Homélies et commentaires par fr. Laurent Mathelot OP

Résurgences

3ème dimanche de Carême – Année B – 4 mars 2018
Évangile de Jean 2, 13-25

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OÙ EST LA MAISON DE DIEU ?

Commencé avec Marc, le carême se poursuit avec Jean et nous constatons avec surprise que celui-ci a placé tout au début du temps de mission de Jésus une scène que Marc, Matthieu et Luc situent à la fin, au moment où Jésus entre à Jérusalem pour y être arrêté, condamné et exécuté. Pour Jean, le conflit majeur que Jésus doit affronter commence très vite après son baptême et il se joue sur le lieu le plus saint de la terre donnée par Dieu : au temple, cœur de la nation et de la religion juive.

Car le problème fondamental de l’humanité n’est pas d’abord ethnique, politique, médical, social, moral …mais religieux. Qui donc est Dieu, comment avoir avec lui une relation juste, comment ceux qui se disent croyants manifestent-ils une foi authentique ? Car une confession de foi peut être fausse et un culte, idolâtrique. Se tromper sur Dieu conduit à se tromper sur l’homme.

Comme beaucoup de ses compatriotes et depuis longtemps, Jésus était outré par l’hypocrisie bien connue de certains hauts dignitaires religieux de Jérusalem. Il n’était pas dupe de la splendeur de ce temple que le roi Hérode avait voulu davantage pour sa gloire que pour celle de Dieu, et qui émerveillait par ses dimensions et son luxe : bois de cèdre, décorations en or, portes plaquées or et pavements de marbre.

Pourquoi donc la nouvelle et immense esplanade était-elle remplie de marchands qui vendaient leur bétail et de banquiers qui opéraient les changes de monnaies ? Certes la Loi prescrivait d’offrir à Dieu des sacrifices et d’acquitter l’impôt avec la monnaie locale mais fallait-il que ce commerce se passât justement là ? Il y avait plusieurs autres lieux de la ville et environs où se tenaient des marchés similaires. Nul n’ignorait que la location de ces échoppes dans l’enceinte sacrée était organisée par quelques grandes familles sacerdotales qui en tiraient des bénéfices juteux.

Faire du commerce avec Dieu, acheter ses bienfaits par des offrandes plantureuses, se croire pardonné parce qu’on a fait un don énorme, dédaigner les petites gens qui ne peuvent acheter qu’un ou deux pigeons, s’enrichir et mener une vie de luxe grâce à l’exploitation du peuple : Jésus connaît tout cela. Maintenant que Dieu l’a appelé « Mon Fils » et qu’il est comblé par la force de l’Esprit, sa mission première commence par la purification de « la maison de son Père » souillée par des pratiques inacceptables.

Manches relevées, il se met à fouetter les animaux (pas les hommes évidemment) pour qu’ils évacuent le lieu et, renversant les comptoirs, il éparpille les piles de monnaies. L’animal n’a rien à faire dans le culte et devant Dieu l’argent est à mépriser. Le temple est le lieu de l’homme dépouillé de ses assurances : nu, conscient de ses péchés, sans moyen de se disculper lui-même, dans le silence, en peuple, avec des prêtres sans cupidité, il peut prier en vérité ce Dieu qui y envoie son Fils afin que chacun découvre qu’il est invité, comme un enfant, chez son Père.

QUEL SIGNE PEUT JUSTIFIER CE ZELE ?

Un des derniers prophètes avait annoncé : « Le Seigneur mon Dieu arrivera…Ce sera un Jour unique…Et il n’y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur de l’univers ». (Ultime verset de Zacharie 14). Comment ce Nazaréen inconnu prétend-il réaliser cette prophétie des derniers temps ? S’il est le Messie attendu pour la fin, il faut qu’il accomplisse un signe, une action merveilleuse.
Jésus a une réponse ambigüe, stupéfiante : par un jeu de mots, comme Jean les apprécie, le dialogue prend une profondeur vertigineuse que personne évidemment ne peut comprendre sur le champ.

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai.
– ???????? Il a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en 3 jours tu le relèverais ? !
– Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

On parlait de l’édifice du temple (en grec « hiéron »): Jésus répond en parlant du sanctuaire (en grec « naos ») qui désigne le cœur du bâtiment : le Saint des Saints, espace vide, symbole de la Présence de Dieu transcendant. (dans les temples grecs, lieu où on plaçait la statue de la divinité).
L’édifice de pierres peut disparaître : le corps de Jésus est désormais le lieu de la présence de Dieu aux hommes et le lieu de l’adoration. Qu’est-ce que cela signifie ?

LE SOUVENIR : DEMARCHE FONDAMENTALE DE LA FOI

A deux reprises dans notre texte, Jean note que « les disciples se souvinrent » : pour lui il s’agit d’une activité fondamentale de la foi.

