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6ème Dimanche de Pâques – Année A – 17 mai 2020 – Évangile de Jean 14, 15-21

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Évangile de Jean 14, 15-21

Si vous m’aimez : La paix

L’évangile d’aujourd’hui est la suite directe de celui de dimanche passé : c’est la première partie du grand discours d’adieu de Jésus à ses disciples consacré à les guérir de leur panique et à les établir dans une confiance inébranlable. Un seul moyen : « Croyez en moi comme vous croyez en Dieu ». Donc ne lisons pas cet enseignement comme une information mais comme la base à adopter pour trouver la paix.

Surprenant : la liturgie a sauté les versets intermédiaires 13-14. Or justement ils donnent la raison pour laquelle les disciples, selon la promesse de Jésus, pourront accomplir les mêmes œuvres que lui : la prière.

La Prière

13 – 14 : Tout ce que vous demanderez en mon Nom, je le ferai de sorte que le Père sera glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon Nom, je le ferai.

Voilà la raison pour laquelle les prières liturgiques se terminent toujours par : « Par Jésus-Christ, ton Fils, Notre Seigneur …». L’Eglise s’adresse au Père par la médiation de son Fils : il ne s’agit pas d’une simple formule conclusive mais d’un appui tout à fait réel. Cela signifie :

  • que nous n’avons aucun mérite qui exigerait notre exaucement
  • que nos demandes ne sont acceptables que si elles concourent à la gloire du Père et du Fils
  • et enfin que nos prières peuvent s’adresser autant au Père qu’au Fils.

Ce thème de la prière est tellement important qu’il reviendra plusieurs fois dans la suite du discours.

1ère Promesse de l’Esprit-Saint

« Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements. Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre « Paraclet » qui sera pour toujours avec vous. C’est l’Esprit de Vérité que le monde est incapable de recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous ».

Jésus va disparaître aux yeux de tous mais, à ses disciples, il fait la grande promesse du don de l’Esprit. Il l’explicitera à cinq reprises : c’est dire sa valeur essentielle. Etre chrétien, c’est recevoir l’Esprit.

Méditons tous les détails du texte.

D’abord il faut que les disciples développent leur amour de Jésus et ce ne peut être que librement : « Si … ». Ils ne pourront le faire que d’une façon : par leurs actes. Aimer Jésus, n’est pas une déclaration pieuse mais la décision ferme d’étudier ce qu’il a commandé (l’Evangile) et l’engagement d’y obéir. L’amour vrai est pratique.

Cette fidélité du disciple provoquera la prière de Jésus à son Père et celui-ci donnera son Esprit. Mentionné dès le début de la Genèse, l’Esprit est le souffle dynamique, la force de Dieu qui crée et recrée.

L’Esprit ici porte plusieurs noms : « Paraclet » désigne l’ « avocat », celui qui est appelé pour se tenir à côté du prévenu (ad-vocatus) afin de défendre sa cause, le réconforter. Il est « l’autre » ce qui veut dire que Jésus, pendant sa vie terrestre, a été le premier paraclet, le défenseur qui a toujours protégé les siens. Qu’ils ne s’inquiètent donc nullement : ils ont l’impression d’avoir perdu leur maître : maintenant ils vont avoir un Défenseur intérieur.

Il est aussi « l’Esprit de Vérité » qui mettra en garde les disciples contre les illusions mensongères, qui les gardera dans la Lumière de la Manifestation de Dieu en Jésus.

Remarquons la progression des prépositions utilisées avec finesse : l’Esprit sera « à côté de vous » (para-clet) ; il sera toujours « avec vous » ; il demeure « près de vous » ; il sera « en vous ». La succession montre le processus insensible de l’intériorisation. Plus le disciple observe les commandements de Jésus, plus la force de l’Esprit l’envahit, l’imprègne, le soutient.

Enfin on comprend pourquoi le monde – c.à.d. ceux qui refusent l’Evangile et Jésus – ne comprend rien à cela. Il parlera bien mystique, spiritualité, développement personnel, maîtrise du souffle, ascèse, etc…mais l’Esprit-Saint du Père et du Fils n’est pas le fruit de nos prestations.

Venue de Jésus

Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens vers vous. Encore un peu, le monde ne me verra plus mais vous, vous me verrez moi, et que je vis et que vous vivez aussi.
En ce jour-là, vous reconnaîtrez, vous, que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous.

