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3ème dimanche de l’Avent – Année C – 16 décembre 2018 – Évangile de Luc 3, 10-18

JEAN-BAPTISTE : « QUE CELUI QUI A PARTAGE »

DES MILLIONNAIRES S’ENGAGENT A DONNER 10% DE LEURS REVENUS

« Changer par le don », c’est l’appel qu’ont lancé il y a quelques jours Denis Duverne, président du conseil d’administration d’Axa, et Serge Winberg, président du conseil d’administration de Sanofi. L’objectif visé est d’encourager « les Français aisés à donner au moins 10% de leurs revenus annuels ou de leur patrimoine à des fins philanthropiques ».

Pour le moment une quarantaine de personnes l’ont signé dont Claude Bébéar (ex PDG d’Axa), Henri de Castries (ex PDG d’Axa), Jérémie Berrebi, Xavier Fontanet (ex PDG d’Essilor), Marc Lévy (romancier), Henri Lachmann (ex PDG de Schneider Electric), Pierre-Édouard Stérin, Denis Terrien (président du conseil d’administration de Vivarte), Édouard Tétreau, Jean Todt (président de la FIA), ou encore Sabine Roux de Bézieux (présidente de la Fondation Araok).

Denis Duverne et Serge Weinberg espèrent attirer 400 autres signataires d’ici fin 2019.

Concrètement, cette initiative s’inspire ouvertement du giving pledge (promesse de don) qui a conduit aux États-Unis 170 milliardaires, dont Bill Gates et Warren Buffet, à donner 50% de leur fortune à des causes. « Déjà 40 philanthropes ont accepté de signer cette promesse de dons », explique les deux patrons dans leur communiqué.

« Mais l’objectif est de recueillir bien plus, de créer un mouvement des personnes aisées en faveur du bien commun pour renforcer la cohésion sociale et contribuer à une meilleure société pour nous, pour nos enfants et pour demain ».

Agnès Pinard Legry – Aleteia 6. 12. 2018

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ÉVANGILE DE LUC 3, 10-18

JEAN-BAPTISTE et JESUS : MORALE et AMOUR

Dimanche passé, Jean-Baptiste nous a exhortés à préparer la route du Seigneur en faisant référence à l’ancien message du 2ème Isaïe : « Aplanissez le chemin, abaissez les montagnes, comblez les ravins… ». Aujourd’hui il nous explique le sens très concret de ces images.

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? ».

Voilà une question fondamentale : les gens se rendent compte qu’il ne suffit pas de descendre dans les eaux et qu’il faut mettre en pratique les paroles du prophète. Un rite en effet ne se réduit pas à un geste magique qui suffit à se mettre en règle : s’y soumettre, c’est prendre l’engagement de vivre en conformité avec ce qu’il signifie. Se déshabiller, descendre dans l’eau, traverser le fleuve, en ressortir : autant d’actes qui doivent conduire à la conscience de la faute, au désir de purification, à la décision d’aborder l’autre rive de l’existence et à se redresser dans la rectitude d’une vie nouvelle.

QUE FAIRE ?

Aux trois groupes qui lui posent cette même question, Jean-Baptiste répond :

  • AUX GENS : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ».
  • AUX COLLECTEURS D’IMPÔTS : « N’exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé ».
  • AUX SOLDATS : « Ne faites ni violence ni tort à personne. Et contentez-vous de votre solde ».

Donc Jean explique que les obstacles qui empêchent la rencontre du Seigneur sont l’appropriation égoïste, la cupidité, l’abus de la violence. Et il insiste sur les limites nécessaires à s’imposer.

Si le droit de propriété est légitime, il importe pourtant de mettre un frein au désir de possession. Déjà la Loi exigeait du riche qu’il ouvre la main pour donner au pauvre, elle promulguait la remise périodique des dettes, l’abandon d’une partie des récoltes aux misérables. Jean rappelle ce premier devoir qui n’est pas de charité mais de justice.

Par ailleurs des percepteurs d’impôts (tel Zachée par exemple) commettaient des exactions ; sans aucun contrôle, ils augmentaient les sommes des impôts d’une bonne part à leur profit. Les soldats, fiers de leur armement, abusaient de leur force, emportaient des biens, violaient des femmes.

Tous ces comportements de cupidité, de rapine, de violence sont, hélas, encore bien répandus et causent beaucoup de souffrances. Or il est remarquable que Jean-Baptiste, comme Jésus plus tard, ne reproche pas les défaillances de prière, les défauts de piété, les manquements aux rites mais uniquement les ruptures des relations au prochain. Blesser l’homme, écraser le faible, laisser l’autre nu ou affamé, c’est se détourner de Dieu. Briser les relations à l’homme, c’est du même coup s’empêcher la rencontre du Seigneur. Le chemin vers Dieu est l’humanisme et non la fuite dans le pseudo-spirituel.

Mais alors, en écoutant Jean, en recevant son baptême, en faisant ce qu’il enseigne, peut-on croire qu’il est le Messie ? La prédication audacieuse et véhémente de Jean, la force de sa parole, le grand nombre de ses disciples et, bientôt, son martyr, avaient fortement impressionné son époque si bien qu’une communauté se forma prétendant que c’était lui, le Messie tant attendu et non Jésus qui, baptisé par Jean, était son disciple. Qu’en penser ?
D’après Luc, Jean-Baptiste a très nettement refusé ce titre de Messie, il a clairement expliqué qu’il y avait un fossé entre Jésus et lui. La question est d’un enjeu capital.

