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2ème dimanche de l’Avent – Année A – 8 décembre 2019 – Évangile de Matthieu 3, 1-12

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ÉVANGILE DE MATTHIEU 3, 1-12

CONVERTISSEZ-VOUS : IL VIENT

Décembre: mois de l’effervescence et de l’agitation. On court, on court, on court. Profiter des soldes du “black friday”, préparer les jouets et les bonbons que saint Nicolas apportera, préparer le sapin avec les guirlandes, préparer des cadeaux originaux, préparer le banquet de Noël, puis (pour certains) préparer les valises et les équipements de ski, puis, rebelote, préparer le banquet du réveillon du Nouvel-An. Ouf ! En conclusion il ne vous reste plus qu’à vous préparer une tisane contre les maux de tête, et préparer un régime pour perdre les calories accumulées en un mois.

“PRÉPAREZ”: c’est aussi le grand impératif que l’Eglise nous lance par la bouche de Jean-Baptiste. Non pour la fin de l’année mais pour l’achèvement du monde. Non pour une rencontre familiale et amicale ponctuelle mais pour la communion universelle. Non pour agiter des choses mais pour renouveler les cœurs.

Le prophète proclame la venue d’un événement extraordinaire qui va changer l’histoire: “ Le Royaume de Dieu est proche”. Et comme Dieu ne peut s’imposer par la gloire ni employer la force sous peine de violenter notre liberté, nous sommes appelés à nous convertir.

“CONVERTISSEZ-VOUS”: il s’agit de bien plus que se repentir, de se frapper la poitrine, d’alimenter un vague sentiment de regret. Mais d’une décision et d’un acte. Prenez conscience que vous vous êtes égarés sur le chemin qui mène à Dieu, que vous avez adopté un comportement qui lui déplaît et revenez sur vos pas. Ne vous contentez pas de regretter vos fautes.

Et surtout ne désespérez jamais ! Quelle que soit l’énormité de vos méfaits et quel que soit le nombre de vos chutes. Le mal n’est pas de tomber mais de refuser de se relever. Le désespoir, c’est la nuit qui refuserait l’aurore.

C’est pourquoi, dans toute la Bible, la conversion est considérée comme une merveille de la révélation. Si l’homme doit se considérer comme responsable de ses actes, il n’est cependant pas victime d’un destin inexorable, il n’est pas prisonnier de son passé. Après des années de débauche, le fils prodigue peut décider d’entreprendre le chemin du retour: loin de le rejeter son père l’attend et le presse tendrement sur son cœur. En hébreu, la conversion se dit par le verbe “revenir” (shoub)

Cette conversion doit manifester sa sincérité par un acte:

“ De Jérusalem, de Judée, de toute la région, les gens venaient à Jean et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés”.

Chose très étonnante. On a appris par les premiers chapitres de l’évangile que ce Jean est le fils du prêtre Zacharie et de son épouse Elisabeth. Or le sacerdoce juif étant héréditaire, Jean devrait donc, à l’exemple de son père, exercer les rites d’expiation des péchés par des offrandes et des supplications dans le temple de Jérusalem.
Dans la communauté de Qumran, pas loin de là, sur les bords de la Mer Morte, des hommes avaient déjà fait sécession avec le temple et ils pratiquaient les rites individuels de pardon par des ablutions continuelles.

Jean, lui, va plus loin: prêtre devenu prophète, il exhorte les gens à lui confesser publiquement leurs fautes et il est l’acteur du baptême unique.

LE RITE POUR DIEU OBLIGE A L’ACTE POUR LE PAUVRE

Parmi la foule des candidats qui se présentent, Jean distingue deux catégories:

Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, Jean leur dit: “ Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion. Et n’allez pas dire en vous-mêmes: “Nous avons Abraham pour père” Car je vous le dis: avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham”.

Les pharisiens sont des laïcs, des fidèles ordinaires animés d’un grand zèle pour la Loi et qui compensaient le relâchement de beaucoup en s’astreignant à des observances très strictes, en allongeant les prières, en ajoutant des jeûnes, en accumulant les gestes de piété et de purification.

Les sadducéens, eux, étaient des membres des grandes familles sacerdotales, très soucieux des fastes liturgiques, du decorum du temple, de l’accomplissement minutieux des rites, de la beauté impeccable des cérémonies.

Or c’est à ces hommes qui paraissent comme les croyants modèles que Jean s’en prend violemment, et non à des malfaiteurs connus, des prostituées, des voleurs, des publicains. Il leur reproche deux choses graves.

