Catégories
Dimanches

26ème dimanche ordinaire – année C – 25 septembre 2016
Évangile de Luc 16, 19-3

LA PARABOLE DU RICHE ET DE LAZARE

Dans l’antiquité, l’argent était un dieu : « Mammon » – preuve de sa puissance et de sa fascination sur l’homme. A la suite de tous les prophètes, Jésus renverse l’idole, cause de tant d’abus, de corruption et de mort…et qui, a-t-on appris avec stupeur, a même réussi à s’infiltrer dans les bureaux de la banque du Vatican.
Le pape a commencé une grande opération de nettoyage : on sait qu’elle s’annonce très difficile et qu’elle attire sur François quelques haines farouches. La finance, la corruption, les crimes de l’avarice constituent un des thèmes les plus fréquents de sa prédication. Certains disent qu’il joue sa vie !
Il ne s’agit pas de culpabiliser la propriété, d’interdire tous les plaisirs mais de rappeler que si l’argent est indispensable pour vivre, il est vital que ceux qui en ont écoutent les cris et les pleurs de ceux qui en manquent et vont à la mort. Comme tout, l’argent est bon quand il sert à aimer.
Le billet que l’on donne a plus de valeur qu’une image pieuse.

Imprimer
[fusion_text]

26ème dimanche ordinaire – année C – 25 septembre 2016
Évangile de Luc 16, 19-31

« IGNORER LE PAUVRE EST MEPRISER DIEU »

( Pape François – Homélie sur la parabole – 18.5.16 )

Jésus avait conclu la parabole du gérant malhonnête mais habile par une sentence tranchée : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (cf. dimanche passé). En réalité le texte disait « Dieu » et « Mammôn »,  le nom de la divinité de la finance (Ce mot en hébreu évoque la foi – c’est pourquoi on dit « amen »).

Le récit se poursuit par la réaction des auditeurs – passage omis par la liturgie : « Les Pharisiens qui aimaient l’argent écoutaient tout cela et ils ricanaient au sujet de Jésus » (16, 14). Ces hommes très pieux, qui sont entrés dans une confrérie où l’on s’engage à servir Dieu à fond par de longues prières, des jeûnes stricts, des ablutions répétées, des sacrifices pénibles, demeurent malgré tout très attachés à l’argent. Pour eux, celui-ci n’est-il pas le signe que Dieu les bénit et les récompense pour leur fidélité et leurs observances ?
Luc sait que tous les Pharisiens n’ont pas cette cupidité mais il a remarqué que dans les communautés chrétiennes de son temps, il y a encore des gens qui partagent leur passion. Le pharisianisme, qui désignait à l’origine une secte juive, pointe maintenant une perversion de la religion…et même du christianisme : exclure l’usage de l’argent de la relation à Dieu. Jésus réplique par une nouvelle parabole montrant qu’il ne s’agit vraiment pas de « ricaner » sur ce sujet car il y va du destin éternel

LE RICHE ET LE PAUVRE

Jésus disait cette parabole : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Le pauvre mourut et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.

Pour frapper les auditeurs, les paraboles, comme les caricatures, forcent souvent les traits : ici le riche totalement égoïste, et le pauvre complètement seul et abandonné. Le premier dispose de moyens considérables et jouit de la vie au maximum : gloire de vêtements de luxe et banquets raffinés. Mais il n’a pas de nom, il n’est même  pas appelé « le mauvais riche » : il est l’opulent jouisseur.
L’autre est l’exact contraire : couvert de plaies, affamé, solitaire. Mais il porte un nom : Lazare – ce qui signifie « Dieu est mon soutien ». Puisqu’il est assis devant le portail du riche, celui-ci ne peut pas ne pas le voir mais il n’a même pas l’idée de lui faire apporter les restes. Il ouvre sa demeure à ses amis riches mais entre lui et le pauvre il y a un mur. Aucune communication. Aucun intérêt. Le riche n’est pas athée ; comme tout le monde à l’époque, il va au temple, persuadé sans doute que sa fortune est une bénédiction de Dieu. « A la gare ! » saint Lazare !
Pour les passants, l’un a réussi sa vie, l’autre l’a ratée.  « Un grand Monsieur » et « un pauvre type », peut-être un fainéant ?  Fatalité des destins : chance ou malchance.

