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Voulons-nous (sérieusement) changer le monde ?

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par Bertrand BADRE

Bertrand Badré a été directeur général financier de la Banque mondiale. Dans son nouveau livre, il demande si la crise peut donner l’opportunité de modifier le système actuel en dépassant la logique du profit à court terme. ( « Voulons-nous changer le monde ? » – éd. Mame – 17 euros) – Extraits :


« Ne gâchons pas l’occasion donnée par cette crise comme nous l’avons fait avec la précédente. C’est maintenant que nous pouvons remettre le « système » au service de la planète et de ses habitants…

Nous sommes à une époque de transition, une de celles où le monde se réorganise et peut basculer. Il ne faut pas nous cacher la tête dans le sable, mais au contraire regarder et affronter les défis qui se posent à nous. Ce n’est pas un mouvement spontané : quand nous sommes du bon côté du système, nous n’avons guère d’intérêt à agir.

Mais la question sociale est au cœur de l’après crise. Elle ne peut plus être dissimulée ou ignorée…Les inégalités sont à l’origine d’une exaspération chaque jour plus difficile à gérer dans nos démocraties, où chaque voix pèse le même poids. Si nombre d’entre nous ont le sentiment de ne pas être écoutés et pris en compte, nous allons au-devant de graves conflits.

La question environnementale demeure par ailleurs intacte, malgré le léger mieux temporaire permis par le confinement de la planète. A quel prix ! A la question du réchauffement climatique se sont ajoutées celles de l’effondrement de la biodiversité, de l’utilisation des terres, des océans…

Il est encore temps de faire face à ces questions, sans dramatiser mais en reconnaissant la nécessité de le faire…Il ne faut pas avoir peur de commencer…

Après avoir été un moteur puissant, le modèle « néolibéral » qui a irrigué notre société depuis les années 1980 avec toutes ses règles – normes comptables et prudentielles, modes de rémunération, reporting des institutions, etc. – a trouvé ses limites …

La question qu’il nous faut nous poser aujourd’hui est de savoir comment abandonner un système prédateur à court terme, au profit d’un autre orienté vers la pérennité. De passer d’une logique d’optimisation à une obligation de résilience…De le faire évoluer de « faire du profit pour l’actionnaire » à « trouver des solutions profitables aux problèmes de la planète et de ses habitants…

Non pas condamner le profit, mais l’inscrire dans la durée et l’utilité. Ce profit ne doit pas être une fin en soi, mais devenir un moyen en vue d’une fin : le bien commun. Le saut est radical… »