D’abord leurs observances pieuses et leurs pratiques cultuelles, c’est-à-dire leurs devoirs envers Dieu, ne s’accompagnent pas d’actions de solidarité et de justice à l’égard de leur prochain. Leur demande du baptême est purement formelle: ce ne sera jamais qu’un rite supplémentaire.

Jean les presse de produire des fruits qui témoigneront de l’authenticité de leur démarche – donc la solidarité, le partage, la justice. Nulle liturgie pour Dieu ne dispense de l’amour du prochain.

Et d’autre part ces hommes se drapent dans leur privilège de membres du peuple élu, comme si être de la descendance d’Abraham était un certificat donnant bonne conscience et assurance. Dieu peut travailler les coeurs durs des grands pécheurs de toutes les nations et les faire participer à son Royaume.

Jean-Baptiste continue la lignée des grands prophètes qui rappelaient que Dieu exige une conversion véritable et dénonce un culte hypocrite:
“ Cessez d’apporter de vaines offrandes…Je déteste vos solennités. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas…Apprenez à faire le bien, recherchez la justice; faites droit à la veuve et l’orphelin” (Isaïe 1, 9)

UN TOUT AUTRE VIENT ENSUITE

Le Baptiste a beau être persuadé de l’authenticité divine de sa vocation, mener une vie ascétique, lancer avec fougue ses appels à la conversion, dénoncer avec courage les perversions de certains candidats, il en vient à constater les limites de son travail. Il demeure au niveau de ses grands ancêtres Moïse, Elie, Isaïe, tous convaincus d’être des messagers de Dieu mais se heurtant à ce qui reste toujours chez les hommes une bonne volonté impuissante. Si souvent nous disons oui avec la tête mais non avec le cœur (J. Prévert)

Jean se comprend comme un simple précurseur et il annonce la venue d’un autre qui sera d’un niveau infiniment supérieur au point que Jean avoue qu’il n’est pas digne d’être son esclave. Cet anonyme dont il ne dit pas le nom – et qui évidemment sera Jésus – proclamera lui aussi la venue du Royaume, exigera la conversion mais sa Parole sera portée par le souffle divin et elle transmettra l’Esprit de Dieu capable d’ouvrir les cœurs. Là est la Bonne Nouvelle. Jésus va pouvoir inaugurer le Royaume de Dieu sur terre.

“Moi, je vous baptise dans l’eau pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. Il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas.”

Ce Jésus, dit Jean, ne sera pas seulement un prophète exceptionnel qui pourrait être suivi par d’autres. C’est Lui, et Lui seul, qui opérera l’oeuvre finale de Dieu, le jugement ultime et décisif que la tradition imaginait sous forme de la moisson.

Jean imaginait-il que son successeur allait provoquer la déflagration finale, la fin des temps avec le déchaînement de la Colère de Dieu ? La suite de l’Évangile montrera un Jésus “doux et humble de cœur” (12,18) pour qui le feu de l’Esprit n’est pas un cataclysme ravageur mais un feu d’amour tel qu’il est capable de brûler nos résistances égoïstes et tout ce qui en nous fait obstacle à la volonté de Dieu.

C’est ainsi que Pierre, à la Pentecôte, proclame la Bonne Nouvelle:
“Sachez-le avec certitude: Dieu l’a fait Seigneur et Messie, ce Jésus que vous avez crucifié…Convertissez-vous: que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit…” (Actes 2, 36)

CONCLUSION

Jean-Baptiste était un précurseur: nous pouvons, nous devons, après Pierre, Paul et tant d’autres, être les successeurs. D’abord en nous convertissant: en sortant d’une religion rétrécie au terrain de notre tranquillité, une religion aménagée pour ne pas trop nous déranger. Et en écoutant la Parole de Jésus, forte, exigeante, mais portant l’Esprit qui nous retourne et nous fait prendre la direction inverse.

Travail jamais fini, toujours à reprendre. Infiniment plus difficile que pour préparer un décembre de fêtes. Travail souvent dans l’ombre des dévouements discrets mais aussi parfois dans l’annonce hardie de la Bonne Nouvelle.

Saint Jean Baptiste: aide-nous à adopter une vie plus sobre, à vivre et proposer des changements urgents, à ne pas nous prendre pour des sauveurs mais pour des témoins de Celui qui allume le feu de l’amour.

Frère Raphaël Devillers, dominicain