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Fête de la Pentecôte – Année C – Dimanche 9 juin 2019 – Évangile de Jean 14, 15-26

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ÉVANGILE DE JEAN 14, 15-26

LE VENT SOUFFLE OU IL VEUT

En l’année 30 de notre ère, à Jérusalem, un homme a été condamné à la crucifixion, il est mort devant de nombreux témoins et son cadavre a été déposé dans un tombeau. Or quelque temps plus tard, ses disciples qui s’étaient enfui sans rien faire pour le défendre, réapparaissent sur la scène publique et annoncent l’incroyable : ce Jésus mort n’est pas un admirable prophète à regretter, il n’est pas réanimé, il ne jouit pas d’une prolongation de vie mais il est, disent-ils, « relevé, réveillé, ressuscité » ( ? …) Il nous est apparu, assurent-ils, et il est effectivement le Messie dont les Ecritures d’Israël promettaient la venue, il est même le Seigneur qui apporte le salut de l’humanité.

Evidemment cette annonce époustouflante, inouïe, sidérante a buté tout de suite sur un mur de sarcasmes, de rires et d’incrédulité massive. Comment croire pareille nouvelle ? Ces hommes étaient tombés sur la tête, la mort de leur maître les avait tellement abattus qu’ils avaient eu une hallucination et inventé cette baliverne pour se consoler. Pour beaucoup il s’agissait d’un feu de paille promis à l’extinction rapide.

Se consoler ? Ils vont tout de suite apprendre ce qu’il en coûte de lancer pareille proclamation.

Le peuple va se détourner d’eux et même leurs familles vont se déchirer. Les autorités juives ne supporteront pas d’être accusées d’avoir monté un procès inique et condamné le Messie qui était innocent ; les autorités romaines se méfieront de ces agitateurs dont le chef avait été justement condamné par Pilate, et qui préparaient peut-être une sédition. Un jeune homme appelé Saül bouillonnait de rage et projetait de supprimer cette secte au plus vite.

Raconter le message des béatitudes ou la mort d’un prophète était admissible mais annoncer la croix et la résurrection, appeler à croire en Jésus Seigneur des vivants et des morts ne pouvait qu’entraîner avanies, ricanements, injures et conduire à la prison et même à la mort.

A part les disciples, personne n’a vu le Ressuscité. On a vu des hommes et des femmes qui étaient complètement changés et c’est ce fait qu’il importe d’expliquer. Leur ancienne lâcheté faisait place au courage, leur silence à la parole, leur éparpillement à la réunion, leur tristesse à la joie. Jamais on n’avait vu les collaborateurs d’un prophète manifester l’allégresse après la disparition de leur maître.

Ces disciples ont fourni l’unique explication plausible : s’ils osaient témoigner de Jésus Vivant jusqu’à accepter de donner leur vie, c’est parce qu’ils avaient reçu l’Esprit de Dieu.

Si, en français, le mot « esprit » évoque quelque chose d’immatériel, d’intellectuel, en hébreu il se dit « ROUAH » et signifie le souffle, le vent, donc une force dynamique qui chasse les brouillards, permet de discerner et pousse à agir. C’est la dynamique de Dieu qu’il communique à l’homme.

1ère PROMESSE DE L’ESPRIT

Dans son grand discours d’adieu, Jésus annonce, à 5 reprises, l’envoi de l’Esprit : l’évangile de ce jour nous fait écouter les deux premières promesses.

Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.  Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.

Donc condition préliminaire: aimer Jésus. Ne pas se contenter d’une religion héritée, pratiquée par habitude et réduite aux bonnes mœurs mais lire et relire les évangiles pour y découvrir une personne. Qui est Jésus ? On peut rester sceptique et indifférent ou être frappé, intrigué par ce personnage qui continue à interpeler le lecteur. Une admiration puis un attrait puis un certain amour se développe librement et pousse à obéir, à désirer vivre comme ce Jésus le propose.

Cette bonne volonté – avec ses erreurs, ses peurs, ses lâchetés – rapproche du Christ et provoque ainsi le don du Père. L’Esprit n’est pas une récompense aux mérites mais demeure un don gratuit. L’Esprit s’appelle le Paraclet, mot grec qui signifie l’avocat. Jésus a été le premier défenseur mais il ne l’a été que pour un temps : l’Esprit sera le Défenseur ultime, indépassable qui assurera la défense des disciples jusqu’à la fin des temps.

Ce n’est pas tout : l’engagement à aimer Jésus, donc à mettre son Evangile en pratique, entraînera en outre la venue du Père et du Fils au cœur du croyant. Le vrai disciple n’est pas qu’un bon élève qui suit un programme, ni un pratiquant qui observe des rites, ni un membre d’une organisation religieuse (l’Eglise) : il est habité par le Dieu unique qui est Père, Fils et Esprit.

Il ne s’agit en rien d’une performance rationnelle ni d’une expérience de sensations mystérieuses ni d’une vie moralement parfaite. L’Esprit ne donne pas d’auréole ni ne détache de la terre. Jésus, habité par la plénitude, ressemblait à un artisan juif de la campagne.

Le disciple évangélique cesse de chercher Dieu au ciel : dans son miroir, il en devine les traces d’un des visages possibles. Et il commence à respecter et à aimer tous ses prochains qui lui présentent d’autres visages.

Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.

Attention aux fausses spiritualités, aux vagues frémissements, aux envolées mystiques, aux déclarations poético-spirituelles. Tout part, tout tient, tout se vérifie dans une mise en pratique des enseignements de Jésus. Car l’Evangile est bien la Parole de Dieu même. Et il ne nous transporte pas dans un monde éthéré mais au cœur des contraintes quotidiennes. A une Sœur qui voulait échapper à la vaisselle sous prétexte, disait-elle, que c’était l’heure de son adoration à la chapelle, Mère Thérèse d’Avila lançait : « Ma Sœur, Dieu est dans les casseroles ».

2ème PROMESSE

Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

Jésus n’ayant rien écrit, les disciples ne vont-ils pas oublier ses enseignements ? Pouvons-nous nous fier aux Evangiles ? Il les rassure : l’Esprit vous éclairera, il vous remettra en mémoire mes actes et paroles et même il les actualisera, il vous montrera ce qu’ils signifient et engagent pour votre époque. C’est pourquoi il n’y a pas qu’un évangile, qu’une seule vie de Jésus. En effet les évangélistes ne se veulent pas, au sens moderne, des historiens qui tiennent à reconstituer avec précision discours et circonstances du passé. Chacun a sa vision et présente le même Jésus selon son point de vue et pour répondre aux problèmes concrets de ses communautés. Ce qui écarte la théorie du complot, de l’unanimité qui voudrait imposer l’authenticité.

Chaque enseignant d’Eglise a pour mission de montrer à ses auditeurs comment l’Evangile doit se vivre dans leur aujourd’hui. Et chaque baptisé doit sans cesse croiser événement et Evangile sous l’éclairage de l’Esprit afin de prendre la décision adéquate à la foi.

CONCLUSION

L’Esprit de Dieu enflamme les cœurs, nous chasse dehors, nous fait sortir, délie les langues, rassemble dans une joie nouvelle, permet l’ouverture aux autres, pousse au franchissement de toute frontière. Jésus est vivant à la Gloire du Père.

Frère Raphaël Devillers, dominicain