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5ème dimanche de Pâques – Année B – 29 avril 2018
Évangile de Jean 15, 1-8

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.

Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ;
tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.

Demeurez en moi, comme moi en vous.
De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne,
de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments.
Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit,
car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche.
Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous,
demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Ce qui fait la gloire de mon Père,
c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples… »

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L’AUTHENTIQUE VIGNE DE DIEU

Au commencement de son histoire, Israël aimait se vanter d’être comme la Vigne choisie de Dieu.
Dieu l’avait libéré de l’esclavage en Egypte, avait fait Alliance avec lui et l’avait conduit dans la terre promise où il avait pu se développer. Au centre, dans le temple de Jérusalem, des liturgies chantaient sans cesse la louange de Dieu.

Mais la magnificence du culte n’empêchait pas les déchirures sociales. C’est pourquoi le grand prophète Isaïe se leva pour dénoncer avec violence les injustices. Oui, dit-il, Dieu nous a choisis et il nous a comblés de bienfaits mais c’est pour que nous soyons comme une vigne modèle. Or nous n’observons pas sa Loi : des orgueilleux édifient des fortunes tandis que des malheureux sont exploités comme des esclaves, des juges sont corrompus, des pauvres ont faim…

Oui, « la Vigne du Seigneur, c’est Israël. Il en attendait le droit : et c’est l’injustice. Il en attendait la justice et il ne trouve que les cris des malheureux » (Isaïe 5).

L’élection divine est une faveur mais qui oblige, elle n’est pas un privilège qui rassure mais une responsabilité. La foi ne place pas au-dessus mais devant les autres. Pas pour les diriger mais pour les entraîner, leur montrer l’exemple des rapports humains tels que Dieu les veut.
D’autres prophètes tonitruèrent ensuite de la même manière mais ce fut peine perdue.

JESUS LA VRAIE VIGNE DE DIEU

Dans les premiers évangiles (Marc, Matthieu et Luc), Jésus reprit l’image de la vigne dans plusieurs paraboles : Mon royaume, c’est comme une vigne où il faut travailler mais les vignerons (dirigeants, prêtres, scribes, pharisiens) refusent d’obéir et même projettent la mort du fils du propriétaire. Et en effet, sur le calvaire, les hommes plantèrent une poutre de bois mort pour y exécuter Jésus. Le refus de Dieu conduit toujours à la mort de l’homme.

Mais le propriétaire véritable de la vigne, c’est Dieu. Et il fut capable de transformer la poutre mortifère en Cep de Vie : Jésus fut ressuscité !

Et voici, dans l’évangile de Jean, la Vigne « plantée » au cœur du Discours d’adieu de Jésus, qui est bien plutôt Discours de sa Nouvelle Présence. La Vigne n’est plus un peuple dans un territoire, on n’en fait pas partie par hérédité : elle se déploie dans l’assemblée universelle des croyants. Elle n’est pas une organisation mais un organisme vivant, fait de personnes.

Stupéfaits, bouleversés, les disciples apprennent qu’ils sont comme l’extension de Jésus, comme ses prolongements. « Vous êtes les sarments ». Sur les chemins de Galilée, Jésus était devant ou à côté d’eux : ressuscité, il communie à eux : « Tout sarment qui est en moi ». Déjà Saül, le persécuteur des chrétiens, n’avait-il pas été bousculé par une voix qui lui disait : « Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9, 4)

LE VIGNERON TAILLE

La vigne n’est pas une plante décorative, elle est voulue, soignée et admirée non pour la valeur de son bois ni la splendeur de son feuillage mais pour son fruit. Pour le raisin qui donnera du vin. Aussi le Père soigne sa vigne, il la taille, l’émonde, coupe les surgeons superflus. Comment ? Par la Parole de Jésus. L’Evangile est un glaive qui retranche mauvais désirs, rancunes, rivalités, méchancetés, cupidité.

Le sarment fidèle s’effraie des épreuves qui surviennent, des souffrances qui l’accablent, des échecs qui se succèdent : qu’il accepte avec patience et fidélité ce travail nécessaire qui lui fait perdre les boursouflures de son ego, les envies d’accaparer. Pour être fécond, il doit nécessairement être dépouillé. Le vigneron n’attend pas des jolies feuilles mais du raisin. Et le jus coule comme le sang.

