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3ème dimanche – Année A – 26 janvier 2019 – Évangile de Matthieu 4, 12-23

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ÉVANGILE DE MATTHIEU 4, 12-23

DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU

Après plus de 50 ans de sacerdoce, je ne me souviens pas d’avoir jamais célébré la messe du dimanche sans qu’il y ait plusieurs arrivées tardives de fidèles. Nous payons encore ce qui constitue, à mon sens, un des plus grands crimes de l’Eglise qui, pendant des siècles, a enseigné que l’eucharistie commençait au moment de l’offertoire et que ce qui précédait n’était qu’une « avant-messe » facultative ( !!??)

Avec bien du retard, en décembre 1963, le concile Vatican II a débuté par une réforme de la liturgie et déclaré enfin : « Les deux parties qui constituent la messe, c.à.d. la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte. Le concile exhorte vivement les pasteurs à enseigner aux fidèles qu’il faut participer à la messe entière, surtout les dimanches et jours de fête » (§ 56).

Depuis lors des curés m’ont raconté tous les efforts qu’ils ont tentés pour changer les habitudes de certains et les convaincre de venir à l’heure : rien n’y a fait. On court pour arriver à l’heure au théâtre, pour écouter un chanteur : on traîne les pieds pour écouter la Parole de Dieu.

LE DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU

C’est pourquoi nous nous réjouissons de la nouvelle initiative du pape François qui, en septembre dernier, a établi que « Le 3ème dimanche ordinaire de l’année sera consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu ».

Donc c’est aujourd’hui que nous fêtons ce « Dimanche de la Parole de Dieu ». Et le pape précise tout de suite qu’il ne peut s’agir d’un événement passager, fixé à une seule date, mais d’une démarche de foi qui persuade les catholiques de reprendre conscience du privilège d’entendre véritablement la Parole que le Dieu de miséricorde adresse à son peuple.

La messe n’est pas un temps de recueillement personnel ni la coexistence de prières individuelles. La messe est une réception où Dieu, dans sa Maison, reçoit son peuple. Lors de toute réception, il y a repas et dialogue. On commence à s’accueillir avec plaisir, on échange des nouvelles, puis vient le moment de passer à table où le dialogue se poursuit puis on termine encore par la conversation. L’important finalement, ce n’est pas tant le contenu des assiettes – même si le menu a été fignolé et si les mets sont exquis. La réussite est dans l’aménité des propos, la joie du dialogue, la richesse des discussions.

Ainsi chaque dimanche Dieu nous fait l’honneur de nous inviter. Il ne nous juge pas sur notre apparence, notre culture, nos vertus. Il nous demande de nous reconnaître dans notre vérité de faiblesse et il nous comble de son pardon inconditionnel. Puis il nous parle : moments d’histoire du Premier Testament, Psaumes, exhortations des Prophètes, extraits des lettres des Apôtres et surtout page de l’Evangile.

Le Seigneur nous parle parce qu’il sait que la vie sur terre est difficile, que les tentations de s’égarer sont nombreuses, que la contagion du monde est puissante, que nous sommes des créatures fragiles, vulnérables. Il nous éveille à la lumière, nous indique les périls, nous relève après nos chutes. Toute la Bible est un enseignement, l’histoire d’un Dieu qui se mêle à notre histoire pour l’aider à s’accomplir dans l’amour.

L’histoire de Moïse et les Dix Paroles du mont Sinaï, les chutes d’Israël dans l’idolâtrie, les psaumes de David, les admonestations des Prophètes ne sont pas des vieilles histoires mais leur accomplissement dans l’évangile nous éclaire comme la Bonne Nouvelle qui nous certifie que nous ne sommes pas des marionnettes enfermées dans l’absurdité d’une existence vouée au malheur et à l’anéantissement.

Il est donc impoli de venir à la table de Dieu si, au préalable, on n’a pas écouté sa Parole.

