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6ème dimanche de Pâques – Année C – 22 mai 2022 – Évangile de Jean 14, 23-29

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Évangile de Jean 14, 23-29

Croire nous consol-id-e

Le temps pascal – les 5O jours entre Pâques et Pentecôte – est propice à la méditation des chapitres 13 à 17 de l’évangile de Jean. A la veille de son arrestation et de sa mort, à ses disciples qui, comme le peuple, attendaient le triomphe messianique sur les ennemis, la guérison des malheurs, le châtiment des mauvais, Jésus apprend que tout va dérouler autrement. Évidemment ce texte a été écrit bien des années plus tard lorsque les églises ont fait l’expérience de la vérité de cette révélation.

Donc en cette nuit ultime, Jésus montre qu’il aime ses disciples au maximum, jusqu’au bout : ainsi il leur lave les pieds et leur prescrit de se faire les serviteurs les uns des autres, de se pardonner, de communier au partage de son Pain et de s’aimer « comme il les a aimés ». Là-dessus il leur annonce son départ imminent et alors qu’un traitre quitte la salle, il prévient que leur chef, Pierre, le reniera(chap. 13).

En encaissant cette révélation, les disciples sont sidérés sinon effondrés : toutes leurs conceptions volent en éclats. C’est pourquoi le Seigneur poursuit d’abord par un « discours de réconfort » (chap. 14) où il leur répète avec insistance que la solution est unique : « Vous croyez en Dieu : croyez aussi en moi » (14, 1). La foi n’est pas une impression, un sentiment, un héritage familial, une habitude : elle est acte, donation de soi à Dieu le Père et, de manière aussi absolue, à son Fils Jésus. Elle est confiance, décision de vivre en pratiquant ce que Jésus fait et dit dans l’évangile.

Cette confiance s’appuie d’abord sur la première promesse : « Je vais vous préparer une place dans la maison du Père : je reviendrai vous prendre et vous serez avec moi ». Croire offre l’espérance : en dépit de ses faiblesses, le disciple est certain que, s’il aime, son Seigneur l’emportera dans la maison de l’éternité.

La liturgie aujourd’hui saute un passage et elle poursuit avec les versets 23 -29.

Le croyant : Demeure du Père et du Fils

Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer chez lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé.

Croire doit toujours se tester sur la pratique, ou non, de l’amour mutuel ordonné par Jésus dans l’Évangile. Il faut résister à l’usure du temps, au ronronnement rituel, à la contagion du milieu indifférent. La foi n’est pas une inscription définitive, elle n’installe pas sur un tapis roulant conduisant au ciel. Mais si elle progresse dans l’amour vécu, elle permettra une merveille : rendre présente l’espérance future. C’est maintenant, tout de suite, que les personnes du Père et du Fils viendront accomplir l’amour qui est de demeurer l’un dans l’autre. Alors l’amour n’est plus obéissance à un ordre mais jouissance de la présence divine. Le croyant est tabernacle. Le ciel est déjà commencé. L’avenir est certain, le présent est divinisé.

Promesse du don de l’Esprit-Saint

Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous : mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout, et il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.

C’est la 2ème des 5 promesses du don de l’Esprit qui émaillent le grand discours d’adieu. Dès le début la Bible parlait d’un Dieu unique, qui crée par sa Parole, et dont l’Esprit plane sur la création pour la faire subsister. Cette Révélation première avait toujours suscité la réflexion des prophètes : cette Parole viendrait et le don de l’Esprit aux croyants leur permettrait d’accomplir la Loi (Jér 31, Ez 36…).

Jean, le seul, appelle cet Esprit d’un mot qui en grec désigne un avocat (para-klètos), quelqu’un qui est envoyé près d’un condamné pour le défendre. Je n’ai rien écrit, assure Jésus, mais l’Esprit viendra en vous : il vous permettra de vous souvenir de tout ce que j’ai dit et fait et d’en saisir la profondeur qui à présent vous échappe encore. Il vous soufflera la force de répondre aux critiques.

Jean donne deux exemples. Lorsque Jésus chasse les animaux de l’esplanade, il lance : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ». Personne ne comprend mais plus tard Jean explique : « Il parlait du temple de son corps » : aussi quand Jésus se releva d’entre les morts , ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi et ils crurent à l’Écriture et à sa parole » (2, 19).

