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Le Pape invite à passer de la culture du pouvoir à la culture du soin

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Le Pape François a dénoncé dans la matinée du jeudi 24 mars l’engagement de certains gouvernements à augmenter leurs dépenses militaires. Il a plaidé au contraire pour un changement de modèle dans les relations internationales, en adoptant la «culture du soin». Et les femmes peuvent avoir un rôle décisif, a assuré le Souverain Pontife qui s’exprimait devant les participants à une rencontre du Centre Féminin Italien.

La politique est «la forme la plus haute, peut-être, de la charité», a rappelé François ce jeudi matin à un groupe du Centre Féminin Italien, association d’inspiration chrétienne née en 1944, alors que l’Italie, en pleine Seconde guerre mondiale, traversait une importante crise institutionnelle.

À l’origine de la guerre, des ambitions dominatrices

«Il est désormais clair qu’une bonne politique ne peut provenir de la culture du pouvoir, comprise comme la domination et la surpuissance, non, elle ne peut provenir que d’une culture de l’attention, de l’attention à la personne et à sa dignité et de l’attention à notre maison commune», a déclaré le Saint-Père. «La preuve en est faite, malheureusement de manière négative, par la guerre honteuse à laquelle nous assistons», a-t-il poursuivi, reconnaissant qu’il est «insupportable de voir ce qui s’est passé et se passe en Ukraine».

Cette guerre est «malheureusement le fruit de la vieille logique de puissance qui domine encore la soi-disant géopolitique. L’histoire des 70 dernières années le prouve: les guerres régionales n’ont jamais manqué, c’est pourquoi j’ai dit que nous étions dans la troisième guerre mondiale par morceaux, n’est-ce pas, jusqu’à ce que nous arrivions à celle-ci, qui a une dimension plus grande et menace le monde entier». 

Mais «le problème de fond reste le même: nous continuons à gouverner le monde comme un « échiquier », où les puissants étudient les mouvements pour étendre leur domination au détriment des autres», a regretté François.

«La guerre d’agression contre l’Ukraine est inhumaine et sacrilège»

A l’issue de la prière de l’Angélus, le souverain pontife a de nouveau dénoncé la guerre qui frappe l’Ukraine, déplorant en particulier les missiles et les bombes qui touchent les civils et exhortant «tous les acteurs de la communauté internationale afin qu’ils s’engagent vraiment à faire cesser cette guerre répugnante».

La solution n’est pas dans les sanctions

«La vraie réponse n’est donc pas plus d’armes, plus de sanctions», a estimé le Pape, pointant du doigt les États dont une part croissante du PIB est destinée à l’armement. L’issue favorable «n’est pas plus d’armes, plus de sanctions, plus d’alliances politico-militaires, mais une approche différente», centrée sur le soin de la personne et de la création.

Or, les «femmes sont les protagonistes de ce changement de cap, de cette conversion. (…) Tant qu’elles conservent leur identité de femmes», a précisé le Souverain Pontife.

«Mais l’heure vient, l’heure est venue, où la vocation de la femme s’accomplit en plénitude, l’heure où la femme acquiert dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir jamais atteints jusqu’ici. C’est pourquoi, en ce moment où l’humanité connaît une si profonde mutation, les femmes imprégnées de l’esprit de l’Évangile peuvent tant pour aider l’humanité à ne pas déchoir», a-t-il poursuivi, reprenant les mots de saint Paul VI dans sa Lettre aux femmes du 8 décembre 1965.

«La force des femmes est grande !»

Autrement dit, les femmes «peuvent changer le système si elles parviennent, pour ainsi dire, à convertir le pouvoir de la logique de la domination à celle du service, à celle du soin», a ajouté François.

Mais ce changement de mentalité «concerne tout le monde et dépend de chacun. C’est l’école de Jésus-Christ, qui nous a enseigné comment le Royaume de Dieu se développe toujours à partir d’une petite graine», c’est aussi «l’école des saints de tous les temps, qui font grandir l’humanité par le témoignage d’une vie passée au service de Dieu et du prochain». Et c’est l’école «d’innombrables femmes qui ont nourri et chéri la vie ; de femmes qui ont pris soin des fragilités, qui ont soigné les blessures, qui ont soigné les blessures humaines et sociales ; de femmes qui ont consacré leur esprit et leur cœur à l’éducation des nouvelles générations. La force des femmes est grande !», s’est exclamé le Saint-Père.

Le Pape a encouragé ces femmes italiennes à poursuivre leur engagement, en choisissant aussi «d' »alléger » des structures devenues insoutenables, pour mieux se consacrer à la formation et à l’animation culturelle et sociale». «Que la Vierge Marie, que nous contemplerons demain à l’Annonciation, vous accompagne toujours», a-t-il conclu dans une brève prière.