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Fêtes et solennités

Fête de la Nativité du Seigneur – Année C – 25 décembre 2021

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Noël va-t-il disparaître ?

Un document interne de la Communauté européenne vient d’inviter – au nom de l’inclusivité –  à ne pas utiliser certains noms dont Noël. Il serait ainsi préférable d’utiliser « période de vacances » plutôt que « période de Noël ». Cette révélation a suscité une vive réaction du côté du Vatican. Mgr Parolin, secrétaire d’État, a signifié sa désapprobation : « Il y a l’annulation de nos racines chrétiennes, …la dimension chrétienne de notre Europe ». La commissaire européenne a promis de mettre à jour son document mais toujours est-il que l’événement est significatif.

En cette fin d’année, notre Occident semble-t-il célébrer une fête chrétienne ? Le mot Noël apparaît encore à l’entrée des « villages » ou sur certains tracts publicitaires mais sans aucune référence à son origine. Il n’est absolument pas question d’avènement, de nativité mais d’une explosion de lumières pour marquer la victoire sur les ténèbres et d’une gigantesque pression pour déclencher une frénésie d’achats et faire déguster plaisirs gastronomiques et alcooliques.

Seuls les chrétiens pratiquants prient encore devant leur crèche et chantent leurs vieux cantiques dans des assemblées qui s’étiolent et donc vieillissent d’année en année. Le malheur serait qu’ils se contentent de pester contre l’évolution du monde, qu’ils s’enferment dans le regret du passé et attendent le retour de l’Église telle qu’ils l’ont connue jadis. Or faire mémoire d’un enfant qui naît, c’est s’attendre à des changements perpétuels d’autant que, devenu adulte, il se heurtera durement à ceux qui refusent la nouveauté qu’il apportait.

Naturellement c’est la scène célèbre telle qu’elle est racontée par Luc qui attire toutes les attentions des croyants : le bébé endormi sur la paille de la crèche, les parents à genoux devant lui, les animaux paisibles dans l’ombre, les petits bergers accourus et ravis. Nul ne se lasse de chanter : « Les Anges dans nos campagnes » et de contempler Marie. Mais le pittoresque de la scène ne risque-t-il pas de nous arrêter dans son ambiance poétique ?

L’extraordinaire grandeur de Noël n’est pas due aux circonstances mais à la personnalité de celui qui vient de naître. C’est pourquoi je vous invite à méditer comment Paul puis Jean ont présenté « le sens » de l’événement.

Noël selon Paul (Galates 4, 4-7)

« Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la Loi,
pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la Loi,
pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs.
« Fils » vous l’êtes bien : Dieu a envoyé en nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie « Abba – Père ».
Tu n’es plus esclave mais fils ; comme fils tu es héritier : ainsi c’est l’œuvre de Dieu ».

Peu importe la date du calendrier ( d’ailleurs l’Église ne fixera Noël au 25 décembre que pour manifester que Jésus est le véritable soleil, l’authentique Lumière des hommes) : l’essentiel est que l’événement survienne au moment de la plénitude de l’attente. Alors Dieu décide d’envoyer son Fils : il est bien né dans notre humanité, il est issu d’une femme mais il est infiniment plus qu’un prophète.

Et Noël annonce immédiatement son œuvre : ses croyants seront libérés du joug du péché par l’infinie miséricorde de Dieu et ils communieront à la vie même de Dieu. Si Jésus reste le Fils unique, inimitable, les croyants recevront aussi l’Esprit de Dieu et ils pourront en toute vérité prier Dieu comme leur Père : « Abba, père »et donc légitimement recevoir l’héritage de la Vie éternelle.

Pour Paul, Noël est bien plus que le souvenir émouvant de la naissance de Jésus : déjà Noël annonce la plénitude de l’accomplissement du Dessein de Dieu, la Pâque de la Miséricorde divine qui nous libère de tout esclavage afin de vivre l’amour. Paul continuera : « Frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés…Par l’amour mettez-vous au service les uns des autres » (Gal 5, 13)

Noël n’est pas une fête nostalgique mais annonce et promet notre renouvellement, notre renaissance.

