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22ème dimanche ordinaire – Année C – 1er septembre 2019 – Évangile de Luc 14, 1-14

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ÉVANGILE DE LUC 14, 1-14

LES REPAS AVEC JÉSUS

C’est déjà la 3ème fois que Luc nous raconte que Jésus a été invité à partager un repas chez des Pharisiens. Signe intéressant. Jésus ne rejette aucune catégorie de personnes et il est prêt à débattre sur tous les sujets. Mais aussi preuve que la valeur des plats et la politesse requise d’un invité ne l’empêchent pas de s’exprimer comme il l’entend et de sortir parfois à ses hôtes « des vertes et des pas mûres »(7, 36 ; 11, 37).

Cela nous apprend à ne pas nous calfeutrer dans notre milieu bien pensant, à ne pas nous enfermer dans notre pruderie, à accepter des invitations chez des personnes qui ne partagent pas notre foi. Mais aussi à ne jamais nous faire acheter par des faveurs et à avoir le front d’exprimer notre désaccord avec certains avis et attitudes à la mode.

Accepter les invitations, apprécier les repas, dialoguer avec toutes les personnes, critiquer certaines attitudes, ne rien céder sur la foi : tout un programme.

L’HUMILITÉ NÉCESSAIRE

C’était shabbat. Les Pharisiens avaient coutume de célébrer l’entrée dans ce grand jour de fête par un joyeux repas où venait l’un ou l’autre grand maître de la Torah, réputé pour sa science et son éloquence. Evidemment les invités jouaient des coudes pour se glisser aux premières places. Jésus, amusé, remarque la manœuvre et ose un enseignement :

Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi. Alors celui qui vous a invités tous les deux viendrait te dire : « Cède-lui ta place » – et tu irais, plein de confusion, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors celui qui t’a invité te dira : « Mon ami, avance plus haut » et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi.

Faire le faux modeste pour être valorisé : la leçon semble mesquine, indigne de l’Évangile. Mais Jésus conclut par une sentence qui lui donne sa véritable portée :

Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.

Dans la Bible, l’absence de mention du sujet laisse entendre qu’il s’agit de Dieu. Il n’est plus seulement question de procédé subtil, de tactique de prévenances à table mais de l’agir de Dieu. Toute la Bible le répète : Dieu a horreur de l’orgueil et il procédera au retournement total des situations.
Dans son Magnificat, Marie le chantait :

Il disperse les hommes à la pensée orgueilleuse, Il jette les puissants à bas de leurs trônes ;
Il élève les humbles … (1, 51)

Dans une parabole sur la prière, Jésus répétera : « Tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé » (18, 14)

Et on ne répétera jamais assez la supplication de Paul : « Ayez un même amour, un même cœur, recherchez l’unité, ne faites rien par gloriole. Avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous… ».

Sur quoi il propose l’exemple du Christ « qui de condition divine…s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur ; devenu homme, il s’est abaissé, obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix… » (Phil 2, 3)

INVITER LES PAUVRES

Et remarquant sans doute que tous les invités font partie du même monde, appartiennent à la même classe sociale, Jésus enchaîne avec un autre conseil :

« Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis ni tes frères ni tes parents ni de riches voisins. Sinon eux aussi t’inviteront en retour et la politesse te sera rendue. Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre. Cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

En ce cas, il faudra sans doute garder l’œil car quelques malins s’arrangeront pour se remplir non seulement le ventre mais en outre les poches.
Mais par ailleurs, on comprend que Jésus nous demande de ne pas nous cantonner dans notre milieu social, de ne pas nous contenter de jeter une pièce jaune dans le gobelet d’un mendiant, de ne pas faire des cadeaux à ceux-là seuls qui ont la possibilité de nous rendre la pareille.

Donner, et donner largement, aux pauvres, à ceux qui n’ont pas les moyens de nous rendre la pareille, c’est un geste qui doit rendre heureux le disciple. Il sort du réseau des échanges commerciaux, du donnant-donnant pour entrer dans le monde de la gratuité du Royaume.

La charité le dépouille d’une part de ses biens, diminue son avoir mais elle l’enrichit de l’espérance de la résurrection. Sur terre, il aura permis à un pauvre de vivre ; au ciel Dieu lui donnera la vraie Vie. C’est pour cette raison que notre société d’avidité, d’accumulation et de rivalités implacables est une société de mort.

APPLICATIONS A L’EUCHARISTIE

Il ne faut jamais oublier qu’un évangéliste n’est pas un historien moderne qui s’applique à reconstituer le passé de la façon la plus minutieuse possible. Dans le sens contraire, il cherche à projeter la scène ancienne dans le présent du lecteur pour lui montrer qu’il reste concerné. Actes et paroles de Jésus demeurent actuels. Quand est-ce que nous partageons aujourd’hui un repas avec Jésus ? A la messe du dimanche. C’est là qu’il débusque notre pharisaïsme et nous apprend comment il veut, lui, que nous célébrions ce repas.

A l’église, on ne manœuvre pas pour occuper des sièges d’honneur.
Au 19ème siècle, lors de la grande révolution industrielle, des maîtres de forge trônaient au premier rang, bien dignes à l’intérieur des bancs d’œuvre marqués de leur blason, tandis qu’au fond, leurs ouvriers, mal vêtus, restaient debout, gauches, la casquette en main, sans rien comprendre du galimatias en usage. Jusqu’au jour où, excédés par ce mépris, ils sont sortis d’une Eglise qui ne l’était plus pour ouvrir des « maisons du peuple » et ont processionné derrière des drapeaux rouges en quête des lendemains qui chantent.

A l’église, les pauvres doivent être honorés.
A Lourdes, à Fatima, à Banneux, les pèlerins sont toujours très impressionnés par l’honneur rendu aux pauvres. Toujours les premiers rangs sont réservés aux handicapés et aux malades alités. Toutes ces personnes si souvent reléguées dans des maisons sans âme, passant des journées dans la solitude, sont replacées devant, comblées par la sollicitude des bénévoles, présentées comme les amies préférées de Jésus. Et les jeunes de passage se demandent pourquoi on ne fait pas de même dans les paroisses.

Dans l’Eglise, riches et pauvres se rencontrent.
Se détournant de Dieu, notre société ne peut que multiplier les fractures sociales et rejeter comme des rebuts ceux qui ont eu le malheur d’échouer. Ose-t-on s’estimer généreux en jetant une piécette dans le panier ? Comment dépasser le don anonyme d’argent par une relation humaine, par l’échange de paroles ?…Comment renouer des liens ? …Dans une société de finances et de classes, l’Eglise se doit d’être une communauté fraternelle.

Frère Raphaël Devillers, dominicain