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33ème dimanche ordinaire – Année C – 17 novembre 2019 – Évangile de Luc 21, 5-19

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ÉVANGILE DE LUC 21, 5-19

TOUT SERA DÉTRUIT

Aucun des acteurs – sauf un – ne se rend compte de ce qui se déroule en cette veille de Pâque de l’année 30 de notre ère au coeur de Jérusalem.

Les pèlerins, par dizaines de milliers, pleurant de joie de retrouver leur Ville sainte, béent d’admiration devant la grandeur et la splendeur du Temple. De tout coeur, ils participent aux sacrifices où les grands prêtres pontifient avec majesté. Tous chantent la Gloire de Dieu et ils le supplient d’envoyer son Messie, le nouveau Moïse qui effectuera l’Exode ultime, la libération pleine et définitive de son peuple.

Dans l’ombre, les résistants ont préparé des caches d’armes et ils entretiennent dans le peuple la fougue révolutionnaire: qu’un signe soit fait et l’insurrection éclatera, irrésistible.

Pilate, monté de Césarée, occupe la citadelle et a quadrillé la ville de sa meilleure troupe: au moindre incident la répression sera impitoyable. Il y a plus de 90 ans que la puissance romaine impose son implacable grandeur.

On VOIT donc les déploiements de la FORCE et de la RELIGION – tout ce qui fascine toujours les peuples, ce qui les fait marcher au pas, en armes ou en processions.

Mais toute la Bible le répète sans arrêt: le problème n’est pas de VOIR mais d’ECOUTER. Car une pauvre et limpide Parole jaillit qui va changer le monde.

En effet entre temple et caserne, dans un coin de l’immense esplanade, un homme PARLE. Ancien charpentier d’un village inconnu, il n’est ni prêtre ni professeur, ni riche ni auréolé. Un homme de rien mais qui se présente Messie. Il n’a qu’une arme: SA PAROLE – mais elle remet tout le monde en questions:

Devant le peuple avide de merveilleux, il refuse de faire des miracles pour séduire et s’imposer.
Venu sur un ânon, il a dit aux résistants qu’il était absolument non-violent et qu’il fallait payer le tribut à César.
En chassant les animaux, il a affirmé aux grands prêtres que le culte n’est pas un commerce avec Dieu.
En demeurant dans la cour, il a critiqué un culte hypocrite qui, sous les fastes, entretient une piété confiture, sans impact sur la vie sociale, “opium du peuple”.
En citant les Ecritures, il a prouvé aux Scribes qu’il accomplissait les Ecritures et il a dénoncé leur amour de l’argent.

Du matin au soir, sans peur des menaces, Jésus “enseigne et annonce la Bonne Nouvelle” (20, 1), …jusqu’au moment où il sortira du temple qui le refuse et va le condamner…et qui, de ce fait, se condamne lui-même (21, 37). Et il douche l’enthousiasme des disciples pour le Temple:

“Ce que vous voyez, des jours viennent où il n’en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit”.

En effet, la haine contre l’occupant honni va s’exacerber de plus en plus: en 66, les premiers signes de révolte vont apparaître, déclenchant une guerre impitoyable qui fera, dit-on, des centaines de milliers de victimes et qui s’achèvera en l’an 70 par la destruction de Jérusalem et l’incendie du temple.

Voilà ce qui arrive lorsque l’on préfère Barabbas, le révolutionnaire armé, à Jésus le pauvre qui avait cependant prévenu: “Celui qui se sert de l’épée périra par l’épée”.

L’HISTOIRE CONTINUE

Complètement abasourdis par cette prophétie de leur Maître, les disciples lui demandent quand cette catastrophe surviendra et à quel signe on percevra son approche – car ce serait alors la fin du monde.
Mais Jésus ne répond pas à ces questions et au contraire, sûr que sa croix prochaine sera sa victoire et que ses disciples auront à propager son salut messianique tout au long de l’hstoire qui va se poursuivre, il les met en garde contre les dangers qui les menacent.

ATTENTION AUX FAUX MESSIES.

Jésus dit: “Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant: “C’est moi le messie… Le moment est proche”. Ne marchez pas derrière eux.

Dès le début, la personne et le projet messianique de Jésus ont été la cible de moqueries cinglantes et de critiques acerbes. Des apostats ont dénoncé les méfaits, les faiblesses, les scandales de l’Eglise et ont fondé des sectes qui se présentaient comme authentiques et qui, peu après, se disloquaient en groupes différents. Des orgueilleux, sous des arguments religieux ou en prônant l’usage de la violence, ont fait miroiter les perspectives de bonheur qu’ils pouvaient apporter: “C’est moi le sauveur, le führer, le grand timonier, le petit père des peuples: du passé faisons table rase, marchons vers des lendemains qui chantent, établissons le 3ème Reich triomphal…”

Comment compter les victimes des prétendus messianismes ? Comment aujourd’hui dénoncer les mensonges cachés d’un système ultra capitaliste qui promet bonheur, confort, luxe et volupté…et conduit au précipice ?

