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Fête du Corps et du Sang du Christ – Année C – Dimanche 23 juin 2019

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ÉVANGILE DE LUC 9, 11b-17

AU CENTRE DE LA VIE DE L’EGLISE :
L’EUCHARISTIE

En finale de la série des grandes fêtes pascales, l’Eglise célèbre aujourd’hui le don suprême de son Seigneur qui lui a légué son Corps et son Sang. L’Eucharistie est vraiment sa présence qui appelle son peuple à l’adorer dans le tabernacle, à le manifester dans l’ostensoir porté en processions solennelles.

Toutefois l’Eucharistie n’est pas d’abord un objet à contempler mais un Pain à manger, une célébration sous forme de repas. Elle revêt une importance absolument capitale puisqu’elle est l’ultime cadeau offert par son Seigneur, son ordre ultime : « Faites cela en mémoire de moi ». Alors que ses ennemis vont prendre son corps pour le tuer et le mettre au tombeau, Jésus confie à ses disciples qu’en réalité il leur donne son corps en toute conscience afin qu’ils le prennent en eux et en vivent. Son corps charnel va disparaître pour réapparaître dans le corps que les disciples vont former ensemble.

Tout de suite l’Eglise primitive va reconnaître son Seigneur dans la fraction du pain et toute nouvelle communauté se constituera autour de la célébration de l’Eucharistie.

Or depuis quelques dizaines d’années, dans les pays occidentaux, nous assistons à une chute sinon à un effondrement spectaculaire de la pratique dominicale. Dans des régions où la majorité de la population allait à la messe le dimanche, les prêtres manquent, les jeunes sont absents et les assemblées se réduisent à une pincée de personnes âgées. L’Eglise qui tenait une telle place semble peu à peu disparaître.

La société moderne avec sa pression sur les besoins à assouvir, la course aux plaisirs et le culte de l’argent réussit à réaliser, avec douceur, ce que le communisme avait entrepris avec violence. Elle semble même plus efficace.

Que faire ? Nous ne pouvons nous contenter de nous plaindre, de brandir des obligations, de maudire notre monde, de critiquer les jeunes, de fulminer des menaces, d’attendre passivement un changement. Toute crise est une secousse qui éveille et qui peut provoquer la réflexion. Et si nous nous demandions comment se déroulent nos messes ?

Partons d’un principe : l’Eucharistie est un repas communautaire, et un repas symbolique c.à.d. qui porte une signification dans tous ses éléments.

Son moment est important. Jésus a fondé l’Eucharistie « la nuit où il fut livré » (1 Cor 11, 23) mais tout de suite les disciples l’ont célébrée, « le premier jour de la semaine », le jour où Jésus est apparu ressuscité. Le repas est mémoire du don jusqu’à la mort et de la victoire de l’amour sur la mort.

La messe est essentiellement passage, pâque : passage de Jésus à Seigneur, de mort à vie, de péché à pardon, de séparations en communion, d’une semaine à l’autre. Le week-end est une invention païenne. La messe marque la « re-création » d’une nouvelle étape du temps, elle nous renouvelle, elle est exode, elle nous fait sortir du vieux pour entrer dans le tout neuf.

Elle est fête (la dernière Cène a eu lieu dans une chambre garnie). Quelle horreur quand elle devient une routine expédiée en hâte par des gens décidés à rester peinards sur leur chaise.

La facilité des transports, la passion des divertissements et le refus très moderne d’être dérangé ont habitué beaucoup de chrétiens à choisir leur lieu de culte selon leurs désirs et leurs agendas. On va ici puis là, à l’heure qui plaît, si bien que la paroisse se réduit aux vieux qui n’ont pas d’autre alternative.
Or quel est le but de la Croix, pourquoi Jésus a-t-il donné sa vie, pourquoi a-t-il inventé l’Eucharistie ? Pour montrer que nous n’étions pas condamnés à l’indifférence, aux disputes et aux guerres. Pour manifester que partout sur terre, des voisins que tout sépare (niveau social, professions, options politiques, pays, âge, sexe, fortune…) pouvaient se retrouver, chanter de concert leur même foi, partager ensemble la même nourriture, expérimenter qu’ils sont frères et sœurs en Christ. Non par piété hypocrite mais de façon très réelle, réaliste.

