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2ème Dimanche de Pâques – Année A – 19 avril 2020 – Évangile de Jean 20, 19-31

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Évangile de Jean 20, 19-31

Pâques, c’est Dimanche

Lorsque vers la fin de ce qui sera notre premier siècle, Jean rédige son évangile, la foi continue à se répandre mais partout elle se heurte à l’incrédulité : « Jésus ressuscité ? Je n’y croirai que si je le vois ! ». N’est-ce pas au fond une objection humaine normale ? Jean nous raconte même qu’elle a bloqué un apôtre : le célèbre Thomas dont le mot hébreu signifie jumeau et qui est en effet le prototype de millions de gens qui lui ressemblent.

Pourtant Thomas avait devant lui les hommes les plus adéquats pour le convaincre : les 10 apôtres, ses collègues. Tous unanimes lui racontaient l’expérience unique qu’ils avaient faite la veille alors qu’il était absent.

A la fin du sabbat, ils s’étaient réunis dans une maison et en avaient verrouillé les portes tellement ils craignaient de voir surgir la police qui devait chercher les collaborateurs de ce Jésus que Pilate avait fait exécuter. Hébétés par l’échec final de leur maître, tremblants de peur devant la menace policière, ils étaient en outre totalement écrasés de honte. Jamais ils n’avaient péché aussi gravement, jamais ils ne se seraient crus capables de trahir ce maître si bon. Tous lui avaient fait le serment de mourir pour lui et tous s’étaient enfuis, l’abandonnant aux mains de ses ennemis. Pierre, le roc, s’était effrité comme de la poussière. Tous se voyaient voués à l’enfer.

Et tout à coup, dans ce huis clos des hommes aux mains sales et aux cœurs souillés,

Jésus vient et il était là au milieu d’eux.

Il n’est pas le fruit de leur hallucination, il n’est pas une construction pour guérir de leur tourment : il vient à eux. Ni la pierre du tombeau, ni les murs ni les cadenas ne peuvent empêcher sa survenue. Il vient d’un autre monde. Mais c’est bien lui, le même, celui qu’ils ont connu. En une fraction de seconde, l’idée a surgi qu’il allait déchainer contre eux sa colère, les condamner pour leur trahison. Mais non.

« Il leur montre ses mains et son côté en disant: « Shalom : la paix soit avec vous ».

Vos remords qui vous rongent, votre peur qui vous tord, votre tristesse qui vous écrase : tout cela je vous l’enlève, je le supprime, je l’anéantis. Ma passion, les ricanements, le fouet, les épines, les clous, la lance : j’ai vécu toute cette horreur pour vous. Car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Vous me suiviez pour sauver le monde : apprenez d’abord à être sauvés.

En cet instant, un torrent d’une joie inouïe submerge les apôtres et ils se sentent comme ressuscités.

La mission

Une 2ème fois, Jésus répète :

« Paix à vous. De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».
Il envoie son souffle sur eux et dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez les péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ».

L’apparition pardonne, remplit de paix et de joie et envoie en mission universelle. Le Christ a achevé l’œuvre reçue de son Père et qu’il a pu accomplir par la puissance de son Esprit. Désormais cette action doit se répandre partout par la parole qui la proclame. Les disciples ne seront pas les exécutants d’un ordre car la mission est un flux unique : le Père est amour et, par l’Esprit, son Fils a diffusé cet amour jusqu’au point maximum de la mort. Maintenant il transmet cet Esprit à ces hommes pour qu’ils répandent ce même amour dans tous les peuples jusqu’à la fin du monde. Ne condamnez pas le monde, ne le dirigez pas : proposez-lui le pardon.

Une paroisse qui organise des projets, qui planifie un programme, qui croit qu’avec de l’intelligence, de la bonne volonté et des ressources suffisantes, on remplit sa tâche pour organiser la liturgie et aider les pauvres n’a pas encore compris la profondeur de ce qu’est « la mission ». L’Eglise n’est pas une entreprise de conversion mais un élan de divinisation, de pacification de l’humanité.

Jamais peut-être n’a-t-on aussi fortement souligné le scandale de la résurrection : Pierre et tous les apôtres peuvent bien raconter mille fois ce qu’ils ont vécu, insister tant qu’ils le peuvent, manifester par leur changement l’authenticité de leur témoignage, Thomas demeure incrédule. Le Ressuscité peut bien passer les murs : il ne peut pénétrer dans un cœur qui le refuse. La puissance divine s’arrête au seuil de notre liberté.
Aussi ne soyons pas surpris si nous-mêmes ne parvenons pas à transmettre ce qui nous tient tant à cœur.

