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Fête de l’Ascension – Année C – Jeudi 30 mai 2019 – Évangile de Luc 24, 46-53

Incroyable aventure de cet homme, Jésus, ancien charpentier de Nazareth en Galilée, exécuté en 30 à Jérusalem.
Vers l’an 50, dans la ville macédonienne de Philippes, la petite communauté fondée par l’apôtre Paul chante une hymne à sa gloire et il leur rappelle que ce chant doit inspirer leur façon de vivre : « S’il y a un appel en Christ, une communion dans l’Esprit, alors comblez ma joie en vivant en plein accord ; Que chacun ne regarde pas à soi seulement mais aussi aux autres. Comportez-vous entre vous comme on le fait en Jésus-Christ, lui qui de condition divine, s’est dépouillé… »

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ÉVANGILE DE LUC 24, 46-53

LA GRANDE FÊTE DE L’ESPÉRANCE

40 jours avant la fête de Pâques, l’Eglise, que cela nous plaise ou non, nous rappelait notre condition : « Souviens-toi, homme, que tu es mortel et que tu descendras dans la poussière.»

Aujourd’hui, 40 jours après Pâques, l’Eglise proclame avec la même assurance : « Un homme est mort. Mais il est monté près de Dieu son Père. Il est Seigneur du monde ».

Au centre de cette période de 80 jours : une croix ensanglantée et une tombe vide.

De la mort à la Vie : ce trajet a changé l’histoire du monde.

CE QU’EST L’ASCENSION

Evidemment l’Ascension de Jésus n’a rien de commun avec le décollage d’une navette spatiale. Lorsqu’un cosmonaute s’envole dans le ciel, il demeure dans le même espace que nous, enfermé dans une humanité identique. Extraordinaires sont les exploits spatiaux réalisés grâce à nos sciences et nos technologies, mais on sait qu’ils sont motivés par la recherche de puissance, exacerbés par une rivalité farouche entre Etats, prometteurs de découvertes sensationnelles mais aussi lourds de menaces. Là-haut les hommes vont transporter leur orgueil, leurs hostilités, leurs convoitises et aussi leurs désespoirs. La guerre des étoiles aura-t-elle lieu ? A quoi bon aller sur la lune si c’est pour s’y suicider ? disait André Malraux.

Jésus est « monté au ciel » au sens symbolique : il est passé dans la sphère transcendante que nous ne pouvons imaginer, que nous disons l’infini, qui est au-dessus de nous, qui nous englobe, et que nous appelons Dieu.

L’Ascension nous interdit d’imaginer la Résurrection comme un simple prolongement de la vie terrestre, comme si Jésus était simplement devenu un plasma invisible.
Elle nous affirme que Jésus est devenu Seigneur, comme Dieu son Père.

Il y a toujours eu dans l’humanité des aspirations à se dégager des pesanteurs de la matière pour répondre aux mystérieuses aspirations de notre cœur.

Les drogues et autres hallucinogènes ont pu faire croire à la possibilité de planer dans des mondes plus légers où l’on se croit libéré des soucis, des peurs, des angoisses. Las, cet envol dans les paradis artificiels conduit ses adeptes à une rechute douloureuse et au terrible esclavage des addictions impitoyables.

D’autres ont cherché des évasions plus fines et ont inventé des techniques de postures, de respiration, d’alimentation afin de maîtriser leurs bas instincts, dépasser l’illusion d’un monde changeant, parvenir à la maîtrise des pensées, à la régularité du souffle, au vide de la tête. Par leurs méthodes et leur discipline, ces spiritualités promettent une élévation mystique. Mais l’homme peut-il faire sa statue ?

Plutôt que d’essayer de comprendre comment l’Ascension de Jésus a eu lieu, il importe de méditer pourquoi elle a eu lieu.

LA MONTEE DE JESUS EST FRUIT D’UNE DESCENTE

La lecture de l’Evangile déçoit les beaux esprits en quête de phénomènes extravagants, d’extases mystérieuses. Jésus, le Fils de Dieu, descend au cœur de l’humanité enserrée dans les contraintes de l’espace-temps. Il naît d’une femme, grandit dans une famille pauvre d’un village misérable. Il doit travailler, manier des outils, peiner pour gagner sa vie. Rien ne le distingue de ses voisins.