DEMEURER

Il ne suffit pas de faire partie de la vigne  mais il faut tenir, traverser l’épreuve du temps, DEMEURER : un des très grands mots de Jean qui ne l’emploie pas moins de 10 fois dans ce passage (40 fois au total dans son évangile)

Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Cette insistance sur DEMEURER prouve que notre tentation perpétuelle, tenace est, sans nous l’avouer, de nous lasser, de nous détacher. Car notre orgueil est tel que nous voulons toujours nous attribuer le bien que nous faisons.

Le monde n’est-il pas une immense tentative de vouloir se faire sans Dieu ? « Vous serez comme des dieux » sifflait le serpent originel. Le communisme voulait bâtir une société de « camarades » et il est tombé dans « des lendemains qui déchantent ». La grande surface qui se présente comme un paradis où tout est offert est inaccessible à des multitudes qui ont faim. Et plus personne ne croit que le progrès va apporter le bonheur : on se demande même où il nous conduit.

Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Il n’est même pas besoin d’envisager ici un enfer futur. Puisque le sarment ne peut produire sa propre vie, s’il se détache, il se dessèche. Si le désir qui nous habite se débranche du Seigneur vivant, il brûle sans objet, il brûle pour rien. Notre malheur n’est pas la croix – où la vie prend sens – mais l’existence insensée et la mort absurde.

LA PRIERE POUR SE BRANCHER

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Sous peine de s’édulcorer, de se confondre avec un mysticisme vaporeux ou de se cantonner dans des rites, la « demeure en Jésus » est précisée : elle se vérifie par la vie selon ses paroles. Le baptême doit s’écouler en pratique coûteuse, réelle, des enseignements de l’Evangile. Le livre de l’Evangile ne « demeure » pas sur le lutrin ou le rayon de bibliothèque mais s’incarne dans les pensées, les décisions, les paroles, les actions du croyant. L’Eglise se manifeste non dans un bâtiment – si splendide soit-il – mais dans la vie pratique. Sinon elle retombe dans le mensonge que dénonçait jadis Isaïe : un culte qui fait chanter certains et laisse pleurer d’autres.

D’où l’obligation formelle de DEMANDER. Non que Dieu se plaise à entendre ses enfants se traîner à ses pieds pour leur consentir quelque faveur. Mais pour combattre nos deux tentations :

  • nous croire capables de réaliser par nous-mêmes le Dessein de Dieu
  • limiter nos projets à notre courte vue, à nos conceptions mesquines, à ce que nous croyons pouvoir faire.

La prière nous fait reprendre conscience de notre pauvreté, elle nous pousse à demander l’impossible, à ne pas nous enfermer dans notre minuscule pré-carré, à découvrir que même le mur de la croix peut être traversé.

Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en mon Nom, il vous le donnera. Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon Nom. Demandez et vous recevrez – si bien que votre joie sera parfaite » (Jean 16, 23)

A LA GLOIRE DU PÈRE

Le nom du Père ouvre et clôt le texte. Tout vient de lui et tout va à lui. Il est source et océan. Projet et accomplissement. Origine et terme. Il n’est pas un potentat ivre de prosternations obséquieuses, une idole folle de ses fans fanatiques. Un Dieu lointain et écrasant.
Car la réussite de l’histoire de l’homme est de ne pas se tromper de Dieu. Le Père n’a pas crucifié Jésus mais sa gloire est de ressusciter son Fils fidèle, de transfigurer son sang répandu en sève de vie, d’étendre la vigne qu’il est jusqu’au bout du monde.

ET LE FRUIT ?

Curieux : le fruit est absolument exigé mais il n’est pas précisé. La réponse nous sera donnée dans le second volet de l’allégorie dimanche prochain. Signe que le danger est de se jeter dans l’action, d’en rester à la philanthropie ou au culte.

Le problème d’une branche n’est pas en aval mais en amont, à sa source.
Pour faire sauter nos mesquineries et notre foi rabougrie, Jésus insiste : d’abord et avant tout et sans vous arrêter, demeurez des sarments avides de la vie de leur Seigneur.

Le Premier jour de chaque semaine, Jour du Seigneur, l’allégorie de la Vigne apparaît dans l’assemblée des sarments tout heureux de se souder à leur Seigneur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et Moi en lui » (Jn 6, 56) et ils se transmettent les uns aux autres la Vie ressuscitée, sève nécessaire à la survie du nouveau monde.[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

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