La situation est bloquée. Que faire ?

Rendez-vous dimanche prochain

Huit jours plus tard les disciples se trouvaient dans la maison, portes verrouillées, et Thomas était avec eux. Jésus vient, il était là au milieu d’eux et dit : « Paix à vous ». Il s’adresse à Thomas : « Avance ton doigt, vois mes mains : cesse d’être incrédule mais croyant ». Thomas dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

On dirait que le Ressuscité fait une concession à Thomas mais elle est exceptionnelle: il comprend sa requête puisqu’il ne la condamne pas et il faut que le groupe entier des apôtres fasse l’expérience de Pâques. Mais dorénavant chaque humain est invité à rejoindre le groupe des croyants le 1er jour de la semaine qui est le jour où la communauté se rassemble.

Puisqu’aujourd’hui où, selon l’expression classique, nous sommes « 8 jours après Pâques », nous avons grand intérêt à méditer sur cette nouvelle manière de vivre le temps et sur l’importance essentielle de ce jour que la société a défiguré. On nous a convaincus que samedi-dimanche constituaient le week-end, la fin de semaine. Après les courses aux magasins, les randonnées vers la résidence secondaire ou la recherche d’un restaurant gastronomique, beaucoup se débrouillent pour « avoir sa messe », pas trop longue, vite fait bien fait. Et, en pestant, le lundi matin, on reprend le boulot pour une nouvelle semaine. Archi-faux !!

Les premières générations chrétiennes ont lutté, contre les païens et contre les Juifs, pour modifier la façon de vivre. Faire du 1er jour de la semaine le jour de fête primordial était une singularité bizarre pour l’entourage et cela attirait dérision et sarcasmes. Cette pratique désignait nettement les nouveaux chrétiens lorsque des vagues de persécutions se déclenchaient. Mais pour eux, leur vie nouvelle pivotait autour de cette expérience que les apôtres avaient vécue et que nous venons d’évoquer.

Dans la maison de l’un d’eux, on se rassemblait et on fermait les portes. Il y avait là des gens de tous âges et de toutes conditions. Jeunes et vieux, riches et pauvres, personnalités en vue et dockers s’accueillaient comme des frères. Plusieurs avaient peur, tous reconnaissaient qu’ils étaient pécheurs.

Et le Ressuscité venait au milieu : ils prenaient conscience qu’aucun d’entre eux, ni le président ni le plus cultivé, n’était le centre de leur relations. Ils n’exigeaient plus de le voir mais ils écoutaient sa Parole de feu. Les Ecritures leur prouvaient que Dieu agissait pour sauver l’humanité de la violence et de la guerre. Hors de toutes écoles, ils étaient éclairés par une Vérité qu’ils ne recevaient de personne d’autre. Ils apprenaient à vivre et comment peu à peu on devient un homme et on construit le monde.

Ils n’exigeaient plus de le toucher mais, bien mieux, ils le consommaient comme Pain de Vie. Eparpillés dans le monde, opposés par leurs caractères, dissemblables par leur condition sociale, ils se voyaient unis dans le Ressuscité, recueillis par lui, réconciliés. Partageant un même pain, ils devenaient un seul Corps.

Ils ne voyaient pas le Messie : ils l’étaient. Et leur joie était telle qu’ils n’avaient qu’une envie : annoncer la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui n’est qu’amour, d’un Fils qui laisse percer son cœur pour que nous y entrions, d’un Esprit qui est élan de partage. Aussi l’assemblée envoyait les croyants en plein monde ; pleins de l’Esprit, ils n’avaient qu’un désir : transmettre le pardon de Dieu.

Le dimanche n’était pas une routine fastidieuse, un rite obligatoire expédié pour clore la semaine. Tout au contraire, il était la Lumière originelle qui s’allume et va éclairer toute la semaine qui vient. Le dimanche était Jour du Seigneur, jour de l’assemblée, jour de la réconciliation, jour de la Parole, jour de l’Eucharistie, jour de la Paix, jour de la joie, jour du bonheur, source d’une vie signifiante. « Heureux ceux qui croient sans voir ».

Thomas nous dit : Ne demandez pas à voir le Ressuscité. Vivez de sorte que l’on pressente qu’il est au milieu de vous et qu’il justifie votre vie.

Conclusion de l’Evangile

Tout est dit : Jean peut achever son livre.

Jésus a fait beaucoup d’autres signes devant les disciples. Mais ceux-ci ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son Nom.

Lire l’Evangile, chemin de signes qui orientent notre existence pour nous conduire à confesser, comme Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Alors nous vivons. Alléluia !

Frère Raphaël Devillers, dominicain