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6ème dimanche ordinaire – Année A – 12 février 2017
Évangile de Matthieu 5, 17-37

Je ne suis pas venu abolir mais accomplir.

En adoptant le style du prophète pauvre et itinérant,
en proclamant avec assurance qu’il vient inaugurer le Royaume de Dieu,
en pressant les gens de changer leurs conceptions et de vivre comme il le dit et le pratique,
en enseignant que l’entrée dans ce royaume s’opère par les chemins des 8 béatitudes,
en présentant la Bonne Nouvelle de la Miséricorde de Dieu à tous les pécheurs,
est-ce que Jésus n’apportait pas quelque chose d’absolument nouveau ?

Est-ce que son Evangile ne remplaçait pas la Loi ?
Est-ce que la Nouvelle Alliance ne rendait pas l’Ancienne caduque?
Est-ce que les 8 Béatitudes ne supplantaient pas les 10 Paroles du Décalogue ?
Est-ce que la liberté s’épanouissait au-delà de la morale ?….

« NON ! Ne pensez pas… »

Enchaînant sur les Béatitudes, Jésus tout de suite écarte cette fausse interprétation.
Le Nouveau Testament ne dévalorise pas l’Ancien : il « l’accomplit ».

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LOI et ÉVANGILE

En adoptant le style du prophète pauvre et itinérant, en proclamant avec assurance qu’il vient inaugurer le Royaume de Dieu, en pressant les gens de changer leurs conceptions et de vivre comme il le dit et le pratique, en enseignant que l’entrée dans ce royaume s’opère par les chemins des 8 béatitudes, en présentant la Bonne Nouvelle de la Miséricorde de Dieu à tous les pécheurs, est-ce que Jésus n’apportait pas quelque chose d’absolument nouveau ? Est-ce que son Évangile ne remplaçait pas la Loi ? Est-ce que la Nouvelle Alliance ne rendait pas l’Ancienne dépassée? Est-ce que les 8 Béatitudes ne supplantaient pas les 10 Paroles du Décalogue ? Est-ce que la liberté s’épanouissait au-delà de la morale ?….
« NON ! Ne pensez pas… » : enchaînant sur les Béatitudes, Jésus tout de suite écarte cette fausse interprétation. Le Nouveau Testament ne dévalorise pas l’Ancien : il « l’accomplit ».

Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

L’Évangile ne supplante pas la Loi : il l’accomplit c.à.d. il la guérit du juridisme, de l’obsession casuistique et, au lieu de l’édulcorer, il en déploie toutes les exigences cachées. Il n’est plus possible de se croire « juste devant Dieu » en se mettant en règle soit par le savoir (les scribes), soit par la multiplication de pratiques minutieuses (pharisiens). Les disciples de Jésus sont libérés des carcans et pressés d’aller toujours de plus en plus loin. L’amour n’est pas un code qui enorgueillit ceux qui l’observent et désespère ceux qui l’enfreignent. Donc la Loi demeure, plus éternelle encore que la création et, pour nous humaniser, elle nous pousse à nous « surpasser » dans les exigences jamais abouties de l’amour. Ni moralisme ni anarchie : la foi dynamise l’existence dans un élan de bonheur.
Jésus explique cela par 5 exemples que l’on appelle souvent des « antithèses »  mais ce sont plutôt, comme il le dit, « des accomplissements ». (Les 3 premiers sont lus ce jour).

Il importe d’abord de souligner fortement l’importance de l’expression qui ouvre chaque paragraphe :

Vous avez appris qu’il a été dit …….Et bien ! moi, je vous dis…

Qui donc est ce MOI qui a la prétention exorbitante de se contreposer par rapport à l’enseignement le plus sacré que l’on transmet à toutes les générations d’Israël ? Qui est ce Jésus ? De quel droit un petit artisan d’un village obscur, ni prêtre, ni scribe, ni prince, ni notable ose-t-il dire ce qu’aucun prophète n’a eu la prétention d’affirmer ?…Ce sera la découverte de son identité (Fils de Dieu) qui permettra d’accepter ses propos.

