continuerons à nous rencontrer dans les églises pour y écouter la Parole qui nous chamboule, pour recevoir en nous une Vie nouvelle et pour dire à Dieu que nous voulons bien, à notre tour, être les serviteurs et les servantes du Seigneur en nous, sortir de notre inertie pour partir « en visite » chez les autres, les saluer avec révérence et éveiller en eux l’allégresse de l’espérance.

L’annonce reçue dans la Foi provoque la visite dans la Charité et unit dans la Louange de l’Espérance.


Frère Raphaël Devillers, dominicain

L’ESSENTIEL : LA DIGNITE DU TRAVAILLEUR

LES GILETS JAUNES

A trois semaines de la Nativité, c’est-à-dire de Noël, de la venue de Dieu parmi les hommes, ce Dieu que je prie, que je sers, et qui m’aime me dit qu’il s’est fait proche de chaque personne humaine, qu’il aime chacun et veut le bien de tous.

Aussi je veux porter ce message à vous qui vous sentez écrasés, méprisés, humiliés par un système économique et politique où l’être humain est rejeté au nom du profit et de l’argent.

La première violence vient des situations qui, dans la vie économique et politique, attentent à la dignité de la personne, à la justice et à la solidarité. L’Eglise Catholique a développé depuis le XIXème siècle une pensée sociale que réactualisent sans cesse les prises de position des papes contemporains. Le pape François, reprenant Jean-Paul II, écrit : « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne » (Laudato Si, n°93).

Pour cela, le travail exercé permet à la personne d’avoir un espace de valorisation, de participation au bien commun, un moment où elle se trouve elle-même. Le chômage durable abîme la personne et nécessairement cause un sentiment d’injustice. De la même manière quand des activités contraignantes comme le travail de la terre ou à l’usine ne permettent plus d’en vivre il y a une atteinte à la dignité du travailleur.

Trop de personnes aujourd’hui en France, ne peuvent vivre dignement du fruit de leur travail : c’est injuste ! Le travail humain, écrivait Jean-Paul II, « ne concerne pas seulement l’économie mais implique aussi et avant tout des valeurs personnelles » (Laborem Exercens).

Quand des retraités voient leurs enfants et leurs petits-enfants subir le chômage ou devoir accepter un travail mal rémunéré ou n’être pas traités selon leurs droits légitimes, comment ne pas s’émouvoir ? Comment ne pas demander justice ? Dans un passé récent, l’entraide familiale pouvait encore jouer mais les plus petits revenus sont les premiers touchés par les mesures économiques présentes.

La situation de beaucoup de personnes âgées se dégrade régulièrement. Beaucoup ne peuvent envisager de payer 2 000 euros par mois (en Tarn-et-Garonne) une pension en maison de retraite. Or ces personnes ont travaillé toute leur vie.

Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui nos anonymes Gilets Jaunes à crier leur souffrance ?

C’est de voir une société de plus en plus livrée au profit, à la rentabilité, à la performance. Le « petit » n’a plus sa place, le peuple est victime de ce que le pape François nomme la « culture du rebut ». La pensée sociale chrétienne nous rappelle que la recherche du bien commun est aussi la recherche du bien des personnes. Par le travail, l’être humain assure la nourriture pour lui et sa famille, prend sa place dans la société et donc dans la relation aux autres, réalise ses capacités et contribue à transformer le monde.

L’être humain n’est pas une machine au service d’un système économique.

La crise que nous vivons vient essentiellement du manque d’humanité de nos sociétés technocratiques. Il est nécessaire de refonder la relation entre le travail et le capital, de rendre à nos concitoyens un moyen de participation aux décisions économiques et financières que le jeu politique ne permet pas.

Il est urgent que l’autorité politique, aujourd’hui beaucoup trop soumise au pouvoir de la finance, engage sa responsabilité pour la promotion du droit au travail, en soutenant des entreprises, en stimulant les créations d’emploi, en répondant par des actes au cri de souffrance que nous entendons. La main tendue et le cœur à l’écoute sont nécessaires.

