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Fêtes et solennités

Fête de l’Assomption de Marie – Année C – 15 août 2016
Évangile de Luc 1, 39-56

Tant de titres prestigieux (Immaculée Conception, Virginité perpétuelle, Assomption, Reine des cieux…), tant de peintures d’une femme merveilleuse, tant de statues, d’images et de cantiques : la dévotion et l’admiration n’ont-elles pas écarté Marie de nous ? Elle est devenue pour beaucoup une pourvoyeuse de miracles et certains, excédés par la trop grande place qu’elle occupe dans la piété populaire et les pèlerinages, voudraient que l’on fasse plus de silence à son sujet.

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ECOUTER DIEU … SERVIR LE PROCHAIN … CHANTER DIEU

Tant de titres prestigieux (Immaculée Conception, Virginité perpétuelle, Assomption, Reine des cieux…), tant de peintures d’une femme merveilleuse, tant de statues, d’images et de cantiques : la dévotion et l’admiration n’ont-elles pas écarté Marie de nous ? Elle est devenue pour beaucoup une pourvoyeuse de miracles et certains, excédés par la trop grande place qu’elle occupe dans la piété populaire et les pèlerinages, voudraient que l’on fasse plus de silence à son sujet.

Pourtant la lecture des évangiles nous permet de discerner sa grandeur à travers les traits d’une femme simple qu’il s’agit d’abord d’imiter avant d’ajouter à la liste de ses prérogatives. Son Assomption nous apprend la FOI (écouter la Parole), la CHARITE (servir l’autre), l’ESPERANCE (chanter Dieu)

1. ECOUTER ET SERVIR LE PROJET DE DIEU

On ne dit rien ni de sa famille, ni de ses vertus, ni de son train de vie, ni de son apparence. Elle doit avoir autour de 14 ans et mariée récemment à un jeune artisan du tout petit village de Nazareth, elle achève son séjour chez ses parents. Tout à coup, un événement la rejoint dans sa solitude : « Joie à toi : Dieu t’a choisie pour être la mère du Messie attendu ». Elle est bouleversée, ne comprend pas, demande comment cela est possible. Mais sans solliciter un délai de réflexion, sans consulter personne, ferme dans sa foi, elle se donne : « Je viens servir le Seigneur : que tout se passe comme il le veut ».

Qui que l’on soit, la foi, c’est d’abord écouter une Parole de Dieu pour soi. Cette Parole était peut-être connue depuis le catéchisme, banale à force d’être entendue : mais un jour, tout à coup, sans raison, elle n’est plus la phrase d’un texte. « C’est à toi que je m’adresse : tu es concerné. Le moment est venu non de connaître mais d’assumer cette parole comme un message qui est à réaliser PAR TOI ». Ne rejette pas cette parole comme impossible, ne la renvoie pas à la responsabilité des autres, ne reporte pas ton adhésion à plus tard, ne te cache pas devant tes insuffisances, tes péchés, tes peurs. Actualise cette Parole dans la chair de ta vie. Dis : « MOI – OUI – MAINTENANT ».

2. SORTIR ET SERVIR SON PROCHAIN

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle.

Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte :

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Le OUI de la foi n’enferme pas dans la contemplation, il n’envoie pas dans la solitude du monastère, il ne provoque pas l’ébullition de l’entourage, n’oblige pas aux cours de théologie.

Marie fait ce que Dieu a fait pour elle. La Parole de l’ange est sortie de Dieu pour entrer chez elle : à son tout, Marie sort de chez elle et entre chez sa cousine. Elle a en effet appris que celle-ci, après quelques années de mariage est enfin enceinte.

Marie n’attend pas que l’on vienne la visiter, elle qui a reçu la plus sublime des vocations : c’est elle, la plus jeune qui va chez son aînée, chez celle qui est enceinte bien avant elle. Et elle va se mettre à son service puisqu’elle va demeurer là jusqu’à l’accouchement de Jean. Celle qui écoute la Parole de Dieu et qui répond : « Je suis la servante du Seigneur » ne peut rien faire de mieux que de s’encourir chez sa parente et lui dire : « Je suis ta servante ». Recevoir sa vocation c’est se mettre au service de la vocation de l’autre.

3. CHANTER SA RECONNAISSANCE

Chant né sur les lèvres de Marie en ce moment ou cantique inventé par l’Eglise quand elle s’est mise à comprendre la grandeur de la Mère de Jésus, le Magnificat reste une de nos plus belles prières.

Marie dit alors :

1. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

2. Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes,

il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

3. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

—- Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

1. Avec une joie éperdue, Marie chante sa reconnaissance à l’endroit de ce Dieu qui l’a choisie entre toutes les femmes, elle qui n’est que sa petite servante, qui est sauvée par lui et qui, par sa grâce, va parachever les merveilles du salut du monde.

La prière du croyant qui comprend son privilège d’avoir pu recevoir une Parole de Dieu est d’abord un cri de joie et de reconnaissance. Dieu n’est pas d’abord un fournisseur que l’on implore mais un Père que l’on admire, que l’on aime, dont on ne cesse de chanter les bienfaits. Nos églises ne vibrent pas assez aux acclamations d’un peuple heureux d’être sauvé. On nous a trop appris à avoir une piété triste.

2. Puis le cœur de Marie s’ouvre aux dimensions du monde. Elle connaît les Ecritures : « d’âge en âge », à travers les histoires d’Abraham, de Jacob, de Moïse, de Josué, de David et Salomon, d’Isaïe et de Jérémie, elle sait que Dieu poursuit son grand projet de salut du monde. Elle connaît les mœurs de Dieu : il est amour, il est miséricorde et même si les hommes sont capables d’horreur, elle ne doute pas que Dieu prend parti des petits. Des tyrans ont fait couler des flots de sang, des ambitieux ont régné depuis leurs trônes d’or et d’ivoire, des exploiteurs ont amassé des fortunes et affamé des multitudes. Oui là est bien le portrait du monde tel que le montrent les médias mais ce triomphe des méchants est toujours temporaire. Dieu fait justice et il opèrera toujours le renversement des situations.

Ainsi une petite Nazaréenne, moquée, veuve puis écrasée par la crucifixion du Fils que Dieu lui avait donné a été « assumée », emportée dans la Vie éternelle : la pauvre est la Reine de l’univers.

3. Et Dieu a choisi un petit peuple, Israël. Non pour ses qualités, sa grandeur. Non pour se targuer de sa vocation et mépriser les autres peuples. Mais pour comprendre que sa vocation n’est pas un privilège mais une mission : faire connaître le vrai Dieu et apporter la paix. Et quels que soient les avatars de ce peuple si souvent bafoué et humilié, Dieu réalise la promesse qu’il a faite à Abraham.

Ainsi le croyant aujourd’hui se voit comme membre d’une Eglise pécheresse et souvent écrasée mais il ne doute pas que le Dessein de Dieu, parfois de manière incompréhensible, s’accomplit.

MARIE AU CIEL ET PRES DE NOUS

L’histoire de Marie nous concerne au cœur de notre foi. L’expression imagée « monter au ciel » ne signifie absolument pas s’éloigner dans l’infini des étoiles mais au contraire être englobée corps et âme dans l’amour Infini. Le concile Vatican II exprimait à quel point l’Assomption de Marie la rend toute proche de nous, nous soutenant dans notre marche (L’Eglise – n° 59) :

« Après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse… »

Raphaël Devillers , dominicain – Tél. : 04 / 220 56 93 – Courriel : r.devillers@resurgences.be