1) LA PAROLE PEUT ÊTRE UNE ARME

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

Pour Jésus, l’interdit du 6ème commandement doit être remonté très haut en amont, bien avant que le doigt appuie sur la gâchette ou que le bras abatte des coups. C’est le bouillonnement de la colère intérieure qu’il faut éteindre, les injures qu’il faut refréner car on peut blesser gravement et même tuer par des mots.
Ces mots méprisants nous paraissent anodins, ils nous amusent même, ils nous semblent vérifiés et mérités mais ils ont fait très mal à l’autre au point que nous ne pouvons plus approcher de Dieu dans le culte. La liturgie ayant pour but la constitution d’une communauté de frères en Dieu, donc dans l’amour, elle oblige ses participants à se réconcilier d’emblée. L’offense au frère est un mur qui empêche de rencontrer Dieu  puisque Dieu est aussi son Père ! L’injure au frère annule la prière à Dieu.

Il se peut que l’autre refuse la demande de pardon : cet échec demandera une nouvelle tentative.
Et si l’offenseur  ne vient pas présenter des excuses (peut-être en a-t-il été empêché, ou bien il n’a pas pris conscience de la gravité de ses coups), le blessé n’a plus qu’à intercéder pour lui, à l’imitation de Jésus qui, injustement condamné, priait pour ses bourreaux sur la croix.

2) L’ADULTÈRE COMMENCE PAR LA CONVOITISE NON MAÎTRISÉE

Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère’.  Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil ou ta main entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

Sur le domaine sexuel, Jésus fait une double remarque.
D’abord il opère le même raisonnement : le péché interdit par le 7ème commandement commence lorsque l’homme se laisse dominer par sa convoitise et considère la femme comme une proie à prendre. Le feu est tellement actif, il sollicite tellement les sens qu’il faut, dès le départ, opérer des ruptures dont les images disent la radicalité (« arrache ton œil…coupe ta main… »).
En outre Jésus revient sur une concession que la tradition avait fini par admettre et légiférer : l’époux pouvait renvoyer son épouse en lui donnant un acte de répudiation motivée pour telle ou telle raison. Jésus refuse ce privilège des hommes sauf dans un seul cas dont la signification n’est pas nette. On traduit » : « sauf en cas d’union illégitime » c.à.d. lorsque l’on constate que les liens de parenté ne permettaient pas cette union.
Le « non » de Jésus continuera de surprendre, de paraître inadmissible : cependant les pharisiens, le relançant sur ce sujet, s’attireront le même refus : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (19, 1-9).

Avant d’estimer exagérée cette position tranchée, il est important de remarquer que Jésus prend la défense de la femme : elle ne peut être réduite à un objet que l’on désire puis que l’on rejette.

Mais cela soulève évidemment un énorme problème qui agite l’Église depuis plusieurs années : que dire aux divorcés qui ont contracté une nouvelle union ? Il a fallu 2 sessions d’un Synode extraordinaire pour arriver à un long document intitulé « La joie de l’Amour » et qui traite de tous les problèmes pastoraux du couple et de la famille. Voici une esquisse de l’exposé du chapitre 8 qui aborde le problème des cas difficiles (Plusieurs passages sont donnés ci-dessous en annexe)
L’idéal du mariage chrétien demeure intangible et il faut continuer à le proposer à tous.
Mais les humains sont fragiles, ils cheminent vers le bien par étapes, ils subissent des conditionnements et doivent bénéficier de circonstances atténuantes.
Donc l’Église se doit d’imiter son Christ Seigneur qui enseignait des exigences mais savait aller à la rencontre des personnes avec tendresse et patience (La Samaritaine, la femme adultère…)
L’Église doit donc faire un travail de discernement (le mot revient à plusieurs reprises dans le texte) pour savoir apprécier tous les éléments de la situation. Ce discernement se fera dans la rencontre des personnes, la conversation, le dialogue.
Elle se doit aussi d’accompagner chaque personne dans son cheminement et tout faire pour éviter de l’exclure et au contraire en vue de l’intégrer.
Bref – l’année du Jubilé l’a rappelé avec force – l’enseignement du code doit se faire avec beaucoup de miséricorde : attitude de pardon, de compréhension qui peut paraître exagérée mais qui de nous n’a pas besoin de l’infinie Miséricorde du Seigneur ?

