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14ème dimanche ordinaires – Année C – 7 juillet 2019 – Évangile de Luc 10, 1-20

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ÉVANGILE DE LUC 10, 1-20

ALLEZ ! JE VOUS ENVOIE

Les premiers évangiles, Marc et Matthieu, ne rapportent qu’un seul envoi en mission : celui des 12 apôtres par Jésus. Luc, lui, ajoute un second envoi de 72 disciples : cela signifie que l’évangélisation est un devoir également confié à tous les fidèles qui suivent Jésus et pas seulement aux responsables. Quant au nombre 72 qui, dans la conception antique de la Bible, est celui des nations de la terre, il montre que l’Evangile a une portée universelle, qu’il est l’ultime et définitif appel au salut pour tout être humain, où qu’il vive, et jusqu’à la fin des temps. Chaque point du texte est à méditer : comment l’appliquerai-je ?

DIRECTIVES DE BASE DE LA MISSION 

« Jésus les envoie ».

La mission n’est pas l’initiative de certains exaltés pressés de déployer tous leurs talents d’organisateurs pour répandre leurs idées religieuses. Elle n’est pas la promotion des meilleurs, des mieux doués, des plus qualifiés. Des gens très simples, sans grande formation, peuvent mieux rayonner l’Evangile que des intellectuels. Il est essentiel de ne jamais oublier que le chrétien ne réalise pas son œuvre propre : il a reçu une tâche dont il devient responsable. Sa dignité est celle d’un ambassadeur qui représente une Personne qui le dépasse infiniment.

« Deux par deux ».

Un missionnaire ne fait pas son petit numéro individuel : il collabore, il accepte de travailler avec d’autres. Comme ceux-ci voient parfois les choses différemment ou ont d’autres projets, cela l’empêche de canoniser ses propres conceptions et ça l’oblige, lui le premier, à pratiquer le dialogue et l’amour fraternel qu’il demande aux autres. Ensemble on peut se soutenir, s’encourager aux jours de lassitude, choisir les meilleures décisions.

« La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux : priez le Maître d’envoyer des ouvriers ».

A toux ceux qui se croient indispensables et voudraient foncer dans l’action immédiate, Jésus demande d’abord de s’arrêter et de réfléchir. Car le terrain a une dimension mondiale, la tâche est colossale, les obstacles innombrables et rares sont les candidats qui acceptent leur mission. Ecrasé par cette prise de conscience, le futur missionnaire doit d’abord prier, supplier Dieu de mobiliser beaucoup d’autres. Ainsi renforce-t-il sa conviction d’envoyé spécial.

« Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ».

D’emblée le témoin du Christ est prévenu : il part sans aucune protection, sans moyen de défense, cible facile pour la horde des ennemis qui ne supportent pas d’être dérangés dans leur volonté de lucre et de puissance. Jésus, qui en avait fait le premier l’expérience et qui avait payé cher sa volonté d’accomplir le projet de son Père, l’a répété à maintes reprises : « Vous serez haïs de tous ». Ne vous imaginez pas qu’en faisant montre de gentillesse, en multipliant les actes de bienfaisance, vous apaiserez la haine de certains. Au contraire ! C’est Dieu, c’est le Christ, c’est son Eglise qu’ils veulent à tout prix écarter, écraser.

« N’emportez pas d’argent».

L’argent est le veau d’or qui enlise les foules dans le matérialisme, la satisfaction des plaisirs immédiats, la course aux divertissements, donc dans le culte de l’avoir, les rivalités, les jalousies. Il est l’ennemi sournois de l’Evangile : jamais on ne l’a aussi bien vu qu’aujourd’hui.

C’est pourquoi le premier témoignage rendu à l’Evangile est un certain détachement vis-à-vis des biens matériels, un refus des obsessions mondaines, une surdité aux sirènes de la publicité. Se montrer heureux sans posséder le dernier modèle de téléphone ou de voiture, sans avoir nagé sous les tropiques : voilà qui doit surprendre tous les esclaves des slogans du jour.

« Ne pas s’attarder en salutations ».

En ce temps-là, la coutume voulait que toute rencontre se prolonge en conversations interminables, en « salamalecs ». Certes le missionnaire est poli, il s’intéresse à la santé des membres de la famille, à leurs problèmes éventuels. Mais il n’a plus le temps de papoter sur des futilités lorsqu’il est étreint par les malheurs du monde, les atrocités que les médias lui jettent tous les jours à la figure.

Ah si davantage de chrétiens consacraient plus de temps pour organiser l’évangélisation, redynamiser la paroisse, activer le secours des malades, inventer des relations avec les jeunes !…Quelle tragédie de constater que l’hypnose devant le petit écran et la passion des divertissements empêchent de sauver des hommes !

