Catégories
Judaïsme Personnalités

Hommage : Jonathan Sacks, le rabbin des nations

Imprimer

Lord Sacks n’est plus, emporté par un cancer, le samedi 7 novembre, à l’âge 72 ans. Ces jours-ci, les hommages se sont succédé, Jonathan Sacks, fils de réfugiés polonais anobli par la reine d’Angleterre, et siégeant à la Chambre des Lords, était un intellectuel de renom dans sa patrie, mais également dans tout le monde anglophone.

Citations

« Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire, chacun d’entre nous, pour pouvoir envisager l’avenir sans peur ? Je crois que oui … Je pense que la façon la plus simple de protéger votre ‘futur moi’ est de renforcer le ‘futur nous’ », annonce-t-il, en glosant sur « ce formidable rite religieux que nous avons créé » : le selfie avec son téléphone portable. « Je pense que les futurs anthropologues concluront que ce que nous vénérons à notre époque, c’est le soi, le moi, le je. »

« Nous avons pensé pouvoir diriger une société libre sur la seule base de l’économie et de la politique. Le problème, c’est que vous ne pouvez pas pour une raison simple : la politique et l’économie sont des domaines de concurrence »,

A ses yeux, si la civilisation occidentale avait pu s’élever dans l’histoire, c’est grâce à sa vision juive du monde, reprise par le christianisme, qui enseigne que « la vie humaine est sacrée, que l’individu ne peut jamais être sacrifié pour la masse, et que les riches et les pauvres, les grands et les petits, sont tous égaux devant Dieu ».

Mais, aujourd’hui, l’Occident n’est plus une culture chrétienne, c’est une culture mue par les médias, et nous sommes dans une des plus honteuses cultures de tous les temps ! C’est ce que font les réseaux sociaux : vous faites une chose de mal, et vous êtes humiliés à vie. Il n’y plus d’espace pour la miséricorde ». Il loue la distinction entre le pécheur et le péché. « Même si une personne pèche, elle reste toutefois intacte, elle peut être pardonnée. La culture de la culpabilité est une culture du pardon. La culture de honte est sans pitié. Lorsque la honte vous domine, vous n’êtes pas loin du suicide. »

Seuls deux de ses livres sont disponibles en français : La dignité de la différence (2002), chez Bayard, et Dieu n’a jamais voulu ça (2018, Albin Michel – 23 euros)

Pierre Jouva – LA VIE, 4 décembre 2020.