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L’Église doit changer

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Par le Cardinal Claude HOLLERICH

64 ans, jésuite – professeur au Japon pendant 20 ans – en 2011 Archevêque du Luxembourg – Président de la commission des épiscopats de l’Union Européenne ; cardinal en 2019 ; nommé secrétaire général du prochain Synode – Homme de confiance du pape François.

  • L’Europe est-celle redevenue terre de mission ?

Oui. Elle l’est depuis longtemps. Dans ma jeunesse, le Luxembourg ressemblait un peu à l’Irlande, avec de grandes processions, une forte piété populaire…Après réflexion, je vois bien que ce passé n’était pas si glorieux…Il y avait déjà à l’époque beaucoup de fissures et d’hypocrisie. Au fond les gens ne croyaient pas plus qu’aujourd’hui, même s’ils allaient à l’église. Ils avaient une sorte de pratique dominicale culturelle, mais sans que cela soit inspiré par la mort et la résurrection de Jésus.

  • Cette pratique culturelle est-elle terminée ?

Pas encore tout à fait…Mais je suis convaincu que le covid va accélérer le processus. Au Luxembourg nous avons un tiers de pratiquants en moins. Je suis sûr qu’ils ne vont pas revenir….Pour beaucoup, se dire catholique est encore une sorte de déguisement doté d’une morale générale. Cela contribue selon eux à être « de bons chrétiens », mais sans vraiment définir ce que cela veut dire. Mais cette époque doit finir. Nous devons maintenant bâtir une Église sur la foi. Nous serons une minorité…

  • En quoi le message du christianisme est-il toujours pertinent aujourd’hui ?

Parce que l’homme n’a pas changé depuis 2000 ans. Il est toujours en quête du bonheur et ne le trouve pas. Il est toujours assoiffé d’infini et se heurte à ses propres limites. Il commet des injustices qui ont des conséquences graves pour d’autres personnes, ce que nous appelons le péché. Mais nous vivons maintenant dans une culture qui a tendance à refouler ce qui est humain. Cette culture du consumérisme promet de combler les désirs de l’homme mais elle n’y parvient pas. Pourtant, dans des moments de crise, de choc, les hommes se rendent bien compte que tout un tas de questions dorment au fond de leur cœur.

Le message de l’Évangile est d’une fraîcheur exceptionnelle pour répondre à cette recherche de sens et de bonheur. Le message est toujours pertinent, mais les messagers apparaissent parfois dans des costumes des temps passés…

C’est pourquoi nous devons nous adapter. Non pas pour changer le message lui-même évidemment, mais pour que celui-ci puissent être compris…Le monde est toujours à la recherche mais ne cherche plus de notre côté, et cela fait mal ! Nous devons présenter le message de l’Évangile de telle manière que les gens puissent s’orienter vers le Christ…

  • C’est pour cela que le pape a lancé un Synode sur la synodalité.

…Aujourd’hui on ne peut plus se contenter de donner des ordres du haut vers le bas. Dans toutes les sociétés, en politique, dans les entreprises, ce qui compte désormais est la mise en réseau. Ce changement des modes de décision va de pair avec un véritable changement de civilisation, auquel nous faisons face. Et l’Église, comme elle l’a toujours fait tout au long de son histoire, doit s’y adapter.

La différence est que cette fois, le changement de civilisation a une force inédite. Nous avons une théologie que plus personne ne comprendra dans 20 ou 30 ans. Cette civilisation aura passé. C’est pourquoi il nous faut un nouveau langage qui doit être fondé sur l’Évangile.

Or toute l’Église doit participer à la mise au point de ce langage : c’est le sens du Synode.

Extraits de l’interview paru dans « La Croix » du samedi 23 01 22