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6e dimanche ordinaire – Année C – 17 février 2019 – Évangile de Luc 6, 17-26

Partant du thème choisi pour ces JMJ – la réponse de Marie à l’appel de Dieu « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Luc 1,38), le pape souligne que ce « “oui” courageux et généreux (est) la réponse de quelqu’un qui a compris le secret de la vocation : sortir de soi et se mettre au service des autres ».

« Notre vie n’a de sens que dans le service de Dieu et du prochain … Beaucoup de jeunes, croyants ou non croyants, au terme d’une période d’études, manifestent le désir d’aider les autres, de faire quelque chose pour ceux qui souffrent ». 

Pour lui, c’est là « la force des jeunes », celle qui « peut changer le monde ».

« Se mettre au service de son prochain ne signifie pas seulement être prêt à ’action » mais « implique aussi d’entrer en dialogue avec Dieu, dans une attitude d’écoute, comme l’a fait Marie ».

« À partir de cette relation avec Dieu, nous découvrons notre propre identité et la vocation à laquelle le Seigneur nous appelle. «Le plus important, c’est de découvrir ce que le Seigneur attend de nous et d’avoir le courage de dire “oui” ».

« Les propositions que Dieu nous fait, à l’instar de celle qu’il a faite à Marie, ne visent pas à éteindre les rêves, mais à susciter des désirs, faire fructifier notre vie, faire fleurir de nombreux sourires et réjouir beaucoup de cœurs ».

« Donner une réponse positive à Dieu est le premier pas pour être heureux et rendre heureux beaucoup de gens autour de nous ».

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ÉVANGILE DE LUC 6, 17-26

« IL COMBLE DE BIENS LES AFFAMES,
RENVOIE LES RICHES LES MAINS VIDES »

En quelques mois, l’ancien charpentier de Nazareth a réussi à faire parler de lui dans ce coin de Galilée. Il se prétend animé de l’Esprit de Dieu et chargé de la mission de proclamer la Bonne nouvelle aux pauvres et d’ouvrir une année de grâce de Dieu. Il ne lance pas un mouvement d’insurrection politique : tout recours à la violence semble exclu. Il parle, il enseigne, il commente les Ecritures à la synagogue : donc il se situe dans le prolongement de l’histoire de son peuple

Ce qui frappe, c’est la force de sa parole qui est capable d’exorciser le mal qui rôde au fond de l’homme et de donner le pardon des péchés. Et en outre, il a un don exceptionnel de guérisseur : sans recourir à des incantations et des formules magiques, il commande et la guérison s’effectue.

Jésus a lancé un mouvement et il ne cesse de circuler pour le faire connaître. « Il enseigne, il enseigne » répète Luc. Tout cela est bien surprenant, inattendu, inouï. Que veut ce prophète ? Quel est son projet ?

Le moment est venu où il va préciser le contenu de cet enseignement. Après une période où Jésus a établi les bases de sn action, à présent il va apprendre aux gens ce qu’ils doivent faire, eux, pour être ses disciples. Devant le succès qui se propage, Jésus monte sur une montagne et après une nuit de prière (signe de l’importance capitale de la décision), il appelle certains hommes et il constitue un groupe de 12 apôtres. Il n’est donc pas un prophète individuel qui remplit une tâche ponctuelle : il lance un mouvement qui s’inscrit dans la durée historique et qui sera porté par des collaborateurs.

INTRODUCTION

Chez Matthieu, les gens rejoignent Jésus là-haut pour entendre « le sermon sur la montagne » ; Luc au contraire fait descendre Jésus qui donnera un enseignement en un lieu plus accessible : dans la plaine. Il faut restituer l’intégralité du texte qui a été abrégé dans la liturgie.

Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs retrouvaient la santé. Et la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.

La renommée de Jésus s’est largement étendue : autour de lui les Douze, puis beaucoup de gens de la région qui l’ont déjà entendu et maintenant des foules de Judée, de Jérusalem et même du pays païen des Phéniciens (Liban). Le mouvement déborde les frontières.

Comme toujours, c’est un enseignement que Jésus veut donner mais évidemment les foules sont surtout avides de guérisons. On s’écrase pour toucher Jésus, comme on le fait encore aujourd’hui pour les idoles. C’est bien sa personne qu’il faut toucher mais quel chemin à parcourir avant de passer du contact magique, intéressé, au contact avec la véritable personnalité avec laquelle on communiera dans les sacrements

Toutefois, dirait-on, Jésus accepte ces manifestations. Que l’homme malade et souffrant se jette vers toute source de thérapie, n’est-ce pas normal ? Les postes de mission dans les régions pauvres ne construisent pas de chapelle sans dispensaire. Le prêtre n’est pas médecin mais en cherchant à guérir son corps, l’homme pourra découvrir à quelle profondeur son être est blessé.