Vous tous qui souffrez et demandez justice, je vous exprime ma proximité même si je ne peux qu’inciter à la dignité, au respect de chacun et à la nécessité de ne pas aggraver la situation de beaucoup. Méfiez-vous de toute violence !

Nous allons fêter la Nativité de Jésus, que ce bébé innocent qui est Dieu parmi nous vous offre son sourire. Il n’a que ça, ce petit enfant né dans une étable, mais il est notre Sauveur !

Pensez à lui, il pense à vous.


Monseigneur Bernard Ginoux,

Evêque de Montauban.

ON BOIRA LE CHAMPAGNE A LA SANTE DES GROSSES FORTUNES !

LE 4 JANVIER 2019 A 10 H 30

ON BOIRA LE CHAMPAGNE A LA SANTE DES GROSSES FORTUNES !

DEVANT LE SQUARE DU BOIS ( Le « square des milliardaires ») à BRUXELLES

(au bout de l’avenue Louise et à l’entrée du Bois de la Cambre; terminus LEGRAND du tram 93)

Malgré la crise économique, la richesse détenue par quelques gros patrimoines se concentre davantage sous l’effet des politiques néolibérales et – en même temps – le taux de pauvreté reste inquiétant.

Le 1% des ménages les plus riches – selon une étude de l’Université d’Anvers – pourraient détenir de 18 à 20 % des patrimoines. 80 % de la valeur des actions cotées en Bourse sont dans les mains des 10% les plus fortunés.

De nombreux économistes du monde entier ont aujourd’hui établi que la répartition inégale des richesses et des revenus s’est accentuée depuis les années 1980 en raison, d’une part, de la stagnation des revenus du travail et, d’autre part, des cadeaux fiscaux et des subsides salariaux.

Au cours de la législature sortante, les travailleurs n’ont pas été épargnés : politique d’austérité, saut d’index, quasi-blocage des salaires, réforme de la loi ’96 sur la formation des salaires, annonce de réformes sur les barèmes à l’ancienneté, coupes dans les services publics et dans les dépenses de santé …

L’IMPOT DOIT CONTRIBUER A REDUIRE LES INEGALITES

L’impôt, s’il est perçu parfois comme une charge, est en fait une contribution, un effort financier demandé à l’ensemble de la population mais aussi à un certain nombre d’acteurs économiques pour financer les besoins jugés indispensables à l’organisation de la vie en société

La justice fiscale doit s’appuyer sur la nécessité d’assurer le droit à la dignité de tous les citoyens tel que l’énonce l’article 23 de la Constitution Belge. Celui-ci énonce que : « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine ».

Pour assurer cette dignité respectueuse de chacun, nous voulons mettre en avant le principe de progressivité des contributions (« Aux épaules les plus larges, un plus grand effort »).

Ici c’est tout l’inverse. Dès le 4 janvier, les plus grosses fortunes se seront acquittées de leur contribution fiscale au bien-être collectif, là où la moyenne de leurs concitoyens ne le pourra avant la moitié de l’année. Alors qui parle de justice fiscale … ? « 

STOP A LA CROISSANCE DES INEGALITES

Le RJF (Réseau pour la Justice Fiscale), le FAN (Financieel Actie Netwerk), la Campagne TAM-TAM et Hart Boven Hard appellent à se rassembler, le 4 janvier, devant le Square du Bois, cette rue privée où habitent notamment quelques exilés fiscaux français.

Nous revendiquons notamment :

  • un registre précis et exhaustif des patrimoines des citoyens, qui puisse servir de prendre des décisions de bonne gouvernance en matière fiscale, économique et budgétaire en bonne connaissance de causes.
  • un impôt progressif sur les patrimoines supérieurs à un million d’euros (habitation personnelle non comprise)

Le RJF et le FAN rassemblent les syndicats et une trentaine de mouvements et d’ONG de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles.

Daniel PUISSANT
secrétaire du Réseau pour la Justice Fiscale
tél. : 0257/56066 – 04/252 85 94
www.lesgrossesfortunes.be

3ème dimanche de l’Avent – Année C – 16 décembre 2018 – Évangile de Luc 3, 10-18

ÉVANGILE DE LUC 3, 10-18

JEAN-BAPTISTE et JESUS : MORALE et AMOUR

Dimanche passé, Jean-Baptiste nous a exhortés à préparer la route du Seigneur en faisant référence à l’ancien message du 2ème Isaïe : « Aplanissez le chemin, abaissez les montagnes, comblez les ravins… ». Aujourd’hui il nous explique le sens très concret de ces images.

