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25ème dimanche – Année B – 23 septembre 2018 – Évangile de Marc 9, 30-37

Son père était Gouverneur général du Canada. Très jeune, il s’engage dans la marine anglaise. A la fin de la guerre, bouleversé à la vue des rescapés des camps de la mort, il démissionne de l’armée et cherche une autre manière de vivre l’Evangile.

En France, à Trosly, près de la forêt de Compiègne, il fait la connaissance du père Thomas Philippe, dominicain, qui accueille des hommes avec un handicap mental et qui restera toujours son maître spirituel.

Il passe un doctorat en philosophie à Paris.

Il fait connaissance de Raphaël et Philippe et il décide de vivre avec eux dans une petite maison : « Ils voulaient un ami, pas mes connaissances, mais mon cœur et mon être. »

Très vite de nouveaux lieux de vie voient le jour ; des jeunes affluent pour vivre un projet communautaire dans lequel les personnes avec un handicap tiennent une place centrale.

Le projet se répand dans plusieurs pays. Son nom : L’ARCHE (en référence à l’arche de Noé)
Aujourd’hui existent près de 150 communautés réparties sur 5 continents.
Parallèlement Jean Vanier fonde FOI ET LUMIERE, communautés de rencontres qui se tissent autour de personnes avec handicap.

Son interview (infra) fait écho à l’Evangile.

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ÉVANGILE DE MARC 9, 30-37

QUI EST LE PLUS GRAND ?

Chaque année, le Vatican publie les statistiques sur l’état de l’Eglise catholique dans le monde. Cette fois encore, le document confirme les tendances des années précédentes : si les nombres des baptêmes, des catéchisés, des pratiquants de la messe du dimanche, des mariages, des prêtres et des religieux sont en hausse en Afrique, en Asie et en Amérique, en revanche ils continuent de décroître en Europe.
L’Eglise occidentale est en crise et certains sceptiques se demandent même si elle ne va pas vers sa disparition (??). Et nous, catholiques, que faisons-nous ? Nous accusons l’évolution actuelle de la société: le relativisme moral, l’idolâtrie de l’argent, la course au plaisir immédiat, le laxisme des mœurs, etc. Et nous nous plaignons, sans bouger, dans la nostalgie du temps ancien et la vague attente d’une amélioration hypothétique.

Dimanche passé, nous avons vu la réaction inverse de Jésus. Il ne condamne pas la prestigieuse civilisation païenne en plein essor mais il ne demeure pas apathique, résigné : au contraire il prend le chemin de Jérusalem, il va au cœur de son peuple et de sa religion, bien décidé à appeler à la conversion, au changement. Et personne n’échappera à ses critiques.

Le haut clergé du Temple : Dieu n’a pas besoin des sacrifices d’animaux et les liturgies somptueuses mais inefficaces l’écœurent. Il ne veut pas des paroles creuses mais un culte qui transforme des pratiquants de rites en pratiquants de vie.
Les Anciens, membres des grandes familles : Dieu n’aime pas les parures vaniteuses, il appelle au droit, à la justice, au salut des pauvres.
Les Pharisiens : il ne faut pas multiplier les petites pratiques, allonger les prières, minuter les observances, ajouter des jeûnes mais revenir à l’essentiel, au commandement de l’amour de Dieu conjoint à celui du prochain.
Les scribes théologiens : trop souvent ils sont infatués par leur savoir, échafaudant des arguties trop subtiles pour les petits, savourant les premières places (12, 38)
Les zélotes qui préparent la révolution armée : « Celui qui prend l’épée périra par l’épée ». On ne sauve pas le monde en aimant certains et en haïssant d’autres.
Et même le peuple en prend pour son grade : on accourt pour voir du merveilleux, on supplie pour la guérison des malades mais on rechigne à se convertir. Certes la santé est un bien désirable mais les plus grands malheurs du monde ne sont-ils pas dus aux vices et aux ignominies d’hommes en bonne santé ? C’est l’orgueil, la vanité, la cupidité – même et surtout cachés sous les oripeaux des smokings et d’une fausse piété – qu’il faut déraciner.

Mais surtout Jésus va essayer de laisser entendre son identité qui explique ses exigences. Et là ce sera impardonnable : ce blasphémateur doit être exécuté.

Jésus est sans illusion : sa mission messianique ne pourra qu’échauffer l’opposition, exciter la haine et le conduire à la mort. Mais il n’en doute pas : s’il reste fidèle à son Père, il réussira.

