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Dimanche des Rameaux – Année A – 5 avril 2020 – Évangile de Matthieu 21, 1-11

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Évangile de Matthieu 21, 1-11

L’Entrée Royale du Seigneur

L’évangile de Lazare nous a montré que les autorités du temple ont décidé de supprimer ce Jésus considéré comme un blasphémateur: cependant leurs tentatives de le lapider ont échoué et Jésus a toujours réussi à s’échapper. C’est lui qui décidera du jour de sa mort : le jour où l’on immole l’agneau pascal.

En ce mois de nissan, premier de l’année, le printemps est revenu et Jérusalem voit converger vers elle des milliers de pèlerins (plus de 100.000, suppose-t-on) venus de partout afin de célébrer les 8 jours de la Pâque. Le souvenir de la libération des ancêtres esclaves en Egypte, promesse divine de toutes les libérations et donc de la venue du Messie, soulève la ferveur des foules excitées par l’allégresse de s’assembler dans le Temple de Dieu.

On est sans doute le 12 nissan, 1er mois de l’année, jour où chaque famille doit se procurer un jeune agneau que l’on immolera et mangera le 14 au soir, jour de Pessah.

C’est en ce jour que Jésus, le véritable agneau, réapparaît: il passe d’abord par Bethphagè sur le mont des Oliviers et il organise son entrée en obtenant le prêt d’une ânesse par un villageois. Très vite un cortège se forme et se dirige vers la capitale. Il a sans doute moins d’ampleur que nous n’imaginons car la très grande majorité des gens n’ont même jamais vu Jésus et ne le connaissent que de réputation. D’ailleurs l’accueil des familles qui se recomposent pour la fête entraîne de nombreuses occupations de toutes sortes.

En tout cas, une foule s’amasse autour de Jésus, certains étendent leurs manteaux sur le chemin, d’autres coupent des branches d’arbres et en jonchent la route. Et on se met à chanter:

“Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !”

Tous les indices convergent: cet homme s’appelle “Sauveur” (Iéshouah), il est un descendant de la famille royale de David, il annonce la venue du règne de Dieu, il opère des guérisons miraculeuses. Donc pour une bonne partie du peuple, il est comme un Messie qui vient enfin libérer Israël de l’oppression romaine et apporter la santé aux malades.

Et les braves apôtres autour de leur maître sont fiers comme Artaban de l’entourer comme sa garde rapprochée et de jouir un peu du triomphe qui lui est adressé. Ainsi plus tard les cardinaux défilant derrière le pape sur la place s.Pierre.

Pourtant Jésus s’était toujours démarqué du mouvement des résistants (zélotes), il avait toujours manifesté son refus de la violence et ses guérisons étaient peu de choses à côté de ses appels perpétuels à la conversion. Car c’est dans le cœur humain que gît la plus profonde des maladies.

Dans son récit, Jean notera que les gens n’ont pas compris le signe de l’âne par lequel Jésus manifestait qu’il réalisait la prophétie de Zacharie:

“Tressaille d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des acclamations, fille de Jérusalem !
Voici que ton roi s’avance vers toi:
il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon tout jeune.
Il supprimera d’Ephraïm le char de guerre, et de Jérusalem, le char de combat.
Il brisera l’arc de guerre et il proclamera la paix pour les nations”.

De même qu’au début la colombe de son baptême le désignait comme le nouveau Noé qui proclame la fin du déluge des violences, ici à la fin l’âne signifie à tous qu’il est le vrai Salomon, le roi de paix (shalôm), qui vient supprimer les armements et unir l’humanité tout entière dans son amour.

Mais les hommes, hélas, écoutent plus volontiers les appels des dictateurs à écraser l’ennemi que les supplications à travailler d’abord à leur changement personnel. “Aux armes, citoyens” fait plus vibrer les multitudes que les psaumes et les cantiques.

Pourquoi ? Pour quoi Jésus entre-t-il à Jérusalem ?

Puisqu’il sait qu’en entrant en ville, il court un danger mortel, pourquoi Jésus y pénètre-t-il ?

Il serait absurde de le supposer poussé par un instinct suicidaire. Il serait aberrant de croire qu’il veut obéir à son Père qui exigerait de lui qu’il se laisse tuer afin d’expier les péchés des hommes. Abraham et les Ecritures lui ont appris que Dieu interdit strictement les sacrifices d’êtres humains.