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? ».

Voilà une question fondamentale : les gens se rendent compte qu’il ne suffit pas de descendre dans les eaux et qu’il faut mettre en pratique les paroles du prophète. Un rite en effet ne se réduit pas à un geste magique qui suffit à se mettre en règle : s’y soumettre, c’est prendre l’engagement de vivre en conformité avec ce qu’il signifie. Se déshabiller, descendre dans l’eau, traverser le fleuve, en ressortir : autant d’actes qui doivent conduire à la conscience de la faute, au désir de purification, à la décision d’aborder l’autre rive de l’existence et à se redresser dans la rectitude d’une vie nouvelle.

QUE FAIRE ?

Aux trois groupes qui lui posent cette même question, Jean-Baptiste répond :

  • AUX GENS : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ».
  • AUX COLLECTEURS D’IMPÔTS : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé ».
  • AUX SOLDATS : « Ne faites ni violence ni tort à personne. Et contentez-vous de votre solde ».

Donc Jean explique que les obstacles qui empêchent la rencontre du Seigneur sont l’appropriation égoïste, la cupidité, l’abus de la violence. Et il insiste sur les limites nécessaires à s’imposer.

Si le droit de propriété est légitime, il importe pourtant de mettre un frein au désir de possession. Déjà la Loi exigeait du riche qu’il ouvre la main pour donner au pauvre, elle promulguait la remise périodique des dettes, l’abandon d’une partie des récoltes aux misérables. Jean rappelle ce premier devoir qui n’est pas de charité mais de justice.

Par ailleurs des percepteurs d’impôts (tel Zachée par exemple) commettaient des exactions ; sans aucun contrôle, ils augmentaient les sommes des impôts d’une bonne part à leur profit. Les soldats, fiers de leur armement, abusaient de leur force, emportaient des biens, violaient des femmes.

Tous ces comportements de cupidité, de rapine, de violence sont, hélas, encore bien répandus et causent beaucoup de souffrances. Or il est remarquable que Jean-Baptiste, comme Jésus plus tard, ne reproche pas les défaillances de prière, les défauts de piété, les manquements aux rites mais uniquement les ruptures des relations au prochain. Blesser l’homme, écraser le faible, laisser l’autre nu ou affamé, c’est se détourner de Dieu. Briser les relations à l’homme, c’est du même coup s’empêcher la rencontre du Seigneur. Le chemin vers Dieu est l’humanisme et non la fuite dans le pseudo-spirituel.

Mais alors, en écoutant Jean, en recevant son baptême, en faisant ce qu’il enseigne, peut-on croire qu’il est le Messie ? La prédication audacieuse et véhémente de Jean, la force de sa parole, le grand nombre de ses disciples et, bientôt, son martyr, avaient fortement impressionné son époque si bien qu’une communauté se forma prétendant que c’était lui, le Messie tant attendu et non Jésus qui, baptisé par Jean, était son disciple. Qu’en penser ?
D’après Luc, Jean-Baptiste a très nettement refusé ce titre de Messie, il a clairement expliqué qu’il y avait un fossé entre Jésus et lui. La question est d’un enjeu capital.

JEAN OU JESUS : QUI EST LE MESSIE ?

Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, le Messie. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Jean est un prophète : non qu’il prédise l’avenir mais il « parle pour (pro-) Dieu » qui l’a envoyé. Il transmet réellement les enseignements de Dieu. Et même, allant plus loin que ses prédécesseurs (Amos, Osée, Isaïe…), il ajoute un rite, un baptême dans l’eau pour demander le pardon des péchés – lequel à l’époque ne pouvait être obtenu que par des sacrifices au temple.