A. JESUS « REALISE » LES ECRITURES

Ebahis par l’initiative de leur maître, les disciples évoquent un psaume dans lequel un fidèle, plein d’ardeur pour son Dieu, crie sa souffrance d’être détesté, rejeté par ses compatriotes.

« Dieu, c’est à cause de toi que je supporte l’insulte,…et que je suis un étranger pour mes frères…
Oui le zèle pour ta Maison m’a dévoré, Ils t’insultent et leurs insultes retombent sur moi… (Ps 69, 10)

En mettant le verbe au futur (« Le zèle me dévorera… »), le psaume devient une prophétie : passionné par Dieu, Jésus « sera dévoré » c.à.d. il subira la passion, la haine de ses frères qui ne lui pardonneront pas sa conduite.

Lire et mieux connaître le Livre de la Première Alliance (la Bible), découvrir les accords et les références entre ce Livre et le Livre de la Nouvelle Alliance (Le Nouveau Testament) est une pratique essentielle pour enraciner notre foi. Car elle peut y voir comment le Dessein de Dieu se réalise peu à peu, de façon déconcertante, dans l’histoire d’Israël, dans l’histoire de Jésus et enfin dans notre propre histoire.

B. LA LUMIERE DE PÂQUES POUR COMPRENDRE.

Lorsque Jésus affirme qu’il relèvera le sanctuaire détruit en 3 jours, cela est totalement incompréhensible pour les auditeurs – même les disciples. C’est pourquoi Jean explique :

« Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Au long de leur cheminement derrière Jésus, les disciples n’ont pas compris la profondeur et la signification de tout ce qu’il disait et faisait. C’est seulement plus tard lorsqu’ils ont vu Jésus relevé, réveillé, ressuscité (c’est le même mot en grec) que, éclairés par l’Esprit-Saint, ils ont effectué la rétrospective de tout ce qu’ils avaient vécu avec lui. Et ils ont cru.

Jésus avait promis de leur envoyer l’Esprit pour provoquer la mémoire croyante :

« Je vous ai dit tout cela tandis que je restais avec vous : mais le Paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25 ; et 16, 12)

Jean écrit son évangile longtemps après les autres (fin du 1er siècle ?) et ses lecteurs sont tout étonnés de trouver dans son livret des choses qui n’étaient pas dites dans les évangiles antérieurs. Il explique que l’identité profonde de Jésus, sa mission, ses prédications, le scandale de sa mort sur la croix : tout cela est d’une profondeur extraordinaire et il faut beaucoup de temps pour en extraire les trésors. La lumière de Pâques seule permet d’éclairer les faits et gestes de Jésus.

En l’an 70, alors que les derniers travaux du temple étaient enfin achevés, l’armée romaine écrasa la révolte juive : le temple tout neuf fut incendié et ruiné. Et Rome interdit d’en reconstruire un autre. Plus de temple, plus de grands prêtres, plus de culte, plus de sacrifices. Mais les apôtres n’ont pas construit de nouveaux temples. Le 3ème et dernier temple était là : l’Eglise, corps de Jésus vivant.

Jésus a chassé les marchands parce que Dieu n’a que faire des immolations d’animaux. Il a chassé les vendeurs de colombes parce que, lors de son baptême, il venait de recevoir, sous le signe de la colombe, la force pure de l’Esprit de paix.

Comme Jean-Baptiste le lui avait révélé, il était « l’agneau de Dieu qui porte et emporte le péché du monde », l’agneau de la pâque, du passage ultime de la mort à la Vie, de la libération de l’esclavage du péché pour entrer dans le royaume de la Liberté de Dieu.

Il a éparpillé l’argent parce qu’on ne paie pas pour avoir accès à Dieu. Il a jeté les pièces par terre pour que tous les croyants partagent les richesses de la terre et forment un peuple, une communauté de charité, de partage, d’unité.

Il a souffert (« il a été dévoré ») parce que les autorités religieuses du temple, tellement soucieuses de la régularité des offices, de la dignité des célébrants, de la splendeur du culte, n’allaient pas le reconnaître, lui, le Fils.

Il a accepté que son zèle excite l’hostilité et que sa passion amoureuse pour son Père aboutisse à sa Passion douloureuse par ses frères. La croix ne s’invente pas : elle est la conséquence du zèle.

Par sa Pâque, sa mort et résurrection, il a fait que ses disciples soient son nouveau Corps, un Corps qui grandit à travers l’espace et le temps, l’Eglise son Epouse pour laquelle il a donné sa vie.

Notre Pape, dès ses débuts, a eu le courage de s’attaquer à la « purification » de la Curie et il continue à lutter pour une Eglise convertie. Certains en sont scandalisés et se crispent sur leurs privilèges et leurs habitudes. Pour que le monde change, ne faut-il pas au préalable que nous, chrétiens, nous changions ? Et moi d’abord – comme disait mère Térésa.

