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2e dimanche ordinaire – Année C – 20 janvier 2019 – Évangile de Jean 2, 1-11

Cette année encore, des livres vont à nouveau paraître pour raconter les vies
de Louis XIV, Napoléon, Victor Hugo et autres personnages célèbres.
Pourtant on ne compte pas les ouvrages qui s’amoncellent déjà à leur sujet.

Mais la recherche fait toujours des progrès, on découvre de nouveaux documents,
on précise les circonstances, les habillements, les déplacements, etc.,
le but étant de reconstituer dans les moindres détails ce qui s’est produit jadis.

Il n’en alla pas du tout de même pour Jean qui prit l’initiative de rédiger un nouveau livre
sur Jésus vers la fin du 1er siècle de notre ère. (Jésus est mort en l’année 30).

L’intention de Jean n’est pas du tout de peaufiner une biographie mais d’écrire un Evangile.
Au lieu de renvoyer le lecteur dans le passé, il montre que la personne de Jésus le rejoint dans son présent. Appel à croire à la Bonne Nouvelle et à accomplir sa vie.

Cana est un SIGNE de l’Eucharistie. La fête des noces entre Dieu et l’humanité.
La justification de la semaine. La nouvelle façon de vivre le temps.

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ÉVANGILE DE JEAN 2, 1-11

LE SIGNE DE CANA :
L’EUCHARISTIE

Est-il vrai que Jésus ait changé l’eau en vin ? Pourquoi a-t-il fait cela ?… Il n’y a qu’une façon de comprendre : c’est de rétablir la notation qui introduit la scène et que la liturgie a omise. Jean a écrit : « Le 3ème jour il y eut des noces à Cana… », ce qui désigne donc le surlendemain d’autre chose. Vous remontez dans le texte et vous remarquez que tout le récit est scandé par la répétition de : « le lendemain… ». Jusqu’au célèbre point de départ de l’évangile : « Au commencement était le Verbe… ».

Ainsi donc Jean commence son récit de la vie de Jésus par une semaine qu’il accroche à la semaine inaugurale de la création du monde. Découverte essentielle : Jésus n’accomplit rien moins que la recréation du monde, la nouvelle genèse de l’humanité.

Le livre de la Genèse qui ouvre la Bible disait : Le Dieu unique a créé l’univers par sa Parole. Avec un commencement c.à.d. un déroulement, un projet : matière, vie végétale, vie animale puis enfin l’humanité qu’il a faite homme et femme, « à son image et ressemblance » avec mission d’achever son œuvre.

Mais l’humanité a trahi sa vocation. Le couple s’est lézardé et a perdu le paradis, la haine a fait couler le sang entre frères, entre nations. Des lois, comme le Décalogue, ont bien essayé d’endiguer la tragédie en dictant des comportements ; des religions ont institué des sacrifices et des ablutions pour recouvrer l’innocence, soigner la culpabilité. Peine perdue.

Enfin Jésus vint, donna des règles puis tué, ressuscité, il disparut. Et après les premiers Evangiles, après des dizaines d’années de réflexion sous le souffle de l’Esprit, voici, dit Jean, comment enfin nous avons pénétré la révélation stupéfiante, merveilleuse. Et il fait comme un parallèle entre le commencement du monde et le commencement de l’œuvre de Jésus.

CREATION ET NOUVELLE CREATION

1er JOUR – JEAN 1, 1-18 : Au commencement était le Verbe, le Logos, il était tourné vers Dieu, il était Dieu. Tout fut par lui. En lui était la vie. Il était la Lumière. Et le Logos fut chair, il a demeuré parmi nous. A ceux qui croient en lui, il est donné de devenir enfants de Dieu … La Loi fut donnée par Moïse : la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Personne n’a jamais vu Dieu : son Fils l’a fait connaître.

Dieu n’est pas une Force: il parle, il est désir de communication, de communion. Cette Parole n’est pas son acte (comme nous) mais est lui, sa raison, son sens. Jésus a été cette Parole faite homme. Celui qui le croit n’est plus sous un régime légal mais dans la communion de l’amour.

2ème JOUR – JEAN 1, 19 : D’abord il y eut la Loi. Le dernier prophète, Jean-Baptiste, la répète mais il témoigne : « Je ne suis pas le Messie… il vient après moi ».

La tentation est toujours de confiner Jésus au rang de prophète. Le Baptiste creuse nettement l’abîme : de Moïse et tous les prophètes jusqu’à lui, la loi éclaire, exhorte, interdit mais ne peut sauver l’homme.

3ème JOUR – JEAN 1, 29 : Le lendemain, Jean dit : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde … J’ai vu l’Esprit descendre et demeurer sur lui. Il est le Fils de Dieu ».

Jésus a une identité unique. Sa révélation va être jugée inacceptable, blasphématoire et il sera mis à mort. Mais de sa mort subie, il fera un acte de don. Comme le sacrifice de l’agneau a permis la sortie de l’esclavage d’Egypte, la croix sera désormais, pour l’humanité entière, libération du péché.