En tout cas, on ne voit pas Jésus faire des collectes de fonds pour les pauvres mais il passa beaucoup de temps pour accueillir handicapés, possédés et malades et tenter de les guérir.

LE DEBUT DU DISCOURS : BEATITUDES ET LAMENTATIONS

Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous : c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes.

Attention : on ne dit pas que les pauvres, les affamés, les pleureurs, les haïs sont heureux par le fait même qu’ils sont tels. L’essentiel c’est qu’un événement a eu lieu : avec Jésus, un mystérieux mais réel « royaume de Dieu » est survenu sur terre. Jésus enseigne comment ce Règne est là. Non comme un espace, un territoire, une langue. Mais par le fait que des hommes écoutent les paroles de Jésus, deviennent ses disciples, décident de vivre de la manière qu’il précise.

Adopter ce mode vie est une conversion radicale, qui démarque des modes habituels de penser et de faire et donc qui de soi attire les sarcasmes et l’opposition des majorités.

Devenir disciple de Jésus déboulonne l’idole de l’argent roi, limite la convoitise insatiable, embauche à construire une autre société basée sur le partage. Donc le disciple devient un pauvre. Non dépouillé de tout, non mendiant, non irresponsable vis-à-vis de ses proches. Mais en tout cas s’appliquant à une vie sobre, refusant tout gaspillage par souci des démunis.

Le disciple de Jésus refuse d’être rassasié en comblant tous ses besoins : il garde en lui une faim d’absolu qui ne peut être assouvie aujourd’hui. Mais il croit de toutes ses forces que cette faim sera comblée dans l’avenir de Dieu.

Le disciple de Jésus pleure devant l’immensité des malheurs des hommes, il pleure de voir Dieu si peu reconnu, bafoué, ignoré, non aimé. Mais il croit de toutes ses forces que le monde marche vers un triomphe de gloire, de vérité et d’amour.

Le disciple de Dieu ne cherche pas à être moqué, raillé, détesté, frappé, ostracisé. L’Evangile le rend même ultrasensible au mal et aux souffrances. Mais lorsqu’il rencontre les contradictions, lorsqu’il est objet de rejet à cause de sa foi, à cause de ses prises de position évangéliques, parce qu’il veut à tout prix être fidèle à son Seigneur Jésus, alors il s’arme de patience et même se réjouit de subir tant d’avanies pour sa foi.

Il se souvient que les anciens prophètes étaient eux-mêmes incompris, injuriés, frappés et persécutés. Plus encore il se souvient de la haine subie par son Seigneur Jésus. La croix fait mal mais la foi y voit la signature de Dieu sur la vérité de l’existence.

LES 4 PLAINTES. En contradiction à ces 4 Béatitudes, suivent non 4 Malédictions mais 4 plaintes pour prévenir les tenants des positions inverses.

Si vous sacralisez votre présent, si vous acceptez les slogans dictatoriaux : « On n’a qu’une vie : profitons-en. Rassurons-nous en accumulant le plus d’avoirs possibles, satisfaisons tout de suite toutes nos envies, courons à tous les plaisirs, soignons nos apparences, que notre opulence suscite admiration et jalousie. N’écoutons pas les aigris, les rabat-joie, les rêveurs d’un monde meilleur. Faisons taire ces mots creux de solidarité, de partage, ces rêves utopistes d’un monde meilleur. Par notre prestance, nos titres, nos toilettes, attirons courbettes et salutations »… « Dans quel malheur glissez-vous » dit Jésus.

A nouveau, Jésus resitue ces comportements sur la ligne du temps : maintenant vous cherchez assouvissement, plaisirs, honneurs. Viendra le futur où ce carnaval éclatera sous la gloire de l’amour

CONCLUSION

Ces 8 cas où Jésus explique notre situation ne sont évidemment pas des cages où chacun est lié à son destin. On n’est jamais définitivement classé « dans le Royaume » et on n’en est jamais définitivement exclu.

L’appel des Béatitudes et l’avertissement des Lamentations continuent à retentir.

Que les disciples étonnés de souffrir dans le Royaume de Jésus gardent l’espérance.

Que ceux qui sont abusés par les bonheurs fallacieux des idoles s’éveillent pendant qu’il en est temps.

Frère Raphaël Devillers, dominicain