Tel est chaque année l’objectif du carême. Mais nous ne le comprenons que si « nous nous souvenons » et que nous percevons le sens des Ecritures grâce à Pâques.[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

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NOTE SUR « LES JUIFS » DANS L’EVANGILE DE JEAN

Il importe beaucoup d’expliquer ce mot que Jean emploie souvent et qui semble très dur pour l’ensemble du peuple d’Israël. Car dans l’évangile, sauf rares exceptions, tout le monde est juif – à commencer par Jésus lui-même, Marie, tous les apôtres et Jean.

Jean fait même dire par Jésus à la Samaritaine : « Le salut vient des Juifs » (4, 22).

Mais lorsque Jean écrit son livre (fin du 1er siècle ?), après la lourde défaite par les Romains et la ruine du temple et alors que les nouvelles communautés chrétiennes se répandent où se mêlent juifs et païens et où on n’observe plus certaines traditions, le conflit s’exacerbe entre Juifs et convertis à l’Evangile. Ceux-ci sont dénoncés, exclus des synagogues.

C’est alors sans doute que « les Juifs » désignent les adversaires, les membres d’Israël qui ont rejeté Jésus. Or les évangiles témoignent que l’opposition à Jésus n’était le fait que de certains. Même des membres du sanhédrin (Nicodème…) étaient pour lui.

Hélas cet usage de Jean favorisera sans doute plus tard une animosité croissante et générale de l’Eglise contre « les Juifs » tenus responsables de la croix.

Il faudra le concile Vatican II pour préciser avec fermeté :

« …encore que les autorités juives aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’ils est vrai que l’Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu et maudits…L’Eglise…ne peut oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs…elle déplore des haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme…. » (Nostra Aetate § 4)

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LA « PURIFICATION MISSIONNAIRE » DE L’EGLISE
par LE PAPE FRANÇOIS.

L’Evangile de ce dimanche nous incite à une réflexion sur la « purification » de notre Eglise. Pas seulement le nettoyage des bâtiments (certes fort utile) mais le changement, la conversion.

Que faut-il « chasser », « renverser », comme a fait Jésus ? Comment l’Eglise peut-elle apparaître mieux « la Maison du Père » prête à accueillir sans cesse de nouveaux enfants pour les sortir de la nuit, sécher leurs larmes, leur offrir une communauté fraternelle ?

Dans sa 1ère grande Exhortation (LA JOIE DE L’EVANGILE – nov.2013), le pape François nous pressait déjà de communiquer la joie de l’Evangile aux multitudes qui l’ignorent.

Voici quelques passages du chapitre 1 où il appelle à une « TRANSFORMATION MISSIONNAIRE DE L’EGLISE ».

§ 20. TOUS LES CHRETIENS : Nous sommes tous appelés à cette « sortie » missionnaire : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre les périphéries.

§ 25. J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire qui ne peut laisser les choses comme elles sont…Constituons-nous en « état permanent de mission ».

§ 28. LA PAROISSE : La paroisse n’est pas une structure caduque…Elle peut prendre des formes qui demandent docilité et créativité…si elle est capable de se réformer et de s’adapter constamment…Cela suppose qu’elle soit en contact avec les familles et la vie du peuple et ne devienne pas une structure séparée des gens…Elle forme ses membres pour qu’ils soient des agents de l’évangélisation

§ 29 LES PETITES COMMUNAUTES : Elles apportent une nouvelle ferveur évangélisatrice …mais il est très salutaire qu’elles ne perdent pas le contact avec la réalité si riche de la paroisse

§ 30 LE DIOCESE : Sa joie de communiquer Jésus Christ s’exprime dans la préoccupation de l’annoncer en d’autres lieux qui en ont le plus besoin…en perpétuelle sortie vers les périphéries

§ 31. L’EVEQUE : Il doit toujours favoriser la communion missionnaire…Il devra stimuler la maturation des organismes de participation…avec le désir d’écouter tout le monde…avec le rêve missionnaire d’arriver à tous.

§ 32. LE PAPE : Je dois penser à une conversion de la papauté…Une excessive centralisation complique la vie de l’Eglise et sa dynamique missionnaire.

§ 33. CONCLUSION GENERALE : La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère du « on a toujours fait ainsi ».

J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices…

J’exhorte chacun à appliquer avec générosité et courage les orientations de ce document, sans interdictions ni peurs.

L’important est de ne pas marcher seul, mais de toujours compter sur les frères et spécialement sur la conduite des évêques.

PAPE FRANCOIS : « LA JOIE DE L’EVANGILE » (Ed. Fidélité -10 euros)

Un document à lire, relire, discuter, prier.

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