Noël selon Jean ( Jean 1)

Au commencement était le Logos et le Logos était Dieu…
En lui était la Vie et la Vie était la Lumière des hommes…
Le Logos était la vraie Lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme…
Et le Logos fut chair, et il a habité parmi nous
et nous avons vu sa Gloire, cette Gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père…
Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Personne n’a jamais vu Dieu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé » (Jean 1, 13)

Jean commence son évangile en reprenant l’expression inaugurale de la Bible qui ouvre le récit de la création : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. La terre était déserte et nue ; la ténèbre à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Et Dieu dit : « Que la Lumière soit ! » et la Lumière fut…Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. »

Depuis toujours les maîtres se sont interrogés sur la nature de cette lumière mystérieuse puisque le soleil, la lune et les astres ne seront créés qu’au 4ème jour. Et beaucoup ont répondu qu’il s’agissait de la Lumière du Messie qui a jailli comme un éclair pour disparaître et devenir la lumière de l’espérance qui dynamise la vie d’Israël jusqu’à l’apparition glorieuse de ce Messie Sauveur.

Pour tenter de dire le mystère de Jésus, Jean remonte jusqu’à ce récit de la création. La première action attribuée à Dieu est de parler : « Dieu dit… ». Si nous-mêmes nous nous distinguons de ce que nous disons (car nous changeons d’expressions, nous nous trompons, nous mentons), il n’ en est pas ainsi de Dieu. Dieu est sa Parole, son Logos ; et ce Logos est créateur de toutes choses.

Événement extraordinaire, mais le seul qui rend raison de la personne de Jésus : le Logos de Dieu s’est fait homme, il a demeuré parmi nous. Méconnu et rejeté par beaucoup de son peuple, il a été reconnu par certains. Ils l’ont compris comme la Parole créatrice, comme la Lumière du Messie qui cherche à illuminer tous les hommes. En première étape, Moïse avait apporté la révélation de la Loi : en notre temps, dit Jean, nous avons reçu la révélation ultime en et par Jésus : il est le Fils dans le sein du Père, il nous a apporté « la grâce et la vérité ». « Personne n’a jamais vu Dieu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître » (1, 18).

La foi en Jésus « Verbe fait chair » recrée l’homme. « Tu dois renaître de l’Esprit » disait Jésus au pharisien Nicodème qui voulait se perfectionner par la pratique des lois.

Conclusion : Réflexion du pape François

Notre réponse à toute critique du monde n’est pas la colère mais l’effort de notre conversion pour vivre plus authentiquement ce que nous croyons et célébrons. Il est faux de croire que le monde a trouvé la vraie manière de fêter Noël alors même qu’il refuse catégoriquement le Messie sauveur et veut un Noël réduit à une réjouissance païenne. Écoutons encore notre Pape :

« Noël nous invite à réfléchir, d’une part, sur le caractère dramatique de l’histoire, dans laquelle les hommes, blessés par le péché, sont sans cesse à la recherche de vérité, à la recherche de miséricorde, à la recherche de rédemption; et, de l’autre, sur la bonté de Dieu, qui est venu à notre rencontre pour nous communiquer la Vérité qui sauve et nous rendre participants de son amitié et de sa vie.

Et ce don de grâce, nous le recevons à travers la simplicité et l’humanité de Noël, et il peut faire disparaître de nos cœurs et de nos esprits le pessimisme qui s’est aujourd’hui diffusé encore davantage à cause de la pandémie. Nous pouvons surmonter ce sens d’égarement inquiétant, ne pas nous laisser submerger par les défaites et par les échecs, dans la conscience retrouvée que cet Enfant humble et pauvre, caché et sans défense, est Dieu lui-même, qui s’est fait homme pour nous.

Mais Jésus est né il y a deux mille ans et cela me concerne ? — Oui, cela concerne toi et moi, chacun de nous. Jésus est l’un de nous: Dieu, en Jésus, est l’un de nous.

Cette réalité nous donne beaucoup de joie et beaucoup de courage. Dieu ne nous a pas regardés d’en-haut, de loin, il n’est pas passé à côté de nous, il n’a pas eu horreur de notre misère, il ne s’est pas revêtu d’un corps apparent, mais il a assumé pleinement notre nature et notre condition humaine. Il n’a rien laissé de côté, à l’exception du péché. Toute l’humanité est en Lui. Il a pris tout ce que nous sommes, tels que nous sommes. Cela est essentiel pour comprendre la foi chrétienne. Saint Augustin écrit : «Je n’avais pas encore assez d’humilité pour posséder mon Dieu, l’humble Jésus, et je ne connaissais pas encore les enseignements de sa faiblesse» (Confessions VII,8).

Et quelle est la faiblesse de Jésus? La “faiblesse” de Jésus est un “enseignement”! Parce qu’elle nous révèle l’amour de Dieu. Noël est la fête de l’Amour incarné, de l’amour né pour nous en Jésus Christ. Jésus Christ est la lumière des hommes qui resplendit dans les ténèbres, qui donne son sens à l’existence humaine et à l’histoire tout entière… » ( Audience du 13 Décembre 2020)

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.