« Voyez comme ils s’aiment » disaient les païens suffoqués de voir que des personnes différentes en tout pouvaient être UN ! Comment était-ce possible ?

Bouleversés par cet amour qui pardonnait leurs fautes, balayait leurs préjugés, enjambait toute frontière, les premiers chrétiens apprenaient à vivre ensemble dans la complémentarité de leurs différences. Et tout commençait par l’accueil réciproque. Un jeune m’a raconté : «L’autre dimanche, je suis allé à la messe. Personne ne m’a salué. Chacun dans son coin tirait une mine morose. Et personne ne m’a dit au-revoir. Comment voulez-vous que j’aie envie d’y retourner ? »

1ère PARTIE : L’ENSEIGNEMENT ET L’ECOUTE

On ne vient pas à la messe pour s’enfermer dans une prière personnelle ou goûter une sensation de sacré grâce au faste des rites ou à la beauté de l’architecture. Si le Christ nous appelle, c’est évidemment pour nous parler, pour faire ce qu’il a fait pendant des années en circulant dans les villes de Galilée. Il faut apprendre aux gens à vivre. Dans la cacophonie des médias qui nous abêtissent et des menteurs qui nous égarent, où donc entendre une parole de Vérité ? Les prophètes bibliques et les Evangiles ne nous évadent pas dans un autre monde. Jésus débusque nos péchés mais c’est pour les pardonner ; il dénonce notre mauvaise conduite mais c’est pour la rectifier ; il nous extrait de notre désespoir pour nous rendre un avenir ; il nous assure que l’impossible, avec lui, devient possible.

Mais pour réaliser cela, il faudrait, je crois, procéder à des changements. En général, les lectures de la bible restent incompréhensibles et le prédicateur ne parvient pas à montrer comment ces textes éclairent notre comportement aujourd’hui. Une réforme est urgente. La messe doit être intéressante.

Dans toute réception, il y a dialogue. Donc l’assemblée qui a bien écouté son Seigneur, en retour s’exprime. Puisqu’elle dans la joie d’avoir entendu une Bonne Nouvelle, elle chante : certes il ya des voix pas très justes mais on n’est pas là pour écouter des concertistes mais pour chanter ensemble. Ensuite l’assemblée, ressuscitée par la Parole de Vie, se met debout et répond à son Seigneur en proclamant sa FOI. Ensuite elle prend conscience qu’elle est un peuple privilégié mais qui a mission pour le monde, qui pense à tous les malheureux, au tragique de l’existence de beaucoup, et d’une même voix, elle intercède, elle lance des intentions de prière, elle exprime son ESPERANCE du salut de tous.

Et parce que la foi est victoire sur l’égoïsme et devoir de partage, on procède à la quête. Non pour récolter quelques piécettes mais pour montrer que l’on a compris l’évangile et que l’on se veut membre d’une Eglise qui imite son Seigneur en soignant malades et pauvres.

2ème PARTIE : PARTAGE DU PAIN ET DU VIN.

Instruite par la Parole, amenée à la conviction de « foi – espérance – charité », l’assemblée est prête à partager la présence de son Seigneur dans son acte de donation totale d’amour : « Prenez, mangez, buvez ». Ce don n’est pas récompense mais assimilation totale : l’Eglise devient Corps du Christ, manifestation du Messie pour aujourd’hui, chargée de prolonger la mission de salut des hommes.

Tout est accompli et ne peut aboutir à une fuite en toutes directions mais à une répartition des tâches. « Missa est » : allez en mission. La paroisse exprime ses besoins urgents, sollicite les bonnes volontés, propose des activités : prière, catéchèse, soins…

CONCLUSION

Restituée à sa vérité, la messe n’est plus une habitude pieuse mais apparaît dans son dynamisme. C’est le Christ lui-même qui l’a voulue : sa présence réelle doit devenir présence réelle de l’Eglise son Corps, son Epouse.

Car que voulons-nous ? Le pardon des fautes, la réconciliation entre nous, la richesse des différences, la paix, un monde qui comprend que le bonheur n’est pas dans l’accumulation et la destruction mais dans la joie d’un repas frugal. La messe débouche en plein cœur de nos vies, dans le social et l’écologie. Dieu est là. Nous sommes avec Lui.

Frère Raphaël Devillers, dominicain