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2ème dimanche de l’Avent – Année A – 4 décembre 2022 – Évangile de Matthieu 3, 1-12

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Évangile de Matthieu 3, 1-12

L’heure du bain

Parmi les quatre prières eucharistiques que le prêtre peut choisir pour célébrer la messe, j’aime beaucoup la quatrième, parce qu’elle présente, sous la forme d’action de grâce, un grand et beau résumé de toute l’histoire d’amour de Dieu pour le monde, ce que nous appelons communément l’histoire du Salut. On y trouve notamment cette courte phrase qui résume tout l’Ancien Testament : « Père saint, tu as multiplié tes alliances avec eux et tu les as formés, par les prophètes, dans l’espérance du salut ».

On ne nous dit pas que Dieu a répété constamment la même alliance, mais que chaque reprise de sa fidélité a été un nouveau commencement, une nouvelle intervention de son amour. Et lorsque Zacharie, à l’aube de la nouvelle alliance qui se réalisera dans le Christ, bénit Dieu pour la naissance de son fils Jean le Baptiste, il y voit un signe d’un nouveau commencement, une manifestation toute nouvelle de l’ancienne alliance, pareille au lever du soleil, à une lumière, sans autre pareille, sur tous ceux qui gisent dans l’ombre de la mort [Luc 1, 67-79].

J’aime aussi la manière dont Jean le Baptiste vitupère. Il ne paye pas de mine vêtu de peaux de bêtes, même sa nourriture est sauvage. Aux pharisiens et aux sadducéens, il dit : « Engeance de vipères ! … Convertissez-vous … Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » Son caractère hirsute traduit l’urgence de l’espérance attendue.

En effet, Jean est issu d’une famille sacerdotale, son père Zacharie était un prêtre du temple de Jérusalem. En allant baptiser aux bords du Jourdain, Jean commet un acte révolutionnaire, transgressif pour l’establishment religieux dont il provient : il proclame une nouvelle entrée en terre promise, qui sera – nous le savons – celle de l’incarnation divine en nous. En renonçant au culte du Temple pour retourner aux sources, c’est une nouvelle alliance avec Dieu que Jean proclame, une alliance faite de proximité et de conversion : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche … Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »

La sainte et longue histoire du salut connaît, avec le Baptiste, un nouveau commencement définitif et décisif, inauguré en la personne même de Jésus Fils de Dieu : « Le Verbe s’est fait chair pour demeurer parmi nous ».

On découvre ainsi toute la fraîcheur du temps de l’avent, tout ses bienfaits spirituels aussi. Bien loin d’être poussés au désert – ce sera la démarche de carême –, c’est dans l’eau courante du Jourdain que nous nous plongeons : un bain de renaissance, un baptême de nouveau-né, un retournement de tout notre être, une conversion toute joyeuse d’espérance.

La prédication de Jean Baptiste et sa conception du messie fait bien de lui un prophète de l’Ancien Testament. On ne peut être que frappés par le contraste entre cette virulence dans les propos de Jean Baptiste et l’humilité de Jésus qui viendra le rejoindre parmi les pécheurs qui se font baptiser. La prédication de Jésus ne reniera en rien celle de Jean Baptiste. Lui aussi insistera sur l’urgence de la conversion, sur les conséquences désastreuses de notre péché, mais Jésus rappellera également qu’il ne vient pas pour condamner, mais pour sauver. La reconnaissance de notre péché n’a pas pour but de nous culpabiliser, de nous écraser, de nous humilier, mais tout au contraire de nous dégager de sa gangue, de nous en libérer.

L’avent c’est le temps du changement rafraîchissant, de la conversion joyeuse, le temps d’apaiser tout ce qui nous brûle à la source vive des eaux baptismales. L’avent c’est le temps de l’étanchement de nos soifs amoureuses impatientes. Plus que de la culpabilité et de la honte, essayons d’avoir ce regard vivifiant sur la confession des péchés et la conversion de nos cœurs : comme un verre d’eau étanche la soif en été ; comme des enfants poussiéreux se jettent avec enthousiasme et joie dans une rivière.

Sachons nous laisser interpeller par les paroles virulentes de Jean le Baptiste. Durant ce temps de l’avent, laissons-nous interpeller, secouer. Aux pharisiens et aux sadducéens qui se croyaient à l’abri de toute critique parce qu’ils étaient fils d’Abraham, Jean dit « tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » Quels sont les fruits de notre amour pour Dieu ? Notre cœur est-il rempli de joie ? Et cette joie rayonne-t-elle sur ceux qui nous entourent ? Car il ne suffit pas de porter le nom de juif ou de chrétien, il ne suffit pas de revendiquer son titre de baptisé … il faut que nous puissions nous convertir en profondeur, jusqu’aux racines de notre être, que nous fassions de notre vie une terre promise, que nous accueillons en nous le Sauveur.

L’avent c’est le temps du grand bain dans l’espérance de cette rencontre, un bain de jouvence donné à notre vie spirituelle.

— Fr. Laurent Mathelot, dominicain.