« Quand vous entrez dans une maison, donnez la paix : si on la refuse, restez vous-mêmes en paix ».

Il ne suffit plus d’attendre que les gens reviennent à l’église : l’évangile doit aller à eux, entrer chez eux. Arranger un accueil, dialoguer à l’école, sur le lieu de travail ou de loisirs : l’évangélisation peut commencer de façon très ordinaire par un chrétien qui transpire la paix. Il bute parfois contre un échec mais, sans dépit ni colère, il garde sa paix. Car la liberté ne peut se forcer.

« Restez dans cette maison, mangez ce qu’on vous offrira. Car le travailleur mérite son salaire ».

L’hospitalité est une action essentielle de la mission : s’ouvrir au Christ c’est accueillir l’autre comme frère. Avant le partage eucharistique, on partage la table commune.

L’effet de cette permission est considérable : du coup tous les interdits alimentaires qui séparent souvent les religions disparaissent. Le Royaume est joyeuse convivialité libérée des tabous. Saint Paul a dû lutter pour combattre les vieilles coutumes et répétait : « Le Royaume n’est pas affaire de nourriture » (Romains 14,17). Le disciple ne craint pas d’être contaminé : il se soucie de communiquer la purification.

Et voici l’essentiel de la mission évangélique :

« SOIGNEZ LES MALADES
ET DITES : LE REGNE DE DIEU S’EST APPROCHE JUSQU’À VOUS »

Pour l’Evangile, la maladie n’est ni une fatalité à laquelle on se résigne ni encore moins une punition de Dieu mais un mal que l’on combat autant que l’on peut. On le doit parce que, mystérieusement mais très réellement, la venue de Jésus sur terre a provoqué une approche toute nouvelle de Dieu qui veut que l’homme vive debout. Jésus n’a pas fait des miracles pour surprendre mais par amour des plus faibles. Le dévouement thérapeutique peut être un premier pas dans la découverte du vrai Dieu.

Vivant dans une certaine pauvreté, sans puissance ni quête de richesse, pleins de sollicitude active envers les souffrants, rayonnant de paix et de joie, les disciples de Jésus posent question. Pourquoi agissent-ils de la sorte ? Qu’est-ce qui les motive ? Lorsque ces interrogations jaillissent, alors ils peuvent révéler : Avec Jésus et son Esprit, nous essayons de vous ouvrir les yeux sur la présence active du Dieu Seigneur et nous vous invitons à entrer car « son Royaume est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom 14,17)

POUR ECHAPPER A LA DESTRUCTION

Les versets 12 à 16 ne sont pas les malédictions d’un Dieu terrifiant qui s’acharne à détruire ceux qui lui résistent mais une plainte et un dernier appel de Jésus. Et l’histoire le confirme tous les jours. Quand les hommes refusent le message de l’Evangile, quand ils veulent à tout prix s’enfermer dans leur égoïsme, réaliser leurs désirs les plus bas, rivaliser dans la concurrence, jouir sans limites, écraser l’autre différent, ils se détruisent, s’enlisent dans les conflits, ils tuent et volent et ils conduisent le monde à l’abîme.

C’est pour sauver l’humanité, arrêter les guerres, préserver la planète que Dieu propose son Règne.

Et c’est pour cela que Jésus se lamente sur les villes où il a tant prêché et guéri les malades, et qui ont refusé de se convertir. Quels dégâts ! Quelle tristesse ! Et quel avertissement pour les peuples qui ont reçu l’Evangile depuis des siècles mais qui ne pratiquent pas ce qu’il commande..

RETOUR DE MISSION

« Les 72 reviennent dans la joie, tout heureux d’avoir réalisé des exorcismes. Jésus dit : « Je voyais Satan dégringoler du ciel. N’oubliez pas que c’est moi qui vous ai donné pouvoir sur le mal. Ne vous réjouissez pas de vos guérisons mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel ».

Jésus nous met en garde contre notre orgueil d’avoir réussi des merveilles : n’oubliez jamais que tout vous a été donné. En outre il leur révèle la dimension cachée et abyssale de la mission : la Bonne Nouvelle de l’obéissance à Jésus signifie et réalise l’effondrement du royaume du mal.

CONCLUSION

Sans Dieu, la vie est un bonheur fragile à préserver, un temps reçu par hasard, à passer le moins mal possible et à perdre inéluctablement.

Avec Jésus et l’Evangile, la vie est un don, une réponse à un appel, une ouverture à l’autre, une mission à accomplir, un amour universel, une espérance d’éternité. L’Evangile est pro-vie.

Frère Raphaël Devillers, dominicain