Catégories
Dimanches

33ème dimanche – Année B – 18 novembre 2018 – Évangile de Marc 13, 24-32

Les commémorations de 14-18 nous ont fait voir et revoir des scènes épouvantables : champs de bataille, monceaux de cadavres, villes en ruines…..
Et comme il en va souvent lors des grandes catastrophes, bien des journalistes ont commenté les images par l’expression : « Vision d’apocalypse….Scène apocalyptique… ».

Or le mot grec originel ne désigne pas des destructions, des horreurs ni la fin du monde mais, tout au contraire, une révélation.

Si l’ultime enseignement de Jésus à ses disciples est appelé « discours apocalyptique », ce n’est pas pour nous apitoyer sur l’ampleur du désastre ni pour brandir la menace d’un châtiment divin ni pour préciser les modalités et la date de la fin du monde.

Mais c’est pour jeter une lueur d’espérance et nous permettre de comprendre, un peu, ce qui se passe à travers les événements parfois horribles que nous traversons.
Jésus « révèle », c.à.d. « il lève le voile » sur notre histoire enténébrée qui, sans cela, nous paraîtrait injuste, opaque, absurde.

C’est pourquoi, sans supprimer nos peurs et nos larmes, son apocalypse nous invite à une conversion pressante, à une miséricorde plus active à l’égard des victimes, à un combat plus acharné contre le mal puisque, en dépit des apparences, le Messie a vaincu la mort et conduit l’humanité à la Lumière plénière de l’amour universel.

Ce discours multiplie les avertissements : « Prenez garde…Faites attention…Méfiez-vous…Ne vous laissez pas égarer…Veillez…Restez vigilants… »

Imprimer
[one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

ÉVANGILE DE MARC 12, 38-44

VISIONS D’APOCALYPSE

De jour en jour, au cœur du temple de Jérusalem, l’étau se referme sur Jésus. Il déçoit le peuple par son impuissance, il est surveillé de près par les Romains qui craignent une révolte possible, il est jugé blasphémateur par les grands prêtres. Et ses disciples sont désemparés et silencieux. Effrayante solitude.

Alors, pour la dernière fois, il quitte le temple. Celui-ci peut-il être encore la demeure du Père si l’on en chasse le Fils ? Nulle sacralisation, nulle liturgie ne peuvent enfermer Dieu dans un espace. Dieu doit être vu avec Jésus : sinon l’idolâtrie menace.

Personne ne comprend l’importance tragique de ce moment : Jésus, triste à en mourir, sort de la ville, descend dans la vallée du Cédron et remonte, à l’est, sur la pente du mont des Oliviers. De là, émerveillés, les disciples s’extasient sur la ville éclairée par les derniers rayons du soleil couchant et la splendeur du nouveau temple, « Comme c’est beau ! ». Quand tout à coup Jésus rétorque: « Tout sera détruit ! ».
Et, à ses apôtres majeurs, il livre son ultime enseignement, son testament. La liturgie ne nous en fait entendre que la fin mais il faut relire tout le chapitre où nous est révélé le sens de l’histoire.

UNE HISTOIRE CHAOTIQUE MAIS ECLAIREE PAR LA FOI

Après la disparition de Jésus, l’histoire va se poursuivre et apparemment rien ne sera changé. La terre subira des inondations, des séismes et des tsunamis. Les hommes continueront d’être emportés par l’orgueil, l’ambition et la cupidité et, hélas, se feront des guerres sans merci.
Mais au lieu de paniquer en croyant à la fin du monde, il vous faudra, vous les disciples, dans l’effroi et la terreur, voir dans ces événements comme les douleurs de l’enfantement. L’univers se tord mais un nouveau monde est en train de naître dans les spasmes de l’ancien. La mort, dans la foi, est le début d’une renaissance. Ne désespérez jamais.

Il faudra annoncer l’Evangile dans le monde entier. Car il n’y a qu’un Messie : Jésus ; et il n’y a qu’une Bonne Nouvelle. Toutefois partout et toujours il y aura résistance, refus, haine. Vous, les disciples, vous serez moqués, chassés, livrés aux tribunaux, torturés, exécutés. Vos familles seront déchirées, vous serez haïs de tous. La Croix du Golgotha ne cessera de projeter son ombre.
Mais ne cherchez pas des arguments persuasifs, ne vous fiez pas à l’éloquence, surtout ne vous blindez pas dans la puissance. Vivez l’Evangile de la faiblesse et l’Esprit vous soufflera ce que vous devez dire. Bien avant l’O.N.U., et mieux qu’elle, vous travaillerez à l’unité du monde et à la paix universelle.

La si belle « Ville de la Paix » (Iéru-shalom) sera détruite et son Temple majestueux disparaîtra dans les flammes. Ce jour-là, il faudra fuir au plus vite ! Et en effet, pour avoir préféré Barabbas, l’homme armé et violent, plutôt que Jésus, le doux et pauvre, Israël se soulèvera et sera impitoyablement écrasé par les légions romaines en l’an 70 – au moment où sans doute Marc commence à écrire son évangile. Il ne s’agissait pas là d’une vengeance de Dieu. Mais lorsque les hommes refusent le Fils, ils sont livrés à eux-mêmes, à leur orgueil, leurs ambitions, leur cupidité, leur instinct de vengeance. Et nul lieu saint ne peut se croire inviolable, nul chef-d’œuvre ne peut se dire éternel.

