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2ème dimanche de l’Avent – Année C – 9 décembre 2018 – Évangile de Luc 3, 1-6

Chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais,
à cause de votre communion avec moi,
dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile.
J’en suis persuadé : Celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement, au jour où viendra le Christ Jésus.

Il est donc juste que j’aie de telles dispositions à l’égard de vous tous,
car je vous porte dans mon cœur, vous qui communiez tous à la grâce qui m’est faite dans mes chaînes comme dans la défense de l’Évangile et son annonce ferme.

Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.

Ma prière : je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus
dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance – pour discerner ce qui est important.

Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ.

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ÉVANGILE DE LUC 3, 1-6

PREPAREZ LE CHEMIN DU SEIGNEUR

L’Eucharistie du dimanche n’est pas un rite répété à l’identique chaque semaine : elle constitue la formation fondamentale des communautés chrétiennes. A condition qu’on en respecte la logique et qu’on la situe en même temps dans l’histoire biblique et dans la nôtre.

Ainsi, afin de pouvoir commencer lucidement une nouvelle année, le 1er dimanche de l’Avent nous a fixé l’essentiel à connaître :

  • l’histoire verra encore et toujours survenir des événements douloureux mais le but final est certain. Lors de la venue du Fils de l’Homme éclateront en même temps la Gloire de Dieu et la Gloire de l’homme, unis dans la Vie et la Lumière.
  • Donc d’emblée la vigilance est nécessaire. Il faut prendre garde aux dérives (surconsommation, écrasement par les soucis) et, par la prière, demeurer éveillés, conscients des enjeux afin de garder le cap sur la réussite finale.

Aujourd’hui, 2ème étape, on nous dit d’obéir à Jean-Baptiste qui nous lance : « Préparez le chemin du Seigneur qui vient ». Or Luc interprète ce message comme la reprise d’un ancien. Qu’est-ce que cela signifie ? Pour le comprendre, il nous faut donc nous rappeler l’histoire d’Israël.

LES TROIS EXODES

Les ancêtres hébreux étaient exploités, écrasés par de dures corvées en Egypte, traités comme des esclaves. Alors Dieu suscita le prophète Moïse qui parvint à les faire sortir, à les emmener au Sinaï où Dieu fit alliance avec eux sur base des 10 commandements pour en faire son peuple puis il les conduisit à travers le désert. Sous la conduite du successeur Josué, près de Jéricho, ils passèrent le Jourdain et s’installèrent dans la terre promise par Dieu.
Cet acte fondateur d’Israël s’appelle l’EXODE: chemin de sortie de prison pour rentrer chez soi. Dieu se révèle comme le libérateur des esclaves, le sauveur des petits, le défenseur des droits de l’homme comme on dirait aujourd’hui.

2ème étape. Au 6ème siècle avant le Christ, le roi d’Israël ayant refusé de payer son tribut de vassal, Nabuchodonosor vint détruire Jérusalem et son temple, il exécuta le roi et déporta la majorité de la population à Babylone (en 587). Après un tel désastre, Israël était voué à la disparition comme tant d’autres peuples voisins. Or, vers 527, Cyrus, le roi des Perses, s’empara de Babylone. Et un grand prophète resté anonyme lança à ses frères en exil la Bonne Nouvelle inattendue : « Consolez-vous ! Préparez le chemin à travers le désert (de Syrie) car nous allons rentrer. Dieu a suscité un Messie, un libérateur, Cyrus, qui va nous libérer ». Effectivement Cyrus renvoya tous les déportés chez eux. Et le prophète décrit ce retour comme un NOUVEL EXODE, encore plus merveilleux que le premier. Son œuvre constitue les chapitres 40 à 55 du Livre d’Isaïe- si bien qu’on appelle cet inconnu le 2ème Isaïe.

Hélas la suite de l’histoire d’Israël apparaît comme un déclin, comme la fin de l’indépendance. D’abord sous le protectorat bienveillant de l’Empire perse, Israël fut conquis par Alexandre le Grand et envahi par la prestigieuse culture hellénistique. Et ensuite vint le rouleau compresseur du 5ème et plus puissant Empire : Rome. Israël semblait à jamais écrasé.

3ème étape. C’est alors, dans la vallée du Jourdain, là même où jadis Josué avec les Hébreux était entré dans la terre, que tout à coup se lève un prophète appelé Jean qui « proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés ». Et Luc qui aujourd’hui nous raconte cet événement nous en donne l’interprétation profonde: c’est ainsi, dit-il, que s’accomplissait l’appel ancien du 2ème Isaïe. Expliquons.

LE 3ème EXODE ANNONCÉ

Donc Jean-Baptiste exhorte au changement, baptise dans l’eau mais ne prétend pas sauver son peuple : il lui annonce la venue de Jésus, le Messie qui va réaliser le 3ème et ultime EXODE : ce sera la libération non d’une puissance étrangère mais du plus terrible des esclavages : celui du péché. Et cette libération ne sera pas limitée à un peuple, Israël, mais étendue à l’humanité tout entière : « Tout homme verra le salut de Dieu ».

