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CHRISTINE MAHY : VIOLENCE CONTRE LES PAUVRES

Christine Mahy est assistante sociale. Dès le départ sa préoccupation fut de favoriser l’accès à la culture du plus grand nombre. La démocratisation culturelle par l’éducation permanente est son credo. Devient présidente du « Réseau wallon de lutte contre la pauvreté ». Plusieurs prix. En 2012, élevée au rang de Chevalier du Mérite intellectuel. Reçue Docteur Honoris Causa de l’Université de Liège ce 20 septembre 2018 avec le Docteur D. MUKWEGE et Mr Hassan JARFI. Voici le texte de son intervention…sans le papier qu’elle avait égaré ! (d’après les sites de RWLP et Univ. Liège)

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Je voudrais évidemment remercier Monsieur le Recteur et toutes les personnes qui ont fait le choix , à travers moi, de décider d’identifier que les conséquences d’un certain nombre de choix engendrent de la pauvreté et que c’ est une violence ; qu’effectivement les populations qui vivent dans le trop peu de droits , dans le trop peu de droit au logement, dans le trop peu de droit à l’emploi, dans le trop peu de droit à la santé, de trop peu de droit à une école qui réussit avec tous, de trop peu de droit à la culture subissent au quotidien une violence.

LES VIOLENCES CONTRE LES PAUVRES

Une violence qui se traduit comment ? Qui se traduit par le fait que le potentiel que chacun a en lui et que chacun peut cultiver à travers le milieu qu’il fréquente, que chacun peut cultiver dans l’école, le quartier, dans l’environnement dans lequel il vit, ce potentiel quand il est dans le trop peu de tout, il est obligé de le manger pour survivre.
Et donc, non seulement, il y a une violence de privation des droits mais il y a aussi l’obligation de vider son potentiel à exclusivement gérer les banalités du quotidien : se chauffer, se déplacer, se loger etc… Et ça c’est terrible, c’est une violence ultime qui est terrible pour l’individu, qui est aussi terrible pour la collectivité dans laquelle il existe mais qui est terrible même pour le développement d’une région parce que effectivement quand toute l’énergie, toutes les pensées, tout le stress, toutes les heures doivent être consacrées à cela, eh bien c’est de la perte collective au-delà de la souffrance, de la douleur individuelle et de l’impossibilité à se réaliser.

… Ces personnes se vivent comme un reproche éternel…pointées du doigt comme ne faisant jamais les bons efforts, aux bons endroits, de la bonne façon …et donc ne trouveraient pas les bonnes portes. Elles doivent donc subir la seconde couche de la violence, qui est cette violence extrêmement intense, extrêmement brutale de se dire : « Et en plus je suis à côté de la plaque, et en plus je suis peut-être une pièce rapportée, et en plus je suis un encombrant … »

Et en plus on leur fait passer le message qu’elles coûtent à la collectivité parce que contraintes par le trop peu dans lequel elles sont, il faut qu’elles se rendent vers les services et on retourne évidemment contre elles le fait qu’elles se plairaient dans ces services, qu’elles se plairaient dans cette dépendance, d’aller chercher des colis alimentaires, un revenu d’intégration sociale, une allocation pour quelque chose, une réduction pour autre chose : c’est encore une couche de violence qui s’additionne.

Alors, comment ne pas se vivre plus comme un objet d’une société que comme un sujet de droit d’une société ?

APPEL AU MONDE ACADEMIQUE

C’est pour cela que je remercie l’ Université , c’est de marquer ce point d’attention sur le fait que oui, c’est une violence et c’est une violence faite à l’individu, faite à l’individu dans son environnement, faite à l’entièreté de la collectivité.

C’est pour cela que j’ai beaucoup d’humilité mais aussi de la fierté qu’aujourd’hui le « Réseau wallon de lutte contre la pauvreté », à travers moi, mais aussi toutes les associations qui œuvrent dans cette direction soient associées à Monsieur Jarfi et à Monsieur Mukwenge parce que ce sont des violences communes.