JEAN OU JESUS : QUI EST LE MESSIE ?

Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, le Messie. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Jean est un prophète : non qu’il prédise l’avenir mais il « parle pour (pro-) Dieu » qui l’a envoyé. Il transmet réellement les enseignements de Dieu. Et même, allant plus loin que ses prédécesseurs (Amos, Osée, Isaïe…), il ajoute un rite, un baptême dans l’eau pour demander le pardon des péchés – lequel à l’époque ne pouvait être obtenu que par des sacrifices au temple.

Néanmoins parole et rite ne sont que des encouragements, des exhortations à être purifiés et à appliquer la volonté de Dieu. Les auditeurs, qui approuvent cette morale et acceptent ce baptême, ne sont pas transformés : ils doivent ensuite se décider à passer à l’acte. Jean incite, insiste, supplie, menace mais il ne peut rien faire d’autre : tout comme Moïse et les prophètes, il demeure extérieur à la décision ou au refus des hommes. Jean est un enseignant qui souhaite que l’on pratique ce qu’il demande.

C’est pourquoi, conscient de ses limites et de son impuissance, Jean annonce la venue d’un autre qui disposera d’une force plus grande et cet autre – le Messie donc – sera d’une tout autre envergure au point que Jean ne se juge même pas digne d’être son esclave. Avec « l’autre », on va faire un saut dans l’histoire.

Celui qui va venir – Jésus – baptisera, c.à.d. plongera les hommes non seulement dans l’eau mais dans l’Esprit de Dieu et le feu de l’amour divin. Ce que nul avant lui n’a pu réaliser, Jésus le fera : sa Parole communiquera une force qui, sans aliéner la liberté, changera le cœur qui la reçoit dans la foi.

La célèbre scène de la Pentecôte illustrera ce changement radical : désemparés par la mort et la résurrection de leur Maître, écrasés de honte par leur propre lâcheté, enfermés dans leur peur, tout à coup « comme » un souffle les traverse, « comme » des flammes, un feu les brûle et ils sont totalement transformés. Muets, enfermés, honteux, ils ne décident pas d’être autres : par l’Esprit, ils sont convertis. Ils sortent, ils parlent, ils chantent, ils clament leur foi nouvelle, ils affrontent leurs juges.

En outre, dit Jean, moi je ne suis qu’un préparateur mais Jésus, le Fils de l’Homme, accomplira le jugement définitif de l’humanité qui avait toujours été annoncé par l’image de la moisson finale. Nous ne comparaîtrons pas devant un moraliste mais devant un crucifié-ressuscité.

Donc avec Jésus va s’accomplir la révolution que Jérémie et Ezéchiel avaient annoncée. Après des siècles d’écoute du Décalogue, des lois de Dieu et d’une impossible obéissance – ce qui avait abouti au désastre de la destruction de Jérusalem et du temple (- 587) les deux prophètes avaient annoncé qu’un jour Dieu conclurait une Nouvelle Alliance. Non par des lois plus faciles à observer mais par le don de son Esprit qui, enfin, permettrait aux hommes de pratiquer ce qu’ils écoutent. (Relire les célèbres passages de JER 31, 31 … et EZ 36, 26 …)

Par beaucoup d’autres exhortations encore, Jean annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Jean ne se tait pas, il ne dit pas qu’il suffit de bonne volonté pour changer le monde, il ne se prend pas pour le dernier mot de l’histoire mais pour l’avant-dernier.
Aux hommes qui demandent « Que faire pour être heureux ? », il répète les enseignements fondamentaux de droit et de justice, il insiste surtout pour que nous ayons le courage de poser des limites à notre soif d’avoir, à nos ruses pour profiter des autres, à la violence pour imposer notre force. Et il ajoute que c’est ainsi que nous préparons le chemin vers le Seigneur.

Jean sait qu’il ne peut pas accomplir le 3ème et dernier Exode (cf. l’homélie du 2ème dimanche) : c’est pourquoi il est resté, comme Jean le précise dans son évangile, sur la rive orientale du Jourdain, c.à.d. aux environs du lieu où Moïse est mort. C’est Jésus, le successeur, le nouveau Josué (Jésus est le même nom en hébreu) qui conduira la traversée et fera passer le peuple.

A Noël, nous rencontrerons non pas un Dieu tout-puissant qui nous félicitera pour nos efforts ou nous repoussera pour nos fautes. Mais un Seigneur tout pauvre, tout démuni comme un enfant qui ne peut vivre qu’en étant aimé. Si Jean clamait : « Travaillez, préparez la route », à Noël Jésus en silence nous fera comprendre que c’est par son amour que nous sommes sauvés.

Déjà maintenant, en allant à la messe, nous demandons « Que devons-nous faire ? » ; les lectures et leur actualisation par l’homélie nous donnent la réponse.

Mais nous n’en demeurons pas là : comme Pierre, André et Jean, nous quittons Jean-Baptiste pour suivre Jésus. Nous nous avançons non plus pour faire mais pour recevoir : nous tendons la main en forme de berceau afin d’accueillir Celui qui nous sauve en nous proposant d’être doux, délicats, simples, libérés de notre orgueil. Le Pain mangé, c’est la Parole qui devient énergie intérieure, transformatrice.

La Bonne Nouvelle n’est pas une leçon qui oblige mais un don d’amour qui se partage dans la liberté.

Frère Raphaël Devillers, dominicain