De même lors de l’entrée des Rameaux, Jésus a voulu être assis sur un ânon. « Les disciples ne comprirent pas mais lorsque Jésus eût été glorifié, ils se souvinrent qu’un prophète avait dit : « Ne crains pas, Jérusalem, voici que ton roi vient, monté sur le petit d’une ânesse »(12, 12).

Persévérer dans la foi n’est possible qu’avec la lumière de. l’Esprit qui illumine le coeur du croyant pour l’aider à se remémorer l’évangile et à comprendre l’unité des Écritures. C’est pourquoi un gros effort est aujourd’hui nécessaire pour réactiver la liturgie de la Parole : convaincre de l’importance de l’écoute, aider à réfléchir, pousser à l’étude. L’ignorance des Écritures est, chez beaucoup de catholiques abyssale. Savez-vous que partout dans le monde, des maisons d’étude juives restent ouvertes 24 h sur 24 avec des élèves qui sans arrêt étudient la Torah. Tout disciple doit posséder les Écritures et les lire. La foi s’apprend. L’Esprit souffle : encore faut-il lui tendre les voiles de notre désir. Et il nous fera comprendre ce qui nous laissait d’abord perplexes.

Le don de la Paix messianique …

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés.

Au sens ordinaire, la paix entend l’absence des conflits, la tranquillité dans le milieu, la bonne santé corporelle, la bonne marche des affaires. « Shalôm » : la paix que le Messie Jésus donne ne se limite pas à ces conditions, et paradoxalement, elle est même compatible avec leur contraire. Toutes les premières générations chrétiennes traversèrent des périodes difficiles et même dangereuses de persécutions. Ensuite les biographies d’un grand nombre de Saints racontent combien ils ont dû supporter des épreuves : maladies, critiques, incompréhensions même de la part de leur milieu chrétien. Et cependant ils témoignent d’une étonnante paix intérieure. « Croire » permet à leur « coeur », c.à.d. à leur personnalité profonde, de demeurer dans la confiance.

Et l’exhortation du Seigneur se termine comme elle avait commencé (procédé appelé « inclusion ») : la disparition du maître les bouleverse mais son retour, la venue du Père et du Fils en eux et le don de l’Esprit leur donneront l’assurance.

… et de Joie

Vous avez entendu ce que je vous ai dit : « Je m’en vais et je reviens vers vous ». Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie, puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.

Naturellement l’annonce du départ – donc de la mort – de Jésus ne pouvait qu’écraser les disciples, mais maintenant qu’ils connaissent la suite – son passage dans la gloire du Père et sa demeure en nous – , ils peuvent, et doivent, exulter de joie.

La fin de la phrase surprend puisque tout l’évangile répète que le Fils partage la même gloire que son Père. Mais, au moment où il va être arrêté, maltraité, bafoué, condamné et exécuté, Jésus n’apparaît que comme un pauvre homme livré à ses bourreaux. Mais sa chute dans la mort deviendra une montée vers la Gloire de son Père.

Je vous ai dit ces choses maintenant avant qu’elles n’arrivent : ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez.

Les disciples ont compris que leur maître n’a pas été la victime d’un complot tramé dans l’ombre mais qu’il accomplissait le dessein de son Père. On a cru le prendre : il s’est livré. Et si quelquefois il a annoncé aux disciples ce qui allait lui arriver, c’est pour que, plus tard, ils croient en lui.

Donc la grande condition pour être un disciple « consolé », c.à.d. assuré, « consolidé », confiant, est de « croire » : le verbe est répété 7 fois dans ce chapitre 14. (pas le nom « foi » car croire est un acte et non un état). On n’a pas la foi et on ne la perd pas : on parle et on agit, oui ou non, selon les paroles de Jésus.

Conclusion

Belle lecture à méditer en ce temps où les communautés se délitent, où la foi est remise en question. Il y a nécessité de chrétiens « consolés » non de façon factice par des divertissements et des vacances mais par ces paroles solides, consistantes qui nous ancrent dans un « croire » tendu par une espérance infaillible et vécu dans l’amour mutuel. La société est branlante, ses promesses tanguent, son avenir est vide.

On attend des croyants consolidés qui, par conséquent, peuvent consoler, réconforter les hommes dans leur détresse.

Fr Raphael Devillers, dominicain.