Cette histoire d’Israël est encore la nôtre, suivant des étapes similaires. L’Egypte et Babylone sont les symboles de deux situations intolérables et inhumaines.

Que représente l’Egypte ? Dieu veut d’abord nous libérer de l’esclavage des tyrans, d’une société obsédée par la mort (pyramides), qui déifie son chef (pharaon) et qui exploite durement les faibles. Dieu veut d’abord des hommes libres et fiers. Les 10 Commandements ne sont pas, comme on croit, un carcan mais constituent la charte d’un peuple libéré de ses chaînes et qui est installé chez lui.

Que représente Babylone ? Ensuite Dieu nous appelle à sortir de Babylone la riche, l’opulente, la luxueuse, la luxuriante, la luxurieuse où règnent la cupidité, l’avidité, où s’amollissent et se perdent les cœurs dans les banquets, les alcools, les jouissances. Tyrannie séductrice où l’homme se perd d’autant plus qu’il se croit libre alors qu’il est le jouet de ses besoins et obsédé par l’argent.

Que représente donc ensuite Jean-Baptiste ? Il n’appelle pas à sortir du pays. Le dernier et véritable exode n’est pas géographique car notre bonheur ne dépend pas du lieu où nous vivons. C’est en nous qu’est l’esclavage, c’est en nous que sont les chaînes.
Alors que signifie : « Préparez le chemin du Seigneur » qui vient ? Ce n’est pas avec des pelles, des pioches et des tracteurs que nous pouvons construire une belle route qui nous conduirait à Dieu.

CANTONNIERS DE DROITURE ET DE PAIX

Le nouveau travail de cantonniers que Jean nous confie est beaucoup plus exigeant. Si les gros moyens techniques et la ténacité de milliers d’ouvriers suffisent pour tracer les autoroutes les plus audacieuses à travers les paysages les plus dévastés, il nous faudra une persévérance énorme, un courage sans failles pour entreprendre les travaux qui, maintenant, sont des œuvres spirituelles.
Il ne s’agit plus de relier un point à un autre, de franchir un fleuve, de creuser un tunnel mais d’introduire en nous de la rectitude et de créer entre nous des relations harmonieuses.

APLANISSEZ SA ROUTE. Il y a toutes sortes d’aspérités pour aller à la rencontre du Christ, ce sont comme des pierres d’achoppement contre lesquelles nous trébuchons. Purifions l’Eglise des « scandales » annonce le pape François sinon aurions-nous le droit de dénoncer au monde ses errements ?

COMBLEZ LES RAVINS. Voyons-nous les hommes qui gisent dans le fossé ? Des accidents, des infortunes les ont projetés hors de la route du bien-être. La maladie, le chômage, le handicap ne leur permettent plus de suivre le train des autres. Et nous-mêmes, nous glissons parfois dans la lassitude, nous nous décourageons, nous baissons les bras. Il y a beaucoup de pauvres sur les bandes d’arrêt d’urgence. Avec leurs gilets jaunes, allons-nous enfin entendre les cris de leur détresse et nous arrêter ? Le Bon Samaritain n’a pas tourné la tête en découvrant un blessé.

ABAISSEZ LES MONTAGNES. Le pire obstacle sans doute : l’orgueil. Pharaonique chez certains. Le nom, la fortune, la science élèvent certains sur des sommets d’où ils se penchent pour narguer la masse des imbéciles. Il est fondamental de rester humble. Jésus interdisait formellement à ses disciples de se disputer pour occuper les premières places. Le pire obstacle est en nous, dans notre amour-propre, notre vanité. Il faut élimer, araser notre orgueil qui nous fait croire que nous y parviendrons par nos propres moyens. Appeler Jésus le Sauveur, c’est bien d’abord être persuadé que l’homme ne peut se sauver seul.

RECTIFIEZ LES VOIES TORTUEUSES. L’esprit humain est assez tordu pour manigancer des fourberies, placer des crocs-en-jambe, rouler les naïfs, extorquer des privilèges, cracher des médisances. Et la piété n’est pas un raccourci pour compenser.les devoirs de la justice. On ne ment pas à Dieu.

APLANISSEZ LES CHEMINS DEFORMES. La société n’est ni droite ni juste : il nous faut entendre les sentences, les dénonciations des prophètes jusqu’à Jean-Baptiste.

SANS RELÂCHE PREPARER ET ATTENDRE

« Préparez Noël » claironne le gros bonhomme rouge : il étale des montagnes de charcuteries et fait couler des flots d’alcool pour nous faire dégringoler dans le fossé. Peu importe que s’élargisse l’abîme entre riches et pauvres. L’ivresse du toboggan mène le monde à l’abîme.

« Préparez la venue du Seigneur » crie Jean-Baptiste. Soyez sobres, joyeux dans l’espérance, heureux de travailler à la rencontre du Seigneur.