Catégories
Dimanches

27ème dimanche – Année B – 3 octobre 2021 – Évangile de Marc 10, 2-16

Imprimer

Évangile de Marc 10, 2-16

Le Mariage et les Enfants

Inflexible, Jésus accomplit sa décision d’aller à Jérusalem. De Capharnaüm, il contourne le lac et prend la route qui longe le Jourdain, qui est la frontière orientale d’Israël et descend vers la mer Morte. Il traverse même un gué et fait une incursion en Transjordanie dans la région païenne du Pérée. Ainsi du début à la fin de son voyage, il alterne passages en terres païennes et en Israël : signe de son dessein essentiel d’être le Messie universel.

Enseigner

De nouveau, les foules se rassemblent autour de lui et il les enseignait une fois de plus, selon son habitude.

Dès le début, Marc a sans cesse noté cette activité fondamentale de Jésus, « son habitude ». Il faut encore le souligner. Dans notre société qui change, où les études progressent, où toutes les opinions se heurtent dans un charivari incessant, l’explication de la foi est un devoir prioritaire. La liturgie de la Parole, lectures et commentaires, est sans doute à revoir. Comme Jésus, pasteurs et parents doivent enseigner, rectifier, répondre, éclairer. La sécularisation peut éroder le vernis religieux : elle ne torpille pas la foi. Au contraire elle la purifie.

Le Mariage

Des pharisiens s’avancent pour lui tendre un piège : ils lui demandent s’il est permis à un homme de répudier sa femme – Il répond : « Qu’est-ce que Moïse vous a prescrit ? » – « Moïse a permis d’écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme » (Deut 24, 1) – Jésus dit : «  C’est à cause de la dureté de votre cœur qu’il a écrit pour vous ce commandement. Mais au commencement du monde « Dieu les fit mâle et femelle : c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair »(Gen 1, 27 ; 2,14). Ainsi ils ne sont pas deux mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ».

Les ruptures conjugales étaient admises à condition pour le mari d’écrire un certificat de répudiation pour la femme. Injustice car la femme de son côté ne pouvait le faire. Mais les débats étaient houleux entre deux écoles : celle de Hillel qui autorisait le renvoi de la femme pour n’importe quel motif et celle de Shammaï qui exigeait des conditions plus graves.

Jésus dénonce cette casuistique qui provient, dit-il, de « votre dureté de cœur ». Dans la Bible, le cœur n’est pas le lieu de l’affection et de la tendresse mais, plus profondément, le lieu central de la personne : sa dureté indique l’incompréhension, le refus de la volonté de Dieu.

Et sortant du domaine de la Loi, Jésus remonte plus haut jusqu’au projet même du Dieu créateur et il cite les versets célèbres de la création. Dieu lui-même a inventé la sexualité, la différence entre homme et femme : le don réciproque de l’un à l’autre apparaît comme une œuvre divine et les humains ne peuvent donc la rompre.

Affirmation assez intransigeante !! – tellement que même Moïse a été obligé de rédiger une concession.

Incompréhension des Disciples

A la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur ce sujet. Il leur dit : « Si quelqu’un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l’égard de la première ; et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère ».

Étonnés par la fermeté de la réponse, revenus en privé près du Maître, les disciples le questionnent, peut-être en quête d’un adoucissement « pastoral ». Mais il n’en est pas question et Jésus réitère la même réponse – en ajoutant que cela vaut aussi si la femme répudie (cas prévu dans la société romaine des premiers chrétiens).

Les Enfants

Des gens lui amenaient des enfants pour qu’il les touche, mais les disciples les rabrouaient. En voyant cela, Jésus s’indigna et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. En vérité, je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas ». Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

La montée à Jérusalem est une grande école de formation des disciples (qui évidemment nous représentent, nous disciples d’aujourd’hui) et Marc insiste souvent pour montrer à quel point ils sont encore engoncés dans la conception d’un messie triomphant qui n’a vraiment pas de temps à perdre avec des gosses.