Dans ce tohu-bohu d’événements tragiques, cette succession de catastrophes épouvantables, un terrible danger menacera : en conclure que Jésus n’est pas le Messie, que l’Eglise nous a trompés et prêter l’oreille à celui-là qui surgira en proclamant : « Moi, je vais vous apporter le bonheur, je suis le Sauveur ». Combien de dictateurs, combien de conquérants, combien de fous enragés, combien d’idéologues ont fasciné les foules par leur verbe impétueux, leurs promesses alléchantes ? Pourquoi des millions de baptisés ont-ils été hypnotisés si facilement par Hitler qu’ils considéraient comme sauveur (« Heil ») ? Comment ont-ils voté pour cet homme qui avait écrit que tous nos malheurs viennent des Juifs et qu’il fallait exterminer ce peuple avant de s’attaquer à supprimer l’Eglise ? Le rêve « Deutschland über alles » s’est effondré dans les flammes et les ruines.

Et nous-mêmes, aujourd’hui, nous aimons écouter les messages qui flattent nos passions. Les hérauts de la société de consommation, les sirènes de la publicité, les sollicitations des médias et des penseurs célèbres nous promettent la libération de la religion et le bonheur par la multiplication insensée des biens, par de nouvelles méthodes de maîtrise de soi. Ecoutons-nous les prophètes qui, depuis des années, nous alertent sur les dangers mortels de notre mode vie à l’occidentale ? Certes les progrès sont indubitables, on nous soigne mieux. Mais on perçoit de plus en plus clairement qu’il est impossible de poursuivre dans cette voie. Pouvons-nous, devant nos berceaux, continuer à dire : « Après nous le déluge » ? L’enrichissement ne sauve pas : Jésus l’a sans cesse répété. « PRENEZ GARDE » répète Jésus.

L’ESSENTIEL : LA VENUE DU FILS DE L’HOMME

L’histoire est-elle condamnée à rester un tourbillon de petits bonheurs et de grands malheurs ? Tourne-t-elle en vain dans un éternel retour ? Se précipite-t-elle dans l’abîme du néant ? Non car celui qui a été le misérable « serviteur souffrant » annoncé par Isaïe, rejeté comme infâme dans l’enfer du Golgotha sera le « Fils de l’homme » annoncé par le prophète Daniel, qui viendra dans la plénitude de la gloire de son Père pour établir la paix de la justice et la lumière de l’amour. Alors il enverra ses messagers pour opérer la communion plénière et définitive des croyants. Telle est l’espérance qui permet de traverser désastres et persécutions, de rendre sourd aux mensonges des faux messies.

Quand cela se passera-t-il ? Il est impossible d’en fixer la date. Alors, comment, à travers les bourrasques et en dépit de nos faiblesses, tenir bon ? Deux petites paraboles nous l’apprennent en terminant l’enseignement.

VOIR – ATTENTION AUX SIGNES DE VIE

En hiver, la nature donne l’impression d’être morte. Mais son inertie n’est qu’apparente : à l’approche du printemps, au retour de la lumière, petit à petit de jeunes pousses vertes apparaissent au bout des branches.
Quand les tempéraments pessimistes macèrent dans l’aigreur et ne les remarquent même pas, ouvrez les yeux, dit Jésus.
Quand les médias vous martèlent des mauvaises nouvelles, regardez outre. Le non-dit est souvent l’essentiel.
Quand on vous dit que Jésus est mort en l’an 30, voyez comment, dès les années 40, des communautés chantent sa gloire et vivent de son évangile dans tous les pays païens environnants.
Quand on vous ressasse que des multitudes croupissent dans la misère, voyez mère Térésa, Sr Emmanuel et combien d’autres petits qui ouvrent des bourgeons de vie, de partage avec les pauvres.
Quand les taches des scandales souillent le visage de l’Eglise et en détournent des foules désabusées, voyez nos frères syriens revenir dans leurs villes dévastées par Daesh et rebâtir leurs églises où leurs parents ont péri. Les coquelicots fleurissent sur les taches de sang des martyrs.

AGIR – A CHACUN SA RESPONSABILITE

Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. S’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

L’Eglise n’est pas au Pape ni aux Prélats ni à nous : elle n’est pas un organisation dirigée par la Curie. Elle est la demeure du Christ.
Mais nous en avons tous la charge, chacun a reçu sa mission, chacun est responsable et si elle semble souvent en piteux état, c’est à cause de notre impéritie. Notre péché fondamental est peut-être l’oubli de la fin.

VEILLEZ : telle est l’ultime consigne du Christ. Rester en état d’éveil évangélique ne signifie pas anxiété, appréhension du jugement divin, dédain des tâches temporelles immédiates. Au contraire, c’est la fin du voyage qui donne goût à chaque étape. C’est la promesse du futur glorieux qui donne poids au présent fastidieux. C’est l’amour du Christ attendu qui dynamise nos amours actuelles. La certitude de la venue du royaume des cieux valorise les tâches du royaume de la terre: en cessant d’être absolutisées, celles-ci cessent d’être idolâtriques donc mortifères.

« JE VOUS AI PREVENUS DE TOUT » (13, 23). L’essentiel est révélé.
L’Eucharistie dominicale est l’apocalypse, la révélation que Jésus ne cesse de venir.[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

[/fusion_text][/one_full]