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LETTRE DES EVEQUES D’EUROPE DE L’OUEST — A NOS FRERES ET SŒURS EUROPEENS

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 — EXTRAIT —

« … L’Union Européenne est aujourd’hui confrontée à différentes crises … Nous voulons vous redire notre confiance en l’Europe et l’espérance que nous plaçons en elle pour tracer des voies nouvelles à la hauteur des dangers qui la menacent.

Nous souhaitons aussi inviter tous les citoyens européens à reprendre conscience de leur héritage commun, à considérer les apports de l’Union Européenne dans leur vie de tous les jours, à soutenir son action en participant aux élections parlementaires européennes. …

L’Europe : des siècles de partage

… Tout au long de leur histoire, les peuples de l’Europe se sont nourris d’influences réciproques qui ont forgé la culture et l’esprit européens … Le message du Christ est venu cimenter ces apports sur le plan spirituel et ouvrir les peuples européens aux exigences nouvelles de l’Évangile : la dignité de la personne humaine, la solidarité à l’égard de tous et l’espérance en la vie éternelle.

… À travers les siècles, cette lente unification culturelle a souffert d’attaques extérieures, mais aussi de l’individualisme et de la soif de pouvoir des États qui ont conduit à des querelles politiques et à des déchirements diplomatiques. La cruelle expérience de deux guerres mondiales successives en est l’exemple le plus récent et le plus douloureux …

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, des hommes politiques européens ont décidé de ne plus recommencer les erreurs fatales du passé. Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Paul Henri Spaak se sont engagés dans une voie nouvelle de réconciliation et de coopération …

Les Pères de l’Europe partageaient des valeurs communes : le sens du bien commun, le respect de la dignité de la personne humaine, la solidarité, la justice et la paix. Ces hommes, presque tous portés par des convictions chrétiennes, ont vu une concordance entre les réalités politiques qu’ils venaient de créer et les valeurs qui les animaient.

Grâce à eux, l’Union Européenne qui compte environ 500 millions d’habitants de 28 nations différentes, jouit depuis lors des conditions de paix les plus longues de son histoire. Cette paix durable a été le préalable nécessaire pour garantir le développement harmonieux et efficace des nations européennes.

Le pape François disait: « L’Europe, oui, a des racines chrétiennes. Le christianisme a pour devoir de les arroser, mais dans un esprit de service comme pour le lavement des pieds. Le devenir du christianisme pour l’Europe, c’est le service. » (17 5 2016)

Notre vocation de chrétien est donc de s’engager pour l’Europe au service du bien commun ….

ESPRIT, VOCATION ET GRANDEUR DE L’EUROPE

L’Europe n’est pas née d’une révolution violente et immédiate, mais d’une transformation progressive sous l’action de principes communs qui ont donné naissance à la société nouvelle.

Ces grands principes sont comme l’âme de l’Europe : en premier lieu, la dignité de la personne humaine, dans la liberté individuelle et le respect des droits de chacun ; l’égalité de nature de tous les hommes sur laquelle s’appuient l’idée d’une fraternité universelle et la solidarité à l’égard de tous ; le primat des valeurs intérieures qui seules ennoblissent l’homme.

Ces principes sont à la fois les moteurs et les fruits de la civilisation européenne, c’est sur eux que se fondent les relations sociales dans notre continent. Si ces principes sont devenus une évidence pour les Européens — de manière peut être inconsciente — ils ne sont actuellement pas mis en œuvre dans une grande partie du monde.

La culture et le patrimoine spirituel de l’Europe, son génie et sa pensée, lui ont valu pendant des siècles une prééminence incontestée. L’art roman, l’art gothique, le baroque et la Renaissance sont tous nés en Europe. La banque moderne, les grandes découvertes scientifiques, la maîtrise du temps, la mécanique, la physique et la chimie moderne sont toutes des inventions européennes. Les progrès de la médecine, l’abolition de l’esclavage, le modèle démocratique sont autant de fruits de la culture de notre continent.

Nous avons le devoir d’œuvrer pour que l’Europe, riche de cette culture multiforme retrouve la place qu’elle n’a pas toujours bien occupée dans le passé pour orienter l’évolution de l’humanité, non plus grâce à une hégémonie de puissance militaire ou économique, mais par le rayonnement de son esprit.

Soyons convaincus de la vocation de l’Europe d’être l’amie désintéressée des peuples, notamment de ceux qui connaissent des situations de conflit et de sous-développement, afin de leur apporter les lumières dont ils ont besoin pour leur développement spirituel, de ne pas se borner à leur apporter une assistance purement économique ou matérielle, mais leur procurer un idéal nouveau.

Il faut donc que s’affirme un tel esprit, c’est à dire que nous ayons conscience d’un patrimoine commun spécifiquement européen et que nous ayons la volonté de le sauvegarder et de le développer.

LES DEFIS DE L’EUROPE AUJOURD’HUI (ici seulement les titres)

La solidarité … La lutte contre les nouvelles formes de terrorisme … Le respect de la vie humaine …

Le respect de l’environnement : Les questions environnementales doivent être au cœur de nos préoccupations. L’Union Européenne dispose des moyens d’affronter cette question et nous pouvons l’aider à relever ce défi en nous engageant chacun dans notre vie de tous les jours pour la sauvegarde de la maison commune : cela passe par l’adaptation de nos modes de vies, par des dynamiques de consommation plus responsables et par une forme de vie plus sobre …

La question migratoire : L’Europe doit se saisir de la question migratoire en accord avec ses principes fondamentaux de respect de la dignité de la personne humaine et dans le souci du bien commun …

Problématiques liées à l’emploi et à la démographie en Europe … Renforcer l’identité européenne.

CONSTRUIRE ENSEMBLE L’EUROPE DE DEMAIN

… L’Europe est, et sera, ce que nous voulons en faire. Abandonner l’Europe serait non seulement enregistrer un suicide, mais encourir devant l’histoire la terrible responsabilité d’avoir laissé perdre un patrimoine qui nous a été confié, il y a près de 2000 ans, auquel nos ancêtres ont donné un éclat incomparable et duquel le monde contemporain a tant besoin.

Nous devons, nous voulons rendre à l’Europe son rayonnement et sa force ; en d’autres termes, lui rendre sa mission séculaire de promotrice de dialogue et d’intégration des peuples.

L’Europe se refera une âme dans la diversité de ses qualités et de ses aspirations. L’unité des conceptions fondamentales qui cimentent l’Europe depuis des siècles se concilie avec la pluralité des traditions et des convictions nationales. Soyons fiers des valeurs d’humanisme et de solidarité qui nous unissent et soyons conscients que chacun de nous porte la responsabilité de l’avenir de l’Europe. Engageons-nous pour faire vivre l’âme et l’esprit de l’Europe.

Son destin est aujourd’hui entre nos mains.

Ainsi, nous évêques catholiques, appelons nos concitoyens à prendre part aux élections européennes dans l’esprit de service du bien commun, pour tous nos frères européens.

Devant certaines difficultés, d’aucuns souhaiteraient s’opposer à l’Union Européenne, et se replier sur des nations indépendantes. Nous sommes convaincus que la solidarité et la collaboration entre les nations est la réponse la plus fructueuse que nous pouvons apporter aux problématiques actuelles de l’Europe.

Luxembourg, le 29 avril 2019, en la fête de Sainte Catherine de Sienne, copatronne de l’Europe,
+ Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg + Stephan Ackermann, évêque de Trèves + Jean-Pierre Delville, évêque de Liège + Helmut Dieser, évêque d’Aix la Chapelle + Jean-Paul Gusching, évêque de Verdun.