3) LA VÉRITÉ NUE

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur’.
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout. Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.

Jésus coupe court aux débats des scribes qui comparaient la valeur des serments selon leur motivation. Ne jurez pas, dit-il. Que la force de votre langage soit celui de la vérité sans avoir besoin de vous appuyer sur n’importe quoi. L’actualité récente nous a montré qu’un grand pays pouvait faire jurer son Président la main sur un livre qui interdisait de le faire. Mais qui de nous obéit à tout ce que dit l’Évangile ?

CONCLUSION

L’Évangile n’est pas un code qu’il faut observer, sinon il ne serait pas une Bonne Nouvelle. Il est un appel, une poussée en avant, une espérance.
« MOI je vous dis » : quelqu’un parle à quelqu’un et il cherche à l’ « accomplir » en humanité.
La réponse du disciple ne peut être que : « MOI je crois, j’ai confiance en Toi. Aie pitié de moi »[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][fusion_text]

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

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PAPE FRANÇOIS : LA JOIE DE L’AMOUR

HUITIÈME CHAPITRE (extraits) : ACCOMPAGNER, DISCERNER ET INTÉGRER LA FRAGILITÉ

291. …Même si l’Église comprend que toute rupture du lien matrimonial va à l’encontre de la volonté de Dieu, elle est également consciente de la fragilité de nombreux de ses fils. Illuminée par le regard de Jésus Christ, elle se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de manière incomplète, tout en reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leurs vies, leur donnant le courage d’accomplir le bien, pour prendre soin l’un de l’autre avec amour et être au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent …Souvent la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne.

292. Le mariage chrétien, reflet de l’union entre le Christ et son Église, se réalise pleinement dans l’union entre un homme et une femme, qui se donnent l’un à l’autre dans un amour exclusif et dans une fidélité libre, s’appartiennent jusqu’à la mort et s’ouvrent à la transmission de la vie, consacrés par le sacrement qui leur confère la grâce pour constituer une Église domestique et le ferment d’une vie nouvelle pour la société.

La gradualité dans la pastorale

294. …Le nombre de ceux qui, après avoir vécu longtemps ensemble, demandent la célébration du mariage à l’Église, connaît une augmentation constante. Le simple concubinage est souvent choisi à cause de la mentalité générale contraire aux institutions et aux engagements définitifs… Mais toutes ces situations doivent être affrontées d’une manière constructive, en cherchant à les transformer en occasions de cheminement vers la plénitude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile. Il s’agit de les accueillir et de les accompagner avec patience et délicatesse. C’est ce qu’a fait Jésus avec la samaritaine (cf. Jn 4, 1-26) : il a adressé une parole à son désir d’un amour vrai, pour la libérer de tout ce qui obscurcissait sa vie et la conduire à la joie pleine de l’Évangile.
295. Dans ce sens, saint Jean-Paul II proposait ce qu’on appelle la ‘‘loi de gradualité’’, conscient que l’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance »…………

Le discernement des situations dites ‘‘irrégulières’’

296…. Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer […]. La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère […Car] la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite !  Donc, il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition.

297. Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile. Dans l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui ont contracté un mariage civil, qui sont divorcées et remariées, ou qui vivent simplement en concubinage, il revient à l’Église de leur révéler la divine pédagogie de la grâce dans leurs vies et de les aider à parvenir à la plénitude du plan de Dieu sur eux, toujours possible avec la force de l’Esprit Saint.