PAROLE DE DIEU DE CE DIMANCHE

L’évangile de ce jour est une belle occasion pour nous montrer l’importance et l’efficacité de la Parole.

A son baptême, Jésus, le charpentier, a écouté son Père qui lui donnait sa mission : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Que fait-il ? Il remonte dans sa province de Galilée et vient habiter à Capharnaüm, petite ville au bord du lac. La région est très jolie, attrayante et beaucoup de païens, Romains et Libanais, s’y sont installés.

« A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous : le Royaume de Dieu est tout proche ».

Ce qui va provoquer la plus grande révolution de l’histoire de l’humanité commence ainsi de manière tout ordinaire. Un ancien artisan, un homme comme les autres, sans titres et sans aucun appui de personne, circule à travers les villages et, à l’occasion des rencontres, il interpelle les gens et leur parle. Il opérera bien quelques guérisons mais son activité essentielle sera toujours de parler, de s’adresser au petit peuple, de dialoguer. Et cette parole va devenir la Bonne Nouvelle pour le monde.

Et Matthieu commente en notant que, de la sorte, s’accomplit une ancienne prophétie :

« Galilée, carrefour des nations : le peuple qui habitait dans les ténèbres, dans le pays de l’ombre et de la mort, voit se lever une grande lumière ».

Jouets des circonstances, emportés par le flux des événements, perdus dans un monde aux prises avec le mal, les hommes vivaient dans la nuit de l’angoisse et sous la tyrannie de la mort. L’évangile tout à coup jaillit comme le premier rayon de l’aurore.

Et un jour, passant au bord du lac, Jésus reconnaît des jeunes gens qu’il avait connus naguère près de Jean-Baptiste et qui étaient en train de pêcher. Il les appelle :

« Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » : aussitôt, laissant tout, ils suivent Jésus ».

Jésus n’a pas choisi des riches, des intellectuels, des nobles mais des jeunes du peuple. Et il va leur apprendre que la tragédie, c’est que les hommes se noient dans le désespoir, dans les tempêtes des conflits et des injustices. Il faut sauver l’homme.

« Jésus parcourait toute la Galilée, enseignait dans les synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, il guérissait des malades »

Les grands de ce monde n’ont rien su de tout cela, les gens ont préféré aller au théâtre ou aux jeux du stade. Mais l’aurore jetait ses premiers feux et la lumière de Jésus allait éclairer le monde entier.

En ce « Dimanche de la Parole de Dieu », il importe beaucoup que nous méditions sur cet évangile.

Dans une société bombardée par les nouvelles, emportée à toute vitesse dans le bling-bling insensé et la course à la possession, à la consommation, à la jouissance, sommes-nous émerveillés par cette Parole de Dieu qui nous apporte Vie et Lumière ?

Sommes-nous ravis d’avoir reçu cette Bonne Nouvelle qui nous sauve de la noyade, qui nous éclaire dans notre nuit, qui nous rassemble dans un monde déchiré ?

Acceptons-nous d’être des baptisés qui ont reçu l’appel et qui sont persuadés de l’urgence de répandre cet Evangile ? « Venez derrière moi » ne signifie pas entrer au séminaire ou au couvent. Mais faire effort de vivre comme Jésus, de suivre ses instructions, et, dans l’ordinaire des rencontres, annoncer l’extraordinaire de la Bonne Nouvelle.

Ce « Dimanche de la Parole » nous révèle que la petite heure de la messe dominicale peut éclairer toutes les heures de la semaine. Que l’Evangile n’est pas une petite histoire que l’on oublie dès que l’on sort. Qu’il doit se garder en mémoire, être médité et réfléchi afin d’en pénétrer l’infinie richesse. « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ».

Le Seigneur, par sa Parole, nous apprend le chemin du bonheur ; par son Pain, cette Parole s’assimile à nous et nous remplit de force pour relever les défis du monde.

Frère Raphaël Devillers, dominicain