Néanmoins parole et rite ne sont que des encouragements, des exhortations à être purifiés et à appliquer la volonté de Dieu. Les auditeurs, qui approuvent cette morale et acceptent ce baptême, ne sont pas transformés : ils doivent ensuite se décider à passer à l’acte. Jean incite, insiste, supplie, menace mais il ne peut rien faire d’autre : tout comme Moïse et les prophètes, il demeure extérieur à la décision ou au refus des hommes. Jean est un enseignant qui souhaite que l’on pratique ce qu’il demande.

C’est pourquoi, conscient de ses limites et de son impuissance, Jean annonce la venue d’un autre qui disposera d’une force plus grande et cet autre – le Messie donc – sera d’une tout autre envergure au point que Jean ne se juge même pas digne d’être son esclave. Avec « l’autre », on va faire un saut dans l’histoire.

Celui qui va venir – Jésus – baptisera, c.à.d. plongera les hommes non seulement dans l’eau mais dans l’Esprit de Dieu et le feu de l’amour divin. Ce que nul avant lui n’a pu réaliser, Jésus le fera : sa Parole communiquera une force qui, sans aliéner la liberté, changera le cœur qui la reçoit dans la foi.

La célèbre scène de la Pentecôte illustrera ce changement radical : désemparés par la mort et la résurrection de leur Maître, écrasés de honte par leur propre lâcheté, enfermés dans leur peur, tout à coup « comme » un souffle les traverse, « comme » des flammes, un feu les brûle et ils sont totalement transformés. Muets, enfermés, honteux, ils ne décident pas d’être autres : par l’Esprit, ils sont convertis. Ils sortent, ils parlent, ils chantent, ils clament leur foi nouvelle, ils affrontent leurs juges.

En outre, dit Jean, moi je ne suis qu’un préparateur mais Jésus, le Fils de l’Homme, accomplira le jugement définitif de l’humanité qui avait toujours été annoncé par l’image de la moisson finale. Nous ne comparaîtrons pas devant un moraliste mais devant un crucifié-ressuscité.

Donc avec Jésus va s’accomplir la révolution que Jérémie et Ezéchiel avaient annoncée. Après des siècles d’écoute du Décalogue, des lois de Dieu et d’une impossible obéissance – ce qui avait abouti au désastre de la destruction de Jérusalem et du temple (- 587) les deux prophètes avaient annoncé qu’un jour Dieu conclurait une Nouvelle Alliance. Non par des lois plus faciles à observer mais par le don de son Esprit qui, enfin, permettrait aux hommes de pratiquer ce qu’ils écoutent. (Relire les célèbres passages de JER 31, 31 … et EZ 36, 26 …)

Par beaucoup d’autres exhortations encore, Jean annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Jean ne se tait pas, il ne dit pas qu’il suffit de bonne volonté pour changer le monde, il ne se prend pas pour le dernier mot de l’histoire mais pour l’avant-dernier.
Aux hommes qui demandent « Que faire pour être heureux ? », il répète les enseignements fondamentaux de droit et de justice, il insiste surtout pour que nous ayons le courage de poser des limites à notre soif d’avoir, à nos ruses pour profiter des autres, à la violence pour imposer notre force. Et il ajoute que c’est ainsi que nous préparons le chemin vers le Seigneur.

Jean sait qu’il ne peut pas accomplir le 3ème et dernier Exode (cf. l’homélie du 2ème dimanche) : c’est pourquoi il est resté, comme Jean le précise dans son évangile, sur la rive orientale du Jourdain, c.à.d. aux environs du lieu où Moïse est mort. C’est Jésus, le successeur, le nouveau Josué (Jésus est le même nom en hébreu) qui conduira la traversée et fera passer le peuple.

A Noël, nous rencontrerons non pas un Dieu tout-puissant qui nous félicitera pour nos efforts ou nous repoussera pour nos fautes. Mais un Seigneur tout pauvre, tout démuni comme un enfant qui ne peut vivre qu’en étant aimé. Si Jean clamait : « Travaillez, préparez la route », à Noël Jésus en silence nous fera comprendre que c’est par son amour que nous sommes sauvés.

Déjà maintenant, en allant à la messe, nous demandons « Que devons-nous faire ? » ; les lectures et leur actualisation par l’homélie nous donnent la réponse.