Jésus entre afin de poursuivre à terme la mission que Dieu lui a confiée d’annoncer l’approche de son Règne et qu’il a commencée à travers les villages de Galilée. Maintenant le moment est venu de la réaliser dans la capitale Jérusalem.

Va-t-il se diriger vers la citadelle de Ponce Pilate et déclencher l’insurrection ? Non. Va-t-il s’enfoncer dans le quartier mal famé et proférer l’anathème contre les filous, les débauchés, les impies ? Non plus.

Au contraire il se dirige vers le lieu le plus sacré, le temple, il entre sur l’esplanade et muni d’une corde, fouette les animaux en vente et renverse les comptoirs des changeurs de monnaie. Contrairement aux représentations de certains peintres, Jésus ne frappe personne. Mais il crie:

“ Il est écrit: Ma Maison sera appelée maison de prière mais vous, vous en faites une caverne de bandits”.

Donc le problème essentiel n’est pas d’abord politique ni moral mais religieux. Si les hommes édifient un Temple, il ne suffit pas d’une architecture grandiose ni de célébrations fastueuses. On n’achète pas la grâce de Dieu à coup de sacrifices d’animaux, d’oboles généreuses, de rites solennels alors que d’autre part on en interdit l’entrée aux personnes handicapées soupçonnées de péché.

C’est pourquoi si Jésus chasse le bétail, aussitôt il guérit des aveugles et des boîteux afin qu’ils accèdent à la Présence divine. L’accueil d’un pauvre vaut plus que mille cierges.

Cet esclandre, c’est sans doute le geste de trop, l’action qui va exacerber la furie des autorités et sceller la mise à mort prochaine de Jésus.

Celui-ci sort et va passer la nuit chez des amis à Béthanie. Le lendemain matin, revenant en ville, il a ce curieux geste: il maudit un figuier qu’il découvre sans fruit. La signification parabolique en est évidente.

Dans la région, on voyait souvent des vignobles au milieu desquels les paysans avaient planté un figuier pour s’y reposer à l’ombre. Les rabbins y voyaient une image: Israël était la vigne préférée de Dieu et, en son centre, le Temple se dressait comme asile, lieu de paix et de louange.

Jésus veut expliquer que ce Temple est fini puisque sa beauté, ses fastes et ses sacrifices ne parviennent pas à convertir le peuple. Le temple est magnifique mais stérile. Un figuier n’est planté que pour ses fruits: Dieu ne se plait au culte que s’il produit non des pratiquants pieux mais des pratiquants du droit et de la justice.

C’est pourquoi, bravant toutes les menaces, il va en ces prochains jours s’installer sur l’esplanade et “enseigner” le peuple qui se presse autour de lui (21, 23). Plusieurs groupes des autorités vont venir le harceler de questions pour le déstabiliser mais il répondra toujours avec justesse. Le temple retrouve sa vérité: lieu de proclamation de la Parole de Jésus, espace d’enseignement de l’Evangile.

Conclusion

Aujourd’hui en ce dimanche des Rameaux, Jésus vient et nous ne pouvons pas célébrer la procession prévue et agiter nos branches de buis.

Mais nous méditons cette scène dans le livre des Ecritures. Privé de rites, nous pouvons être d’autant plus attentifs au comportement de Jésus et à son enseignement.

Oui il est vraiment le Messie, celui qui vient de la part de Dieu pour apporter la paix à toutes les nations. Il ne s’adresse pas aux Grands de ce monde: au contraire il s’adresse à son temple, à son Eglise qu’il veut purifier. Qu’elle ne s’enorgueillisse pas de la beauté hiératique de ses processions mais qu’elle chasse ce qui n’a pas lieu d’y être afin d’être accueillante aux malades et aux pauvres qui ne s’y sentent pas toujours bien accueillis.

Qu’elle fasse silence et qu’elle écoute.

Son Seigneur lui apprend comment être une communion chrétienne authentique, comment elle doit se laisser purifier de toute vanité, de toute suffisance, de toute manœuvre commerciale.

Frère Raphaël Devillers, dominicain