Foi et Religion dans une société moderne

Mgr De Kesel, archevêque de Bruxelles

L’Eglise semble traverser une longue crise. Comment décririez-vous l’état du christianisme en Belgique ? Est-il en train de disparaître ?

Non je suis absolument convaincu que ce n’est pas le cas. Il s’agit de bien comprendre la crise et l’épreuve que les catholiques traversent. A la suite de la modernité, qui commence pour moi le 24 octobre 1648 avec la Paix de Westphalie qui institue la tolérance religieuse, le christianisme a perdu son statut de religion culturelle.

Certains voient dans la perte de ce statut, puis dans la sécularisation, l’origine de tous nos maux. Je ne partage pas cet avis. Le christianisme ne peut pas être pleinement lui-même lorsqu’il est la religion hégémonique. Que l’Église traverse donc une crise est indéniable, mais affirmer qu’elle s’achemine vers sa fin est inexact. Elle a changé de statut et doit être à l’écoute des signes des temps pour repenser la façon d’accomplir sa mission. Je suis donc persuadé que la sécularisation offre à l’Église une place plus ajustée à ce qu’elle doit être…

( Cardinal J. De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles – vient de publier « Foi et religion dans une société moderne (éd. Salvator) – interview dans « La Libre » 26 05 21)

« L’Eglise traverse une crise »

Josef De Kesel, cardinal de Belgique

Voici quelques-uns des passages marquants du livre.

Vers la fin de l’Eglise?

« Que l’Église traverse une crise est indéniable, mais qu’elle s’achemine vers sa fin est inexact. Il vaut mieux essayer de comprendre les signes des temps et accepter de plein gré le changement de situation. L’Église devra dans ce but repenser la façon d’accomplir sa mission et se positionner dans la société. »

Une crise parmi d’autres?

« Que l’Église ait connu au cours de son histoire d’autres crises ne relativise donc en rien la crise que nous traversons aujourd’hui. Celle-ci est d’ailleurs unique et jusqu’ici inédite. C’est la première fois que l’Église se trouve devant un tel défi. Avant l’avènement de la modernité, on ne mettait jamais en question le bon droit d’une religion. À l’époque de l’Antiquité, l’Église a annoncé l’Évangile dans un monde où la religion y était une évidence. Ce n’est plus le cas pour nous aujourd’hui. »

Les églises se vident-elles?

« On entend constamment dire dans les médias et dans l’opinion publique que les églises se vident. On sous-entend par-là que la foi et l’Église sont sur le déclin. On mentionne toujours que beaucoup de gens quittent l’Église. Je répondrais à cela: beaucoup ne quittent pas l’Église, ils n’y sont jamais entrés. Et je dirais en plus: il n’est pas possible que toutes les églises soient pleines. Il y a des églises pleines et des églises qui sont fort fréquentées, mais bien sûr pas toutes. L’infrastructure, avec ses nombreuses églises, a été conçue pour une époque où tous ou la grande majorité de la population se rendaient à l’église. »

A quoi sert l’Église?

« Pourquoi Dieu veut-il un peuple ? Pourquoi rassemble-t-il des personnes en communautés, en Église ? La réponse à cette question nous permet déjà d’apercevoir ce qu’est une Église. Nous avons déjà insisté sur cet aspect : c’est le désir de Dieu qu’il puisse disposer des lieux sur cette terre où il est reconnu et aimé. Où il peut déjà partager et vivre l’alliance avec ceux qu’il a lui-même appelés à l’existence. »

Paru dans Cathobel 25 05 2021