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L’Église n’est pas une forteresse, un château

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Pape François

Cathédrale de Bratislava – 13 09 2021 – 1ère partie

C’est bien à toutes les Églises d’Europe que le Pape lance cet important appel à la recherche du changement, à la lutte contre la sclérose, à l’audace.

… L’Église n’est pas une forteresse, elle n’est pas une puissance, un château situé en hauteur qui regarderait le monde avec distance et suffisance. Ici, à Bratislava, le château est déjà là, et il est très beau ! 

Mais l’Église c’est la communauté qui désire attirer au Christ par la joie de l’Évangile, le levain qui fait fermenter le Royaume de l’amour et de la paix dans la pâte du monde. S’il vous plaît, ne cédons pas à la tentation de la magnificence, de la grandeur mondaine ! L’Église doit être humble comme l’était Jésus qui s’est dépouillé de tout, qui s’est fait pauvre pour nous enrichir (cf. 2 Co 8, 9) : c’est ainsi qu’il est venu habiter parmi nous et guérir notre humanité blessée.

Le centre de l’Église n’est pas elle-même. Sortons de l’inquiétude excessive pour nous-mêmes, pour nos structures, pour la façon dont la société sympathise avec nous. Et à la fin, cela nous conduira à une “théologie du maquillage”…Plongeons-nous plutôt dans la vie réelle des gens et demandons-nous : quels sont les besoins et les attentes spirituels de notre peuple ? Qu’attend-on de l’Église ? Il me semble important d’essayer de répondre à ces questions et je pense à trois mots.

LIBERTÉ

Sans liberté, il n’y a pas de véritable humanité, parce que l’être humain a été créé libre et pour être libre. Les périodes dramatiques de l’histoire de votre pays sont un grand enseignement : lorsque la liberté a été blessée, violée et éliminée, l’humanité a été dégradée et les tempêtes de la violence, de la coercition et de la privation des droits se sont déchaînées.

Mais en même temps, la liberté n’est pas une conquête automatique qui demeure une fois pour toutes. Non ! La liberté est toujours un chemin, parfois pénible, à renouveler continuellement, il faut lutter chaque jour pour elle. Il ne suffit pas d’être libre extérieurement, ou à travers les structures de la société, pour l’être vraiment. La liberté appelle directement à la responsabilité des choix, à discerner, à faire avancer les processus de la vie. Et cela est difficile, ça nous fait peur. 

Il est parfois plus commode de ne pas se laisser provoquer par les situations concrètes et de continuer à répéter le passé, sans y mettre le cœur, sans le risque du choix : mieux vaudrait passer sa vie en faisant ce que d’autres – peut-être la masse ou l’opinion publique ou les choses que les médias nous vendent– décident pour nous. Ça ne va pas. Et aujourd’hui, nous faisons plusieurs fois les choses que les médias décident pour nous. Et on perd la liberté.

Hier, en parlant au groupe œcuménique, je rappelais Dostoïevski avec “Le grand inquisiteur”. Le Christ revient sur terre en cachette et l’inquisiteur le réprimande pour avoir donné la liberté aux hommes. Un peu de pain et un petit quelque chose suffit …Parfois, même dans l’Église, cette idée peut faire son chemin : mieux vaudrait avoir toutes les choses prédéfinies, des lois à observer, la sécurité et l’uniformité, plutôt que d’être des chrétiens responsables et adultes qui pensent, interrogent leur conscience et se remettent en cause. C’est le début de la casuistique, tout réglementé… 

Dans la vie spirituelle et ecclésiale, la tentation existe de chercher une fausse paix qui nous laisse tranquille, plutôt que le feu de l’Évangile qui nous inquiète, qui nous transforme. Mais une Église qui ne laisse pas de place à l’aventure de la liberté, même dans la vie spirituelle, risque de devenir un lieu rigide et fermé.

Certains sont peut-être habitués à cela ; mais bien d’autres – surtout parmi les nouvelles générations – ne sont pas attirés par une proposition de foi qui ne leur laisse pas de liberté intérieure, ils ne sont pas attirés par une Église où il faut penser tous de la même manière et obéir aveuglement. (à suivre)

Pape François