Mais un jour, la mort survient pour tous les deux. Le riche a sans doute eu des funérailles splendides, le rabbin a fait l’éloge funèbre de cet homme qui était si respectable, etc.…Lazare, lui, a été « expédié » en hâte.

Mais l’aventure humaine ne s’achève pas avec le dernier souffle : un autre Souffle – divin – prolonge la vie dans un autre monde et, brisant la fatalité cause d’inégalités intolérables, il rétablit la justice et  retourne les situations. Monsieur riche est fixé au-delà de la distance qu’il avait mise lui-même entre lui et le pauvre. Marie le disait : « Dieu renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ; il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides »
Lazare, qui n’avait pas maudit le riche, qui avait continué à croire en Dieu « son soutien », est accueilli près du père des croyants, Abraham, le modèle fondamental de l’hospitalité, tandis que le « monsieur riche » qui n’avait jamais manqué de rien brûle des désirs qu’il ne peut plus assouvir. Seul sans ses compagnons de fête ; nu sans ses parures somptueuses.

Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
-Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
-Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur   pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.

L’injustice conduit à la chaleur intolérable, l’homme y meurt de soif. Curieux car c’est ce  que les climatologues prédisent pour un monde où une minorité n’a pas assez prêté d’attention à des masses de pauvres abandonnés à leur misère, où le climat se réchauffe, où le problème de l’eau devient un enjeu capital. N’est-ce pas l’homme qui prépare lui-même son « enfer » ?

– Le riche répliqua : “Père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
– Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
– Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

Les Ecritures, lues et transmises à tout Juif de ce temps, étaient très claires sur ce sujet. La Loi ne maudissait pas les riches, n’appelait pas à la lutte des classes mais exigeait l’aide aux pauvres. « Je te donne ce commandement : tu ouvriras ta main toute grande à ton frère, au malheureux et au pauvre que tu as dans ton pays » (Deut 15, 11) Hélas, si Israël mettait toujours sa gloire dans la beauté du temple, la splendeur des cérémonies, la régularité des sacrifices, Dieu devait sans cesse envoyer des Prophètes pour dénoncer les injustices sociales et rappeler que le peuple avait été choisi avec vocation d’établir une société de droit et de justice. La 1ère lecture du jour rappelle une invective violente du prophète Amos : «  Malheur à ceux  qui se croient en sécurité…Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux…ils chantent au son de la harpe, ils boivent le vin, se frottent avec des parfums de luxe…mais ils ne se tourmentent pas du malheur d’Israël ! Ils seront les premiers des déportés ».
Et Amos répercute la parole de Dieu : « Je méprise vos pèlerinages, rien ne me plaît dans vos offrandes…Que le droit jaillisse comme de l’eau et la justice comme un torrent » (5, 24)
A sa suite, Isaïe, Jérémie, Michée…..dénonceront une religion pieuse mais fausse où les malheureux sont négligés. Pas de liturgie sans droit. Pas de prière sans justice.
Le riche et ses frères avaient dû écouter tous ces rappels incessants de la Loi de Dieu qui leur imposait leurs devoirs élémentaires. Si ces injonctions ne les ont pas convertis, un Ressuscité ne les ébranlera pas davantage. On a rarement souligné à quel point la cupidité peut enfermer dans l’égoïsme et donc la mort. Pourtant de Moïse à Jésus, de Paul à l’Apocalypse, le message est clairement répété du début à la fin des Ecritures.

Raphaël Devillers,  dominicain
Tél. : 04 / 220 56 93   –   Courriel :   r.devillers@resurgences.be

PAPE FRANCOIS : « De notre foi au Christ qui s’est fait pauvre et toujours proche des pauvres et des exclus, découle la préoccupation pour le développement intégral des plus abandonnés de la société….Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société ; ceci suppose que nous soyons dociles et attentifs à écouter le cri du pauvre et à le secourir…Faire la sourde oreille à ce cri, alors que nous sommes les instruments de Dieu pour écouter le pauvre, nous met en dehors de la volonté du Père et de son projet…Le manque de solidarité envers ses nécessités affecte directement notre relation avec Dieu…
Le mot « solidarité » désigne beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de « la vie de tous » sur « l’appropriation des biens par quelques-uns »…..
La solidarité est une réaction spontanée de celui qui reconnaît la fonction sociale de la propriété et la destination universelle des biens, comme réalités antérieures à la propriété privée… »

( « La Joie de l’Evangile » – § 186-189)

[/fusion_text]