Les voyant repousser les parents qui naïvement venaient demander une bénédiction pour leurs petits, Jésus est très furieux et il les rabroue vertement. Manifestement ils ont déjà oublié la remontrance de Capharnaüm quand Jésus plaçait un enfant au milieu d’eux. (25ème dimanche).

Il faut être comme un enfant pour accueillir la Royaume : cela ne signifie pas du tout retomber dans l’enfantillage mais se savoir incompétent, fragile, faible, et ainsi vivre dans la confiance de celui qui reçoit sans mérites. Tout le contraire du pharisien qui, à force d’efforts et de renoncements, cherchait à mériter le royaume. « L’enfant n’est pas le symbole de l’innocence, mais de l’obéissance et de la disponibilité » (note Tob).

« Il les embrasse et les bénit » : il se présente à leur image, il semble s’abaisser, lui qui bientôt va affronter les plus grands chefs de la capitale sans trembler. La confiance du Fils envers son Père le rend le plus adulte des hommes. La foi n’est pas retombée dans l’enfance.

Loi et Miséricorde

Submergés par les appels que les évêques du monde entier ne cessaient de faire remonter de la base chrétienne, l’Église du 20ème siècle a compris qu’elle ne pouvait s’en tenir à répéter uniquement l’interdit du divorce. Le travail a été long et immense : 2 ans d’enquêtes et de discussions dans toutes les nations, 2 assemblées synodales pour aboutir finalement à la publication d’un document final par le pape François : « La joie de l’amour », Exhortation apostolique synodale sur l’amour dans la famille » daté du 19 mars 2016.

L’Exhortation aborde tous les aspects : grandeur et beauté du mariage, procréation et éducation des enfants, place des grands parents, formation sexuelle, etc. Mais le chapitre qui a tout de suite soulevé le plus de commentaires est le VIIIème, œuvre du pape, qui aborde les ruptures et s’intitule « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité » – 3 verbes qui définissent l’attitude de l’Église envers tous.

L’Église comprend que toute rupture du lien matrimonial va à l’encontre de la volonté de Dieu mais elle est consciente de la fragilité de beaucoup de ses fils. « Elle se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de manière incomplète, en reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leurs vies…

Donc l’Église doit accompagner ses fils les plus fragiles, marqués par un amour blessé et égaré, en leur redonnant confiance et espérance… »(§ 291)

« Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer…La route de l’Église est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration…Ne pas condamner éternellement, répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère…Car la charité est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite » (§ 296)

« Dans l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui ont contracté un mariage civil, qui sont divorcées et remariées, ou qui vivent simplement en concubinage, il revient à l’Église de leur révéler la divine pédagogie de la grâce dans leurs vies et de les aider à parvenir à la plénitude du plan de Dieu sur eux »(§ 297)

C’est pourquoi le § 243 disait déjà : «  Il est important de faire en sorte que les personnes divorcées engagées dans une nouvelle union sentent qu’elles font partie de l’Église, qu’elles ne sont pas excommuniées…Ces situations exigent aussi que ces divorcés bénéficient d’un discernement attentif et qu’ils soient accompagnés avec beaucoup de respect, en évitant tout langage et attitude qui fassent peser sur eux un sentiment de discrimination. Il faut encourager leur participation à la vie de la communauté. Prendre soin d’eux ne signifie pas pour la communauté chrétienne un affaiblissement de sa foi et de son témoignage sur l’indissolubilité du mariage, c’est plutôt précisément en cela que s’exprime sa charité ».

Mgr Van Looy, évêque de Gand, introduit le texte comme ceci : « Manifestement, l’exhortation apostolique du pape François veut mettre un terme à la perception d’une Église trop sévère quand il s’agit d’amour et de sexualité …Nous ne pouvons que remercier le pape François pour ce changement de paradigme qui ouvre la porte à l’avenir. Ce chemin n’est cependant pas fini. Cette exhortation me semble être un nouveau commencement pour une Église qui se fait accueillante à chacun ».

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.