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« Que se taisent les armes »

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L’appel à la paix du pape François en Irak

Le pape François est arrivé, vendredi 5 mars, en Irak. Une première pour un souverain pontife dans ce pays ravagé par les guerres et désormais confronté à la pandémie.

L’avion transportant l’évêque de Rome de 84 ans, qui avait déclaré venir en « pèlerin de la paix », a atterri à Bagdad, point de départ d’une visite de trois jours durant laquelle il tendra aussi la main aux musulmans en rencontrant, dans la ville sainte de Najaf, le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour de nombreux chiites d’Irak et du monde. Le président irakien Barham Saleh a accueilli le pape François en « invité apprécié », tandis que le souverain pontife argentin disait avoir « attendu longtemps » sa visite, la première de l’histoire d’un pape en Irak, qui abrite l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde.

« Que se taisent les armes ! Que la diffusion en soit limitée, ici et partout ! », a lancé, vendredi, le pape François en Irak, pays déchiré depuis 40 ans par la violence. « Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale. Assez de violences, d’extrémismes, de factions, d’intolérances ! », a martelé le souverain pontife. 

Le pape François a notamment dénoncé les « barbaries insensées » du groupe État islamique en 2014 contre la minorité yazidie, dont des milliers de femmes ont été réduites à l’esclavage sexuel. « Je ne peux pas ne pas rappeler les Yazidis, victimes innocentes de barbaries insensées et inhumaines, persécutés en raison de leur appartenance religieuse dont l’identité même et la survie ont été menacées », a-t-il dit dans un discours aux autorités irakiennes.

Il a, en outre, plaidé devant les autorités irakiennes pour que « personne ne soit considéré comme citoyen de deuxième classe » dans un pays musulman où les chrétiens ne sont plus que 1 % des 40 millions d’habitants. « Il est indispensable d’assurer la participation de tous les groupes politiques, sociaux et religieux, et de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens », a-t-il ajouté. Le pape François a également appelé à « lutter contre la plaie de la corruption, les abus de pouvoir et l’illégalité » au début de sa visite en Irak, l’un des pays les plus corrompus au monde. 

Il s’est ensuite rendu à la cathédrale Notre-Dame du Secours perpétuel à Bagdad, visée à la veille de la Toussaint 2010 par la prise d’otages la plus sanglante contre des chrétiens d’Irak qui a fait 53 morts. Le pape a ainsi salué la mémoire de « nos frères et sœurs morts […] et dont la cause de béatification est en cours ». « Je vous remercie, frères évêques et prêtres, d’être demeurés proches de votre peuple, en le soutenant », a-t-il ajouté. La communauté chrétienne d’Irak est passée de près d’un million et demi de membres en 2003 à moins de 400 000 aujourd’hui mais, a poursuivi le pape, « la communauté catholique en Irak, bien que petite comme une graine de moutarde, (doit continuer) à enrichir la marche du pays dans son ensemble ».