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Gaël Giraud : 2ème partie

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Né en 1970. Ecole Normale sup’ – Math. et Economie Service civil au Tchad : fonde un centre d’accueil pour enfants pauvres – C.N.R.S. – 2004 : entre chez les jésuites – Publie « Illusion financière » – 2020 : professeur à l’Univ. de Washington publie « L’Economie à venir ». Extraits d’une interview dans « La Croix – L’Hebdo » 27.8.21

  • Un vote sur internet vous a désigné dans le trio des personnalités les mieux à même de réunir une gauche émiettée. Pourriez-vous être candidat à la présidentielle de 2022 ?

Non. Comme jésuite et prêtre, je ne le peux pas.

  • Votre plaidoyer pour la transition écologique rejoint le souci du pape pour « la maison commune » (« Laudato Si). Ce pape marque-t-il le retour des chrétiens de gauche ?

La pensée de François va bien plus loin que cela. Pour le comprendre, il faut relire « La Joie de la Foi », un grand texte où le pape partage son expérience et appelle l’Église à renouer avec l’attitude pastorale à laquelle invitait Jean XXIII en lançant le concile Vatican II.

L’attitude pastorale, c’est de croire que les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont déjà habités par Dieu, que l’Esprit-Saint travaille en leur cœur, qu’ils ont quelque chose à dire et à faire pour l’accueil du Règne.

La tâche de l’Église est de les écouter, de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Au fond il s’agit de faciliter, de « sourcer » et de promouvoir la foi des fidèles. Mais l’Église court parfois le risque de se substituer à eux et de leur dicter ce qu’ils doivent faire.

Avec « Laudato Si » notamment, le pape vit la pastoralité de l’Église en prenant acte que, désormais, la question qui hante l’immense majorité de l’humanité est le défi climatique. Il s’est mis à l’écoute du monde et a dit tout haut ce que tous vivaient tout bas en 2015. D’où l’extraordinaire retentissement de cette encyclique.

  • Qu’est-ce qui distingue « Laudato Si » de l’écologie politique ?

L’écologie que propose le pape n’est pas une série de mesures à appliquer. C’est une écologie intégrale qui repose sur une anthropologie relationnelle développée dans « Tous frères », encyclique qui développe « Laudato Si ».

L’idée principale est la suivante : ce qui me constitue comme humain, à l’image de Dieu, ce sont les relations dans lesquelles je suis inscrit avec autrui et le vivant en général. Le pape nous appelle à rompre avec la folie du naturalisme occidental….A la place, il nous propose une cosmologie chrétienne, fondée d’abord sur la relation. Et ça, une certaine écologie politique n’est pas encore capable de l’entendre.

  • Vous insistez beaucoup dans votre dernier livre sur la notion d‘hospitalité inconditionnelle…

…Le philosophe Derrida dit de l’hospitalité inconditionnelle qu’elle est à la fois nécessaire et impossible…Mais il ne s’agit pas non plus d’ouvrir nos frontières tous azimuts au monde entier. Au risque de choquer certains, je pense que, pour l’instant, il ne faut pas ouvrir davantage nos frontières pour pouvoir nous concentrer sur l’accueil de ceux de ceux qui arrivent, et leur donner les moyens de s’insérer, tout en lançant un plan Marshall pour le Sahel et le Moyen-Orient.

En réalité l’hospitalité inconditionnelle est une disposition de cœur, qui s’incarne dans des actes. C’est une manière de répondre à la question que pose le Christ : Qui est mon prochain ? Celui ou celle dont je me rends proche. Le contraire, c’est le tribalisme qui consiste à n’accorder d’intérêt ni de valeur qu’à ceux qui appartiennent à ma tribu. Certes l’hospitalité vraiment inconditionnelle est impossible , sauf pour le Christ.

Jésus ne demande pas aux gens s’ils ont une carte bancaire ou un casier vierge pour les rencontrer. Il accueille tout le monde, même les non-Juifs, et se laisse déplacer par eux, jusqu’à transformer le programme messianique dont il hérite pour l’ouvrir à la totalité des nations.

C’est cette hospitalité messianique qui fait le cœur de la vie de Jésus et que nous, chrétiens, sommes appelés à vivre.