Dans quelques heures, Jésus va mourir sur la croix du Golgotha et il aura pour toujours disparu aux yeux du monde. On peut certes aujourd’hui encore admirer la hauteur de son message et le courage de son témoignage mais il reste une grande figure disparue.

Ses disciples, eux, d’abord épouvantés par son exécution et effondrés par sa disparition, vont très vite être métamorphosés et ils vont publiquement assurer qu’ils l’ont vu vivant. Témoignage ridicule et irrecevable pour beaucoup, affirmation dangereuse puisque d’une part elle accusait le grand tribunal du sanhédrin d’erreur judiciaire et d’autre part elle éveillait la méfiance de l’occupant romain soupçonnant un regain de l’espérance nationaliste juive.

Seuls quelques-uns auront des apparitions. . « Voir le ressuscité » : les mots achoppent. Comment parler d’un être qui a traversé la mort et n’obéit plus à nos conditions ordinaires terrestres ? Mais les premiers témoins sont formels : Jésus leur est apparu, il est vivant.

Par la suite la « vision » sera intérieure. On peut même le dire d’une manière beaucoup plus profonde qu’avant : Il est le Fils vivant du Père. Donc en l’accueillant, le disciple sait qu’il vit lui-même.

En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous.

De Jean à Paul, d’Augustin à Bernard, de Thomas d’Aquin à Thérèse de Lisieux, tous, dans leur recherche de vérité, parviennent à cette certitude.

Par la croix et la résurrection, Jésus a accompli le projet de l’amour : réaliser la communion. Non la fusion, la perte dans le grand Tout. Mais l’union de l’un avec l’autre.

De l’un dans l’autre, de l’autre dans l’un. Fils dans le Père, Père dans le Fils, Fils dans les disciples, disciples un dans le Fils.

Le disciple n’est pas un élève. La foi n’est pas une morale mais une mystique. Et celle-ci ne se confond pas avec des phénomènes étranges, des visions, des miracles, des transes. Elle se vit dans l’ordinaire des jours et la médiocrité de nos idées.

Aimer = vivre selon l’Evangile

Celui qui a mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père. Moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai moi-même à lui.

La fin revient sur l’affirmation initiale et nous met en garde contre les illusions. Il ne suffit pas d’être baptisé, de porter un crucifix, de suivre des cérémonies. La foi est une manière de vivre et sa source est l’Evangile. Il faut encore et sans cesse chercher à penser, parler, décider, agir en accord avec ce que Jésus a clairement dit. Sans obsession ni scrupule, sans se limiter à être en règle, sans s’étonner de ne pas y arriver toujours, sans désespérer de ses manquements. Tout commandement est assorti de la certitude du pardon. Mais cela n’autorise pas à édulcorer les exigences.

Ne voit-on pas, dans les récits évangéliques, les difficultés, les faiblesses, la lâcheté des apôtres ? Néanmoins Jésus les garde près de lui, il comprend leur peine à croire vraiment en lui, il leur pardonne sans se lasser. Il les aime sans conditions.
A travers ce combat, le disciple finalement se sait aimé : il est « manifeste » pour lui que Jésus n’est pas un mythe mais quelqu’un qui vit avec lui et qui l’aime. Il ne sent pas. Il sait.

Fin du chapitre

La lecture du jour s’arrête ici : il nous reste à lire la fin du chapitre, les versets 22 à 31, avec la 2ème promesse de l’Esprit et l’affirmation :

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse d’être bouleversé et de craindre…

Nous ne savons que trop bien les fausses paix du monde : poignées de mains hypocrites, promesses mensongères, traités à valeur de chiffons de papier, sourires cachant l’instinct de revanche…

Jésus ne nous berce pas d’illusions mais sa parole est d’une absolue certitude. « Sa paix » sera compatible avec des épreuves douloureuses, des maladies mortelles, des échecs retentissants, des croix. Mais elle demeurera au fond du cœur, indélébile. Et le monde qui crache, humilie, gifle, fouette, trahit, poignarde, torture et assassine s’étonnera toujours.

Avouons-le : à tous il nous arrive de trembler, de perdre cœur, de craindre les assauts du mal, les tentacules des doutes. Un seul remède : croire en Jésus. Prier pour avoir l’Esprit. Demander sa paix. Et quoi qu’il arrive, aimer Jésus en vivant selon son Evangile.

Frère Raphaël Devillers, dominicain