298. Les divorcés engagés dans une nouvelle union, par exemple, peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des affirmations trop rigides sans laisser de place à un discernement personnel et pastoral approprié…. Mais autre chose est une nouvelle union provenant d’un divorce récent, avec toutes les conséquences de souffrance et de confusion qui affectent les enfants et des familles entières, ou la situation d’une personne qui a régulièrement manqué à ses engagements familiaux…. Il doit être clair que ceci n’est pas l’idéal que l’Évangile propose pour le mariage et la famille. Le discernement des Pasteurs doit toujours se faire en distinguant attentivement les situations, d’un  regard différencié. Nous savons qu’il n’existe pas de « recettes simples ».

299.  Les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral, afin que non seulement ils sachent qu’ils appartiennent au Corps du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent en avoir une joyeuse et féconde expérience. Ce sont des baptisés, ce sont des frères et des sœurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous. Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées. Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile. Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants.

300. …… Les prêtres ont la mission d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque. Dans ce processus, il sera utile de faire un examen de conscience… Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné… Il s’agit d’un itinéraire d’accompagnement et de discernement …Ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église. Pour qu’il en soit ainsi, il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de discrétion, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite. Ces attitudes sont fondamentales pour éviter le grave risque de messages erronés, comme l’idée qu’un prêtre peut concéder rapidement des ‘‘exceptions’’, ou qu’il existe des personnes qui peuvent obtenir des privilèges sacramentaux en échange de faveurs.

Les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral

301. ….il y a une question qui doit toujours être prise en compte, de manière qu’on ne pense jamais qu’on veut diminuer les exigences de l’Évangile. L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les valeurs comprises dans la norme ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute.

303. À partir de la reconnaissance du poids des conditionnements concrets, nous pouvons ajouter que la conscience des personnes doit être mieux prise en compte…Évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur.

Les normes et le discernement

304. Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain……Certes, les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières

305. Par conséquent, un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ‘‘irrégulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes. C’est le cas des cœurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées…..Il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. Rappelons-nous qu’un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés

La logique de la miséricorde pastorale

307. Afin d’éviter toute interprétation déviante, je rappelle que d’aucune manière l’Église ne doit renoncer à proposer l’idéal complet du mariage…Comprendre les situations exceptionnelles n’implique jamais d’occulter la lumière de l’idéal dans son intégralité ni de proposer moins que ce que Jésus offre à l’être humain. Aujourd’hui, plus important qu’une pastorale des échecs est l’effort pastoral pour consolider les mariages et prévenir ainsi les ruptures.

308. … Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour … Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement objectif, ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route. Les Pasteurs, qui proposent aux fidèles l’idéal complet de l’Évangile et la doctrine de l’Église, doivent les aider aussi à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner.

310. Nous ne pouvons pas oublier que la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père, mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants. En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde…La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. Certes, parfois  nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.

311. …S’il est vrai qu’il faut préserver l’intégralité de l’enseignement moral de l’Église, on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile,  surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. Parfois, il nous coûte beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu dans la pastorale. Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. Sans doute, par exemple, la miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais avant tout, nous devons dire que la miséricorde est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pourquoi, il convient toujours de considérer que toutes les notions théologiques qui, en définitive, remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates………..

312. Cela nous offre un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale bureaucratique froide en parlant des thèmes les plus délicats, et nous situe plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux, qui tend toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. C’est la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes.

J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle.

Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église.[/fusion_text][/one_full][one_full last= »yes » spacing= »yes » center_content= »no » hide_on_mobile= »no » background_color= » » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » background_position= »left top » hover_type= »none » link= » » border_position= »all » border_size= »0px » border_color= » » border_style= » » padding= » » margin_top= » » margin_bottom= » » animation_type= » » animation_direction= » » animation_speed= »0.1″ animation_offset= » » class= » » id= » »][separator style_type= »single » top_margin= »24px » bottom_margin= »48px » sep_color= »#ff9604″ border_size= »1px » icon= » » icon_circle= » » icon_circle_color= » » width= » » alignment= »center » class= » » id= » »][/one_full]