Il prie beaucoup mais rien n’est précisé. Aucune auréole ne récompense sa méditation, aucune piété ne change ses apparences. Il apprend ses disciples à prier mais sans leur donner de méthodes. Pas d’ascèse, pas d’envols, pas de procédés de concentration.

Il descend plus encore : il se fait serviteur des autres, court pour répondre à leurs appels, lave les pieds des disciples.
Il est entraîné dans une horrible descente : arrestation, gifles, déshabillage, injures, comparution devant les juges, condamné, portant la croix puis cloué sur elle dans d’atroces souffrances, mort, descendu, glissé dans une tombe, abandonné de tous. Il est le très bas.

Avec lui la spiritualité change radicalement de sens : il ne s’agit plus de quitter le monde mais d’y rester, de mépriser la matière mais d’en vivre à fond les servitudes, de fuir les foules mais d’y plonger, de s’enfoncer dans la solitude mais de vivre au cœur du peuple, de chercher de nouveaux états de conscience mais de se laisser guider par la volonté d’aimer.

Aimer les malades, les exclus, les pauvres, les hommes, les femmes, les enfants. La spiritualité revient à aimer et aimer c’est descendre et même se faire descendre par des hommes qui veulent votre mort.

Parce qu’il a accepté d’aller tout en-dessous, son Père va le hisser tout au-dessus. Parce qu’il a été serviteur, il sera Seigneur.

CONSEQUENCES DE L’ASCENSION – LA NEUVAINE AU SAINT-ESPRIT

Les disciples, témoins de l’Ascension, demeuraient le nez en l’air quand des envoyés de Dieu leur ont dit de ne pas rester figés de la sorte : « Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Ils regagnèrent Jérusalem, montèrent dans la chambre à l’étage. Tous les apôtres, unanimes, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie, la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus » (Actes 1, 11)

L’Ascension de Jésus ne fait pas du monde une salle d’attente et elle donne sens à l’histoire : désormais l’Eglise est chargée de l’orienter vers son retour en Gloire en proclamant l’Evangile et en apprenant aux hommes à vivre selon les enseignements de Jésus.
Tâche gigantesque, confiée à une poignée de gens du peuple, sans ressources. Tâche impossible à réaliser sans une force divine, sans l’Esprit de Dieu. Les disciples sont incapables de monter au ciel mais ils peuvent monter à l’étage, dans un endroit paisible pour prier.

Ainsi de même aujourd’hui la fête de l’Ascension nous ouvre à une NEUVAINE AU SAINT ESPRIT. Quelles en sont les caractéristiques ?

Etre persuadé que le Ressuscité – Glorifié est l’unique Seigneur de l’univers. Et que la tâche essentielle est de proposer au monde d’accueillir son Evangile pour l’orienter vers son retour.
La neuvaine n’est pas un exercice privé mais communautaire. On prie non pour s’’améliorer comme chrétien mais pour pouvoir travailler à la mission.

« Unanimes », hommes et femmes sont à égalité pour commencer une société débarrassée de ses disjonctions.

La communauté priante s’ouvre à la présence de Marie. Elle apprend ce que Marie a vécu la première. Les priants du cénacle perçoivent l’itinéraire qu’ils auront eux-mêmes à parcourir.

CONCLUSION

L’Ascension donne un but à une histoire qui sans cela est absurde, tentant de combler son vide par une jouissance effrénée des choses dans le présent ou s’angoissant devant un avenir lourd de menaces.

Elle nous donne le seul vrai Seigneur et nous libère ainsi de l’esclavage des idoles.

Elle nous prouve que l’itinéraire du Christ est le seul chemin pour opérer sa pâque, son passage.

Elle ne nous fige pas dans une contemplation stérile mais nous prépare à notre tâche essentielle : apporter la Bonne Nouvelle.

Elle nous rappelle qu’avant de vouloir changer le monde, il importe au préalable de se retirer dans la prière communautaire.

Pas de saut sans prise d’élan. Pas de Parole efficace sans Souffle.

Frère Raphaël Devillers, dominicain