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Dominicains Église

Dictionnaire Jésus

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Préface par Renaud Silly et T. Vénard, o.p. (extraits)

« …Les révolutionnaires l’ont singé dans leurs « petits livres », rouges du sang de leurs victimes, mais le seul « petit livre » vraiment révolutionnaire de Jésus est l’Évangile.

La Parole qu’il recèle est puissance active. Jésus semble être le premier Juif qui ait comparé sa parole à une semence, dans ses paraboles orales : il se compare à un semeur sortant pour semer. Il ne veut pas qu’on répète servilement sa parole à l’identique, mais qu’on la développe et qu’on la fasse fructifier en la mettant en pratique (Mt 25, 26). L’Évangile qui en garde la mémoire devient une puissance d’engendrement plus forte encore que n’importe quelle semence créée (Jn 1, 12). L’écoute et la mise en pratique de son enseignement créent des liens « familiaux » plus profonds que n’importe quelle génération humaine. (Mt 12, 49)

Il contient les paroles définitives dont le contenu marque à jamais ceux qui les comprennent. Plus encore, dans sa forme, il recèle le secret du fonctionnement même de la conscience : sa puissance poétique prend possession du cœur de ceux qui écoutent cette Parole, au point de refonder leur désir de dire et de faire ce qui est vrai et bon et juste. Rencontrer Jésus n’est pas rencontrer un enseignement de plus, c’est rencontrer le Logos ou Verbe divin lui-même.

Jésus et Politique

Si le projet de Jésus ne fut pas politique, la révolution qu’il représente pour la conscience humaine ne put pas être sans effets politiques. Promoteur de l’amour inconditionnel, l’Église favorise à la fois un certain conservatisme, plein de sagesse ou d’ironie, comme celui de Jésus qui respectait même les grands prêtres iniques qui le condamnèrent, et une révolution déclenchée par le respect absolu des droits de chaque personne humaine, quelle que soit sa condition.

Surtout il a une puissance subversive intacte. : face au Gouverneur Pilate, en se proclamant roi de ceux qui cherchent la vérité (Jn 18, 37), Jésus relativise à jamais tout pouvoir humain, y compris ceux de nos populocraties aujourd’hui menacées par des États qui se substituent aux consciences individuelles ; y compris, et c’est libérateur à notre époque de massive trahison des clercs jusqu’aux plus hauts niveaux – celui des ecclésiastiques dans sa propre Église.

Le seul devant qui le disciple de Jésus se mette à genoux est Dieu. Lui seul a pouvoir sur les consciences. Jésus ne fait pas la révolution, Jésus n’est pas un révolutionnaire de plus. Il est le principe de la seule révolution qui vaille, celle de la charité. La figure d’un Jésus révolutionnaire politique a fait long feu depuis longtemps…

La seule révolution que l’on puisse prêter à Jésus en est une qui doit être compatible avec l’orthodoxie juive : une révolution religieuse qui atteint chacun dans ce qu’il a de plus précieux et à quoi il est prêt à tout livrer, jusqu’à a sa propre vie, jusqu’au refoulé principal de l’homme contemporain : le désir de Dieu…. ».