4ème JOUR – JEAN 1, 35 : Le lendemain. Deux disciples de Jean le quittent et suivent Jésus qui s’en va. Ils demeurent avec lui. C’était la 10ème heure (donc fin du jour)

L’obéissance à la Loi est première étape mais elle appelle à son dépassement. Non vers l’anarchie mais dans la suite, l’attachement, la demeure, la communion avec Jésus.

5ème JOUR – JEAN 1, 40 : (donc le lendemain car la journée juive commence au crépuscule) André transmet la nouvelle à son frère Simon et l’emmène à Jésus qui le surnomme Pierre.

La joie de la découverte de Jésus entraîne au partage avec le frère dans l’exultation : « Nous avons trouvé le Messie ». Jésus fera de ses disciples une demeure spirituelle, un temple dont Simon est nommé « première pierre ».

6ème JOUR – JEAN 1, 43 : Le lendemain, Jésus appelle Philippe, qui va appeler Nathanaël. Au petit groupe des premiers disciples, Jésus fait une annonce mystérieuse: « Vous verrez le ciel ouvert et les anges monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme »

C’est une allusion au patriarche Jacob qui, dans un rêve, a vu une échelle qui reliait terre et ciel : il a dressé une stèle et a appelé ce lieu Bethel, Maison de Dieu (Gen 27, 12). Ainsi, un même 6ème jour, on dressera une croix au Golgotha et le sacrifice de l’Agneau en fera comme l’échelle, le lieu où la communion entre le ciel et la terre, la paix entre Dieu et les hommes, sera rétablie.

7ème JOUR – SABBAT : jour vide. Silence.

Le lendemain de la crucifixion sera le grand repos du sabbat où le corps de Jésus gît dans le tombeau. Jour de vide, d’absence.

Le 3ème JOUR – JEAN 2, 1 : « Le 3ème jour, Il y eut des noces à Cana … ».

Le prophète Osée et le Cantique des cantiques avaient présenté l’Alliance d’Israël avec Dieu non comme un contrat basé sur des commandements mais comme une alliance conjugale entre un Dieu qui aime une épouse toujours pécheresse, incapable de demeurer fidèle à son époux.
La grande fête des noces se heurtait toujours à l’infidélité du peuple. Un peu comme un mariage où le vin nécessaire à la fête venait à manquer. C’est pourquoi Jean fait dire à Marie : « Ils n’ont plus de vin ».
L’humanité doit-elle se résoudre à ne jamais pouvoir être en lien avec Dieu ? Sa faiblesse congénitale la condamne-t-elle à la culpabilité permanente, au désespoir sans remède ?

Mais qui, à cette époque, doit offrir le vin des noces ? L’époux. Donc à Cana, Jésus entend le constat de sa mère comme une demande : il est bien le Messie qui a mission d’offrir le vin pour célébrer les Noces de Dieu. Mais « l’heure » n’est pas venue. Elle sonnera plus tard quand Jésus saura « que son heure est venue, l’heure de passer de ce monde au Père » (13, 1). Ce sera l’heure de la croix, l’heure où l’Agneau de Dieu donnera son sang pour le pardon des péchés du monde.

En ce début, à Cana, Jésus ne peut faire qu’un « signe » c.à.d. une action porteuse de sens, qui suscite réflexion et réponse active. Car Jean ne dit jamais que Jésus fait « un miracle », ce qui fige les hommes dans « l’admiration » (même mot), la stupeur, l’immobilité.
Et ce signe de Cana a lieu le lendemain du sabbat, « le 3ème jour » après la promesse de voir le ciel ouvert, comme la résurrection sera au « 3ème jour », surlendemain de la croix (1 Cor 15, 4).

CANA, DIMANCHE, EUCHARISTIE

Les premiers chrétiens (Juifs et païens ensemble convertis) se réuniront le lendemain du sabbat, le jour de la Résurrection qu’ils appelleront Jour du Seigneur – en latin « domenica dies » qui donnera notre mot dimanche. Ils auront conscience d’être l’Eglise, la communauté croyante qui, au jour de son Seigneur, est transfigurée par son amour et, telle une épouse, s’unit à son Seigneur bien-aimé en partageant son Pain de Vie et la coupe de son sang.

L’Eucharistie est « le premier des signes » où Jésus manifeste sa gloire. Signe d’un amour jusqu’à la mort. Signe d’un amour surabondant qui répond à notre désir d’infini, car 6 vases contenant 2-3 mesures, cela donne environ 600 litres. Jésus a pour son épouse un amour d’une surabondance inépuisable.

L’Evangile se répandit très vite et c’est ainsi que la semaine, d’abord juive puis devenue chrétienne, se répandit dans le monde et que le dimanche devint, en germe, la manifestation de l’accomplissement de la création.

Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu.
Au recommencement est l’Eucharistie, jour des noces, jour de communion de Dieu et des hommes, jour de l’Agneau immolé et vivant, jour de joie et d’ivresse de l’Esprit, jour de l’assemblée, de la recréation de l’humanité défigurée par ses péchés.

Le 1er jour de la semaine Dieu nous reconstruit dans son amour pour que, pendant les 6 jours de semaine, nous construisions un monde selon sa volonté.


Frère Raphaël Devillers, dominicain