Et il n’y a pas, il n’y aura jamais, d’autre alternative : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même…. ». La même opposition se manifestera contre ses disciples dans tous les pays, au cœur même des lieux les plus célèbres, les plus sacrés. Elle ira jusqu’au scandale suprême : l’amour qui saigne, frappé par la religion et la politique, tous les Caïphe et tous les Pilate.

FOLIE DE LA CROIX OU FOLIE DES GRANDEURS ?

Jésus ne contraint jamais, il a lancé un appel : « SI quelqu’un veut… » et sans chercher à convaincre à tout prix, sans encourager personne, seul, il tourne les talons et prend la direction du sud. Perplexes, désarçonnés, des hommes partent sur ses traces.

Partis de là, ils traversaient la Galilée, et Jésus ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples: « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »

Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.

La décision de Jésus est inébranlable : il fait à tous une deuxième annonce de sa Passion. Elle est aussi claire que la première mais les pauvres hommes sont comme perdus et ils n’osent même pas lui demander des explications supplémentaires.
Dans l’Eglise, il nous est agréable de parler cérémonies, pèlerinages, catéchisme, quêtes paroissiales, achat de chasubles….mais certainement pas de la perspective crucifiante.

On est heureux de retrouver Capharnaüm, la ville et la maison de Pierre où l’aventure avait commencé dans l’allégresse (1, 29) et le triomphe populaire (2, 1). La belle-mère prépare un bon repas mais la digestion va être vite perturbée.

A l’époque, il était de coutume qu’un prophète, un grand rabbin marche seul en tête, suivi par son groupe de disciples. Tout à coup Jésus, un léger sourire sur les lèvres, interpelle ses amis :

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

A Césarée, à la première annonce, Pierre s’était opposé à l’éventualité de la croix et il s’était fait repousser comme un « satan », un opposant au projet de Dieu. Et maintenant voici les Douze n’osant avouer leur conception d’un Messie tout-puissant qui va éliminer ses ennemis et instaurer un royaume glorieux – dont ils seront évidemment les dirigeants. Ah l’ordre des préséances ! Qui d’entre nous sera président ? Qui aux finances ?…Le Maître leur a annoncé la croix du Golgotha et ils rêvent de la croix d’honneur.

« Qui est le plus grand ? » : cela sous-entend aussi qu’ils ne sont pas d’accord sur le primat que Jésus, dès le début, a confié à Simon qu’il a surnommé Pierre (6, 12). D’autres (Jean ?) estiment qu’ils seraient bien plus aptes à prendre la tête. Ambition, rivalité, jalousie, concurrence : pourquoi voulons-nous nous donner de la valeur en écrasant les autres ?

C’est bien, dit Jésus, de vouloir être en tête car il faut des guides, des pasteurs, des enseignants…mais dans mon Eglise, il ne faut pas se jucher sur un trône, se faire servir comme un prince, dispenser des ordres, faire marcher les autres à la baguette (ni à la crosse), se parer de vêtements et d’insignes qui indiquent la préséance et les honneurs. Le grand doit comprendre qu’il est choisi pour servir ses frères.

Lors du dernier repas, Jésus, à genoux devant chaque disciple, ne jouera pas la comédie et il leur montrera qu’il est venu pour les servir, pour les laver de leurs fautes.

LA PARABOLE VIVANTE DE L’ENFANT

Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Aujourd’hui l’enfant est valorisé et nous sommes habitués à voir des papas qui jouent avec leurs petits, des hommes haut placés heureux d’être photographiés en leur compagnie. Mais dans l’antiquité, cet amour et cette proximité étaient réservés au domaine privé : les rabbins et les sommités n’avaient pas de temps à perdre et ils ne s’entretenaient qu’entre « grandes personnes ».

Ici Jésus innove complètement. Il ne dit pas au gamin : « Va jouer : nous devons traiter de choses sérieuses » mais il manifeste son affection réelle par des baisers – donc il se penche pour être à sa hauteur et il le place avec lui « au centre ».

Les apôtres doivent donc voir Jésus comme un enfant, ils doivent regarder l’enfant comme un semblable à Jésus. Vont-ils enfin comprendre, convertir leur conception de la puissance, cesser de voir Dieu comme un Potentat, Jésus comme un Chef, le Royaume comme une violence ?
Accueillir un enfant, un petit, un faible, un handicapé « au nom de Jésus », pour Lui, comme Lui, c’est entrer dans son Royaume. En accueillant le Fils, le cœur s’ouvre à l’accueil du Père.[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

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