Nous ne serons jamais assez vigilants contre les slogans mensongers et les images paradisiaques.

DANS UN MONDE CHAOTIQUE

“ Quand vous entendrez parler de guerres, ne vous effrayez pas: il faut que cela arrive…Il y aura des tremblements de terre, des épidémies, des famines… Des faits terrifiants surviendront dans le ciel”

Le salut messianique de Jésus n’est pas un coup de baguette magique qui instaure subitement paix et prospérité dans un univers qui tourne paisiblement comme un carrousel. Catastrophes et calamités se succèdent, des étoiles explosent, des conflits éclatent: le salut est à vivre dans des conditions difficiles, parfois horribles. Saint Jean, dans son chef-d’oeuvre, apprendra aux chrétiens à percevoir dans le chaos des événements l’”Apocalypse” c.à.d. la révélation du salut de Dieu qui s’opère à travers larmes et douleurs.

SUBIR LES PERSÉCUTIONS GÉNÉRALES

“On vous persécutera, on vous livrera aux synagogues, on vous fera comparaître devant des rois, à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Ne vous souciez pas de votre défense: je vous inspirerai un langage et une sagesse que vos adversaires ne pourront contredire.

Mais vous serez livrés même par vos familles et vos amis, ils feront mettre certains à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu: c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie”.

D’emblée Jésus avait prévenu des risques parfois mortels encourus par ceux qui accepteraient son programme.  “Heureux !”: oui je vous apporte le véritable bonheur … si vous vivez comme je le recommande: “ Heureux les pauvres en esprit, les doux, les pacifiques, les miséricordieux….”. Mais, de ce fait, vous serez attaqués: “Heureux les persécutés pour la justice…” (Matt 5).

Il faut toujours le répéter contre certaines dérives. Le christianisme n’a rien d’un masochisme, d’un refus du plaisir et de la joie, avec un certain penchant pour la douleur comme si elle était rédemptrice.

La foi est option pour le bonheur tel qu’il a été paradoxalement décrit par Jésus. Car le bonheur est de rester humble, de refuser la rancune, de pardonner les offenses, de partager avec ceux qui sont dans le besoin, de créer des communautés multinationales et multiculturelles, de ne jamais désespérer.

Evidemment, et parce que ces attitudes contredisent les options contraires de la multitude, le contrecoup de la vie selon l’Evangile attirera sarcasmes, mépris, hostilité.

Pour certains régimes, l’Evangile n’est pas croyance imbécile mais choix subversif, dangereux, à abattre.

Tout de suite, l’homme politique (Ponce Pilate) et le prélat religieux (Caïphe) l’ont senti et se sont ligués pour éteindre ce qu’ils avaient bien pressenti comme révolution périlleuse. D’ailleurs Empire romain et Grand Sanhédrin sauteront.

Que dit Jésus à ses frères persécutés ? La persécution sera le lieu de votre témoignage. Ne préparez pas de savantes apologétiques: par l’Esprit, je vous donnerai les paroles adéquates. Votre souffrance augmentera du fait qu’elle sera parfois due à votre famille. Si vous tenez bon, vous ne perdrez rien. En persévérant dans la foi, vous aurez la Vie. La Vraie. Celle que la mort ne peut détruire.

CONCLUSION

Des foules préparent leurs valises pour partir sur une plage de rêve (c’est déjà leur 3ème vacance de l’année); assommés par les mauvaises nouvelles martelées par la tv, des multitudes s’abrutissent devant des émissions débiles; scotchés devant leur appareil dernier cri, les jeunes fuient leur solitude dans les réseaux sociaux; les riches furètent dans les cours de Bourse, en quête de placements juteux.

Et quelque part, Madame Mathilde, 76 ans, veuve, prie son chapelet quotidien puis s’en va en visite hebdomadaire chez une vieille amie qui s’anémie dans la solitude d’une maison de retraite. Par hasard, elle rencontre une voisine et elle lui montre, avec patience, quel bonheur elle a d’écouter son blabla. En rentrant, elle pense à donner un coup de fil à un ancien collègue hospitalisé pour un cancer. Au moment de se coucher, elle se rappelle que demain elle doit faire son petit versement mensuel pour un missionnaire du Togo.

Personne n’est au courant. Tout cela paraît si insignifiant.

RIEN DE CELA NE SERA DETRUIT. Le Royaume de Jésus vient.

Frère Raphaël Devillers, dominicain