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Frei Betto, dominicain brésilien, accuse Bolsonaro de «génocide»

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Le théologien de la libération brésilien Frei Betto accuse de «génocide» le gouvernement du Brésil, en rapport à la façon dont il gère la crise du coronavirus dans le pays. Dans une lettre ouverte, le dominicain estime que le président populiste de droite Jair Bolsonaro a voulu l’hécatombe actuelle.

Pour Frei Betto, Jair Bolsonaro a spéculé sur le fait que la mort des personnes âgées et malades soulagerait le système de retraites et les fonds de l’assurance maladie. «Bolsonaro a toujours été obsédé par la mort», écrit le théologien brésilien. Il rappelle une interview télévisée de 1999 dans laquelle Bolsonaro déclarait : «Les élections ne changeront rien dans ce pays! Malheureusement, cela ne changera que si un jour nous entrons dans une guerre civile ici et faisons le travail que le régime militaire n’a pas fait: tuer 30’000 personnes».

Pas de respect pour la vie humaine

Le président a mené une «politique nécrophile», car il était soucieux de sauver l’économie aux dépens de la vie humaine. Pendant ce temps, les peuples indigènes du Brésil sont «décimés» par les attaques contre leur culture et leur environnement.
Le texte a été relayé par plusieurs médias au Brésil. «S’il-vous-plaît, diffusez le plus largement possible cette nouvelle du crime contre l’humanité», écrit le religieux dominicain. Les responsables de ces actions au Brésil, ainsi que les entrepreneurs et investisseurs impliqués, devraient selon lui être amenés devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève et la Cour internationale de justice de La Haye.

Frei Betto, victime de la dictature

Frei Betto a longtemps été un opposant à la dictature (1964-1985), dont le président fait ouvertement l’éloge. Il a été emprisonné pendant deux ans, dans les années 1970, pour ses opinions. En 2013, l’Unesco l’a honoré pour son engagement en faveur des droits de l’homme et de la justice sociale. (cath.ch/kna/rz)

Les évêques étrillent «l’économie qui tue» de Bolsonaro

Dans une lettre ouverte, 152 évêques du Brésil critiquent durement la politique menée par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro et le gouvernement. Ils fustigent notamment l’inertie de l’État face à la pandémie de coronavirus.

«Nous sommes des évêques de l’Église catholique de diverses régions du Brésil, en profonde communion avec le pape François et son magistère et en pleine communion avec la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), Nous écrivons cette lettre au peuple de Dieu, interpellés que nous sommes par la gravité du moment que nous vivons, sensibles à l’Évangile et à la doctrine sociale de l’Église, et désireux que l’on puisse surmonter cette phase de tant d’incertitudes et de souffrances du peuple».

Un gouvernement «incapable»

Les évêques critiquent également «les discours anti-scientifiques qui tentent de normaliser les souffrances de milliers de morts de la Covid-19», considérant ces décès comme le «fruit du hasard ou une punition divine (…)». Les prélats perçoivent clairement «l’incapacité et l’inhabileté du gouvernement fédéral à affronter cette crise». Les évêques n’hésitent pas à qualifier «d’actes contre la démocratie» certaines mesures ou prises de position du gouvernement de Jair Bolsonaro, notamment dans les domaines de l’éducation, l’usage des armes à feu, ou encore à travers la diffusion de fake news. Pour eux, «la politique de l’actuel gouvernement ne met pas la personne et le bien commun au centre de tout». Au contraire, «elle défend plutôt les intérêts d’une ‘économie qui tue’, centrée sur le marché et le profit à n’importe quel prix».

La lettre divise l’Église

Cette lettre ouverte a créé de profondes dissensions  au sein de l’Église brésilienne. Les critiques de l’action gouvernementale n’ont pas été du goût de l’aile la plus conservatrice de l’institution, qui a d’ailleurs demandé à ce que ce courrier soit soumis à une analyse du Conseil permanent de la CNBB.

(Source : cath.ch/jcg/rz)