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Hors de la Messe, pas de Salut ?

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……. Comment assumer en vérité, c.à.d. de manière évangélique, notre mission de chrétiens dans le monde ? Un monde agité de peurs, de colères, de frustrations. Où la peste de la désinformation et de la manipulation des esprits est aussi active que le virus. Où l’islamisme radical recrute gaillardement pour semer la terreur. Où le quotidien de beaucoup de Français sur fond d’un pandémie sans fin est la peur du chômage, de la misère, de bouleversements, qui laissent la jeunesse tragiquement aux prises avec un lendemain sans avenir.

Or c’est bien dans cette conjoncture qu’il s’agit de vivre en chrétien, d’être porteur d’espérance contre toute espérance, témoin du Ressuscité face à de multiples désespoirs et aux succès insolents de la mort.

Qui contestera qu’il nous faut puiser notre fidélité et notre énergie à partir de la source, c.à.d. du Christ ? Qui contestera que la vie sacramentelle est la modalité la plus naturelle de cette relation ?

A condition cependant de ne pas laisser contaminer cette vérité par les étroitesses qui voudraient qu’il n’y ait de vie chrétienne qu’à fréquenter les églises selon les protocoles du temps ordinaire. Et qui prétendraient en particulier assigner la relation au Christ à une participation dévote à la messe célébrée par des prêtres en présentiel ou en virtuel …(…)

Certes c’est bien l’Eucharistie qui fait l’Église, en même temps que celle-ci la célèbre. Mais il est faux de prétendre que l’Eucharistie épuise les moyens par lesquels un chrétien partage la vie du Christ et a part à sa mission.

Une Église de Disciples autour de la Parole

La cessation provisoire de l’Eucharistie pourrait être l’occasion salutaire pour tous de reprendre conscience que la Parole de Dieu est, de façon tout aussi nécessaire, table de vie. Et qu’il suffit que deux ou trois soient réunis au nom du Christ, ouvrent ensemble les Écritures, pour que le marcheur anonyme du chemin d’Emmaüs leur soit présent, et que se renouvelle l’illumination des cœurs qui devrait être le préalable de toutes les fractions du Pain célébrées dans l’Église.

Belle occasion en fait d’expérimenter à neuf l’Église comme communauté de « disciples ». De se rappeler mutuellement que l’on n’est pas chrétien en se recroquevillant sur l’entre-soi, mais en sortant comme le Christ en sortie d’Évangile.

Car la mission d’un chrétien a un nom que nous ne pouvons ignorer en ces jours de « Tous frères »du pape François. C’est la fraternité ! Loin d’un plat humanisme, la première lettre de Jean nous apprend qu’elle est la vérification de l’amour de Dieu et, par conséquent, en christianisme, une réalité à densité mystique ! Tout comme elle est l’antidote à nos replis, qui ne font que conforter la relégation des croyants dans la sphère privée.

Ne nous leurrons pas, la véritable fidélité aujourd’hui n’est pas dans la défense crispée de pratiques auxquelles nous tenons légitimement mais qui, dans leurs formes traditionnelles, sont en train de s’effondrer.

Elle a à voir plutôt avec une confiance et une générosité qui nous rendent créatifs de nouvelles formes de vie communautaire. Dans une solidarité avec une société remplie d’urgences, qui est le lieu où les chrétiens ont rendez-vous avec Celui dont ils reçoivent leur vie et leur mission .

Monique BAUJARD, doctorante en théologie et
Anne-Marie PELLETIER, bibliste,
dans « La Croix » du 9.11.20