Je voudrais aussi remercier l’université parce qu’à travers moi ce sont vraiment les personnes qui vivent ces conditions-là qui sont remerciées.

Finalement moi j’ai un trajet nourri de qui ? En fait de ces personnes-là. Depuis toujours j’ai travaillé sur le terrain, c’est vrai que peut-être la qualité que j’ai c’est d’avoir écouté, entendu … Mais la capacité que j’ai de porter la parole au nom d’une collectivité (quand ce ne sont pas eux qui la prennent et heureusement ils la prennent souvent), elle me vient d’eux, de leur force, de leur combativité, de comment ils ont envie d’analyser, comment ils ont envie de mettre le doigt sur les choses.

Le titre que vous me remettez aujourd’hui, finalement, c’est une reconnaissance de l’expertise, de la compétence des gens de la rue, de la pauvreté etc…Et cette expertise elle est trop souvent oubliée. Elle est souvent étudiée, analysée dans une étude, une recherche, une enquête ; on va chercher un échantillon de familles monoparentales, de personnes seules, de personnes de la rue …Mais elle est rarement invitée au débat à partir de ce qu’elle est, de ce qu’elle va déterminer comme critère pour pouvoir être entendue.

Et moi c’est comme cela que je l’entends aujourd’hui. C’est pour cela que je remercie pour cette reconnaissance-là et puis je remercie aussi parce que je pense que c’est un merci qui doit aller vers tous les acteurs de l’éducation permanente, vers le processus d’éducation permanente.

Et j’espère que c’est une invitation à une intensification à relier la population , l’éducation permanente, le monde académique sans hiérarchie en partant de l’un ou de l’autre indifféremment et sans se dire que le savoir ultime est à un endroit plutôt qu’à un autre.

Cela c’est une réflexion qu’il faut avoir dans le monde académique et peut-être que si j’ai oublié mon papier dans mon sac, peut-être que si j’ai été troublée, c’est parce que je fais partie des gens qui ont fait des études d’Assistante sociale mais dont les parents rêvaient que je vienne à l’université et moi j’ai fermé l’université dans ma tête, je faisais partie de ceux pour qui ce n’était déjà plus ça. Ils en ont souffert, je pense, parce qu’ils auraient souhaité, ils espéraient que dans leurs quatre filles l’une d’entre elles ferait l’université.

Je pense que l’on doit réfléchir à cela : le titre que vous me remettez ici aujourd’hui, c’est pour moi une main tendue à réfléchir encore plus et mieux comment, dans le corps académique, dans l’université, on va porter fortement la réduction des inégalités.

Sur le plan financier mais aussi sur le plan des codes culturels qui permettent d’y accéder, se demander comment il se fait qu’il y a aussi peu de métissage. Comment il se fait qu’un enfant issu d’un milieu ouvrier, ou d’origine étrangère ou de la pauvreté, et qui souhaiterait accéder à l’université, n’y arrivera pas et comment on peut remédier à cela ? Comment on peut donner l’opportunité à cela ? C’est important, je pense qu’il faut y réfléchir.

Je vis tout cela aujourd’hui comme une invitation à faire un pas plus loin avec les gens, avec la population, avec vous, donc avec les alliés qui pensent que, sans réduction des inégalités, on va droit dans le mur, on va droit dans le mur pour tout le monde.

Parce que s’intéresser à la réduction des inégalités c’est s’intéresser de façon systémique à l’ensemble de la société, autant aux personnes qui sont riches, qui sont aisées qu’à celles qui possèdent peu, puisque c’est vouloir rétablir un équilibre pour finalement potentialiser chaque humain qui existe dans notre société pour que l’on construise ensemble.

Voilà, je vous remercie pour tout cela.

Christine Mahy
Secrétaire Générale du RWLP
Docteur Honoris causa de l’ULG
Le 20/09/2018

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