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22ème dimanche – Année B – 29 août 2021 – Évangile de Marc 7, 1-23

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Évangile de Marc 7, 1-23

Nourriture et foi

Le cœur, l’épine dorsale de la vie d’Israël, c’est la Torah, le Livre de la Loi – que nous appelons la Bible. A la différence de toutes les autres nations, Israël a fait Alliance avec le Dieu unique qui lui a ordonné d’observer tous les préceptes contenus dans cette Torah sous peine de vie ou de mort. Pendant toute sa vie, l’Israélite apprend la Torah, vénère les rouleaux où elle est écrite, la prie dans les offices de la synagogue, la transmet à ses enfants. « Ta Parole, Seigneur, est ma lumière et mon salut ».

En outre toute une tradition de pratiques supplémentaires s’est imposée afin de conserver la pureté car tout contact avec un pécheur ou un païen entraîne une impureté – non un péché moral mais une souillure rituelle qui doit être effacée par des ablutions et des prières. C’est ainsi qu’un catalogue de pratiques de purification est devenu en usage obligatoire. Des « Scribes » c.à.d. des spécialistes des Écritures veillent partout à la bonne observance.

Commandements de Dieu et Traditions des hommes

Dès le début de sa mission, Jésus est observé par les pharisiens et les scribes de Galilée qui jugent qu’il n’est pas toujours en règle avec la Loi et la tradition. Excédés, ils demandent aux maîtres de Jérusalem d’envoyer une commission pour mener une enquête.

Les pharisiens et quelques scribes de Jérusalem se réunissent autour de Jésus et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, non lavées. Ils demandent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils mangent leur pain sans se laver les mains ! ».

Jésus réplique : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, quand il a dit de la part de Dieu : « Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi. Il est inutile le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains ! » Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes »

Comprenons bien ! Jésus ne critique pas les mesures d’hygiène mais le fait que ces hommes s’acharnent à imposer des ablutions rituelles alors qu’eux-mêmes n’observent pas certains commandements de Dieu. Ils sacralisent des actes de piété inventés par les hommes tout en bafouant l’essentiel : la Volonté de Dieu écrite dans la Loi. Et tout de suite Jésus donne un exemple de leur hypocrisie (mais la liturgie a omis ce passage) : alors que le commandement de Dieu oblige les enfants à soutenir leurs vieux parents, ils assuraient qu’ils pouvaient garder cet argent en faisant le vœu de l’offrir au temple.

La Véritable Pureté

Le sujet débattu est important : aussi Jésus lance un appel afin que tout le monde vienne l’écouter.

Jésus appela à nouveau la foule : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien ! Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme voilà ce qui rend l’homme impur ! »

La déclaration est forte, elle résonne comme un enseignement qu’il est essentiel de comprendre et de mettre en œuvre…et pourtant il n’est pas compris. C’est pourquoi il faut revenir près de Jésus pour lui demander une explication. Cela ne veut pas dire qu’il y aurait un évangile ésotérique réservé à des privilégiés mais que la foi humblement doit chercher à comprendre. Ce qui nous échappe de prime abord éveille le questionnement, nous pousse à chercher et, de la sorte, nous nous approchons de Jésus et nous devenons ses « disciples ». Trop de gens s’éloignent en disant qu’ils n’ont pas compris : au lieu d’entrer dans la lumière ils s’en écartent.

Lorsqu’il fut entré à la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogeaient. Il leur dit : « Vous aussi, êtes-vous sans intelligence ? Ne savez-vous pas que rien de ce qui pénètre de l’extérieur dans l’homme ne peut le rendre impur puisque cela ne pénètre pas dans son cœur mais dans son ventre puis s’en va dans la fosse ».

Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs.

« Il disait : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui rend l’homme impur. En effet, c’est de l’intérieur, c’et du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison. Tout ce qui est mal sort de l’intérieur et rend l’homme impur ».

Les scribes et les pharisiens prétendaient que l’on était impur lorsqu’on mangeait un aliment touché par des païens et que la tradition exigeait que l’on se purifie par des ablutions. Jésus renverse cette fausse culpabilité en affirmant que l’alimentation est une simple question d’hygiène et de système digestif. Où se loge le mal ? A l’intérieur de l’homme, dans le lieu central de ses affections et de ses décisions que la Bible appelle le « cœur ».

C’est de là que jaillissent les pensées, les projets, les paroles, les actes mauvais et pervers, et Jésus en donne une longue liste de douze.

Une Révolution

Il faut souligner le petit commentaire ajouté par Marc (et qui est absent dans la version de Matthieu) :

Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs.

Or il s’agit là d’une Loi essentielle non inventée par la tradition mais écrite dans la Révélation même de la Torah ! Tout le monde connaît le célèbre interdit biblique de consommer du porc (cf liste des aliments impurs dans Lév 11). Nous voilà à la source d’un violent débat qui va animer la première Église.

Il faudra une révélation surnaturelle pour que Pierre comprenne qu’il n’y a plus de nourriture impure : relire le chapitre 10 des Actes des Apôtres où Pierre perçoit un message lui montrant tous les animaux : « Ce que Dieu a rendu pur, toi, na va pas le déclarer immonde ». C’st pourquoi il pénètre dans la maison du centurion païen et déclare : « Comme vous le savez, c’et un crime pour un Juif que d’avoir des relations avec un étranger. Mais Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme. Voilà pourquoi c’est sans aucune réticence que je suis venu… » (Ac 10, 28).

Par le don de sa mort, de sa résurrection et de l’Esprit, le Christ a fait sauter le joug des préceptes et Paul peut lancer son cri de victoire : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage…Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair. Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres » (Gal 5, 1 – 13).

« Que nul ne vous condamne pour des questions de nourriture ou de boisson …Tout cela n’est que l’ombre de ce qui devait venir, mais la réalité relève du Christ…Du moment que vous êtes morts ave le Christ, et donc soustraits aux éléments du monde, pourquoi vous plier à des règles, comme si votre vie dépendait encore du monde. « Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas… » : tout cela pour des choses qui se décomposent à l’usage. Voilà bien des commandements et des doctrines d’hommes… » (Col 2, 16).

Voilà pourquoi les premiers chrétiens, Juifs et païens convertis, ont compris qu’ils pouvaient se côtoyer et ne former qu’une unique communauté qui festoyait et partageait allègrement le Pain du Seigneur. Il n’ y avait plus d’interdit alimentaire, des fausses manières de se juger. Tous étaient frères et sœurs, pardonnés par l’unique Sauveur. Ils rendaient gloire à Dieu qui prodiguait les merveilles de sa création et ils en jouissaient sans scrupules.

Dans un livre d’entretiens (paru en italien), le pape François vient de rappeler que le catéchisme chrétien encourage le plaisir sain et juste, et condamne celui qui n’est que «l’expression d’un égoïsme et d’un individualisme sous-jacents», celui qui cherche «la nourriture pour la nourriture, et non la relation avec les autres personnes, dont la nourriture devrait être un moyen».

En somme, «lorsque l’on a la capacité de mettre les personnes au cœur, alors manger est l’acte suprême qui favorise la convivialité et l’amitié, crée les conditions pour la naissance et le maintien de bonnes relations, et agit comme un moyen d’expression des valeurs et des cultures.»

Donc bon appétit ! Et « A votre santé » ! ».

Fr. Raphaël Devillers, dominicain.