Mais nous n’en demeurons pas là : comme Pierre, André et Jean, nous quittons Jean-Baptiste pour suivre Jésus. Nous nous avançons non plus pour faire mais pour recevoir : nous tendons la main en forme de berceau afin d’accueillir Celui qui nous sauve en nous proposant d’être doux, délicats, simples, libérés de notre orgueil. Le Pain mangé, c’est la Parole qui devient énergie intérieure, transformatrice.

La Bonne Nouvelle n’est pas une leçon qui oblige mais un don d’amour qui se partage dans la liberté.

Frère Raphaël Devillers, dominicain

LES GILETS JAUNES – L’URGENCE DE LA FRATERNITE

Lettre de Mgr Aupetit,
Archevêque de Paris

« Les événements récents montrent une souffrance importante d’une grande partie de nos concitoyens, qui génère la colère quand elle ne semble pas entendue et une frustration devant ce qui peut être pris pour de l’arrogance. Comme archevêque de Paris, je comprends la peine de ceux qui manifestent pacifiquement et luttent pour conserver une vie digne, je dénonce la violence scandaleuse de ceux qui en profitent pour saccager notre ville, je salue le courage des services de police et de gendarmerie et je m’unis au souci de nos gouvernants qui cherchent des réponses à la crise.

Notre pays souffre d’une incompréhension généralisée. L’individualisme devient la valeur absolue au détriment du bien commun qui se construit sur l’attention aux autres et en particulier aux plus faibles. Les valeurs de la République que sont la liberté et l’égalité sont parfois détournées par des réseaux d’influence qui réclament des droits nouveaux sans égard pour les plus vulnérables.

Où sont les véritables priorités ? Les urgences nationales, les « grandes causes » de notre pays ne peuvent légitimement être celles des revendications communautaristes ou catégorielles. Le devoir primordial de l’État est de garantir pour chacun les moyens d’entretenir sa famille et de vivre dans la paix sociale. Il nous faut reconstruire une société fraternelle. Or, pour être frères, encore faut-il une paternité commune. La conscience de Dieu le Père qui nous apprend à nous « aimer les uns les autres » a façonné l’âme de la France. L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi. ( … )

+ Michel Aupetit,
archevêque de Paris

TOUT EST GRÂCE

J’ai appris, dès mon enfance, à remercier Dieu en toutes circonstances, même dans les moments difficiles, quand on se sent seul, abandonné et que l’on se demande : est-il vraiment là ? Si nous nous posons cette question, c’est que nous nous sommes égarés.

Converti de l’islam au catholicisme, j’ai été rejeté par ma famille, obligé de quitter mon pays natal. Je suis arrivé en France comme un pauvre réfugié malheureux. Le prix à payer a été lourd. J’ai tout perdu. Mais j’ai tout gagné dans le Christ : depuis 5 ans, la vie dans ce pays m’a apporté plein de belles choses, la joie, la réussite dans mes études et l’amitié avec des gens en or, une amitié qui double les joies et réduit de moitié les peines.
Le Christ agit dans nos faiblesses en faisant de nous des merveilles, car une grâce cachée dans l’épreuve est comme une perle cachée dans son coquillage : il suffit de croire, d’oser l’ouvrir, de patienter, d’accepter ses faiblesses et de recevoir. Sur ce chemin, on croise d’autres éprouvés, comme cette famille de réfugiés irakiens que j’ai connue à Lyon, si heureuse maintenant, qu’elle prie même pour ses persécuteurs et rend grâce à Dieu pour toutes choses. D’où vient cette joie qui brille dans leurs yeux ?

L’amour est le secret de cette joie intérieure et Jésus en est la source. Abandonner cet amour, c’est se séparer du Christ en plein combat, c’est se trouver seul sur le champ de bataille. Accrochez-vous toujours à son amour, vous y puiserez la joie qu’aucune peine ne pourra vaincre.

Et comme le dit Saint Paul : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. » ( Lettre de saint Paul aux Philippiens, ch 4, v 4 )

 

 

 

DAVID – PARIS – AVENT DANS LA VILLE – 8 12 2018